ETUDES DE TETES EXECUTEES 1) APRES NATURE
l'atelier où ceux-ci travaillaient, et qui jusque-là était situé rue de l'Ouest, au n° 11 de la rue de Sèvres, où lui-même il avait son installation particulière. C'est là que Galland vint se présenter à J.-L. Dusautoy, alors massier de l'atelier. Parmi ses nouveaux camarades figuraient Duval le Camus, Besnard, notre père de peintre actuel, Chaplin, Biennoury, qui obtint le prix de Kome en 1842, et plus tard Brilloin, de Curzon, Paul Baudry et nombre d'autres artistes de notoriété moindre.
Ce qu'on apprenait chez DroUing, ainsi que dans les autres ateliers académiques, c'était la « grande peinture », celle qui devait conduire au prix de Rome, récompense suprême ambitionnée à la fois par le maître et les élèves. C'était la « peinture d'histoire », qui choisit soigneusement ses sujets dans la Mythologie, dans la Bible ou dans l'Évangile, dans les fastes de la Grèce ou de Rome, accessoirement dans notre histoire nationale, et en dehors de laquelle on considérait qu'il n'était pas de salut.
DroUing, prêtre assermenté de cet art un peu exclusif, ne parvint jamais à se rendre un compte bien exact de l'intérêt que son jeune élève avait à continuer de travailler chez Labrouste, et à faire ainsi un partage égal d'un temps toujours précieux. Il chercha obligeamment h le détourner d'études qu'il jugeait au moins inutiles, et qui devaient forcément l'empêcher d'obtenir à l'École des Beaux-Arts les hautes récompenses qui préparent le succès final. Il s'efforça avec beaucoup de bienveillance, malgré qu'il ne fût pas très communicatif avec ses élèves, de remettre dans le di'oit chemin cette brebis égarée, sur laquelle il comptait quelque peu pour faire honneur à la maison. Mais il échoua dans sa noble entreprise. Galland était dominé par son idée fixe. Et bien qu'au Salon de 1842 il eîit fait recevoir un portrait, ce qui, étant donné le petit nombre de toiles admises, pouvait être considéré, pour un jeune homme de vingt ans, comme un succès plein de promesses, l'année suivante, revenant brusquement à ses premiers projets, il alla de nouveau frapper à la porte du père Cicéri.
Ajoutons que cette brusque détermination lui fut surtout dictée par une autre raison qui l'honore. En 1843, son père s'était retiré tout à fait des affaires où, à défaut de fortune, il s'était fait un bon renom de goiît et d'extrême probité. Notre jeune artiste estima qu'à partir de ce jour il ne devait plus demander à sa famille de nouveaux sacrifices. Il lui fallait désormais ne plus compter que sur soi; au besoin même, il devait être en état d'aider à son tour ceux qui avaient tant fait pour son éducation. C'était agir en honnête homme et en bon fils. DroUing, cette fois, comprit et, tout en regrettant son départ, n'insista pas pour le retenir.
L'atelier de Cicéri, je l'ai dit, faisait partie de cette agglomération incohérente de constructions qui portaient le nom A'ilôlel des Menus- Plaisirs. Ces bâtiments comprenaient, outre le Conservatoire royal de Musique et de Déclamation qui existe encore, agrandi et en partie réédifié, les magasins du Garde-Meuble, et un certain nombre de petits hôtels précédés de jardins, ouvrant sur une grande cour, au milieu de laquelle était un abreuvoir. Cicéri occupait, avec sa femme et ses trois filles, dont deux devaient épouser des Peintres Décorateurs, un de ces petits hôtels à jardin, en sorte que pour se rendre à son atelier il n'avait qu'à traverser la cour. C'est au moment où il allait sortir de chez lui, que Galland l'aborda; cette fois l'accueil fut tout autre.
Admis à bras ouverts dans l'atelier du faubourg Poissonnière, Galland fut d'abord un peu choqué des manières de ses nouveaux camarades. Ceux-ci, moins distingués que les élèves de Labrouste et de DroUing, tenaient plus de l'ouvrier, les
LŒUVRE DE P.-V. GALLAND.
autres plus du bourgeois. Payes à l'heure comme des manœuvres, ils exagéraient, de parti pris, le côté professionnel de leur art. Ils alTectaient une rudesse qui cou-
les AMOURS INDISCRETS.
Motif d'écoinçon (dessiné pour les Modèles de décoration).
trastait vivement avec la nature foncièrement tendre, aimable, délicate du nouveau venu. 11 résulta de celte différence de tempérament et d'allures quelques froissements, dont Galland conserva le souvenir pendant bien des années.
« Au début, je trouvais chez eux une certaine brutalité qui me révoltait, et que je comprends aujourd'hui dans leur art. C'étaient des hommes trempés, et comme il y en a peu », disait-il en 1880 à la Commission d' enquête sur les imluslries d'art, en parlant de ses camarades de l'atelier Cicéri. ftlais il rappelait aussitôt que, durant son passage à cet atelier, il avait lié d'amicales relations avec Cambon, Thierry, Desplechin, « ces maîtres inconnus des sculpteurs et des peintres, et avec lesquels trop peu d'artistes ont eu le bonheur de travailler »; avec Lavastre et Chéret, « qui valaient mieux qu'une foule de gens dont les tableaux exposes aux Salons annuels finissent par entrer dans nos musées » ; avec Rubé, « ce géant qui, maniant la brosse douze heures par jour, faisait penser, par son désintéressement et son énergie au travail, à ces Maîtres d'autrefois, véritables chefs d'Ecole comme on souhaiterait d'en avoir aujourd'hui ». Enfin c'est encore là qu'il connut Dielcrie et Séchan, pour lesquels il professa toujours une déférente amitié, et qui l'aidèrent plus tard de leurs conseils et de leur influence.
Bientôt, il se trouva acclimaté dans ce milieu nouveau. L'admiration qu'il ressentit pour ces robustes artistes, dès qu'il les eut vus à l'œuvre, le confirma dans sa vocation première, et si, plus tard, il se plaignit parfois, dans des termes que j'ai tenu à lui emprunter, de ce que l'indiscutable valeur et le talent considérable de ces hommes éminents n'étaient point reconnus comme ils le méritaient, du moins cette constatation rcsta-t-elle un adoucissement à ses nombreuses déceptions et lui permit-elle de supporter, sans excès d'amertume, l'ignorance en quelque sorte fatale, où jusqu'à sa mort le grand* public demeura de son nom et de ses ouvrages.
Cicéri était homme de trop grande expérience, pour ne pas utiliser le talent de ceux qui venaient s'olTrir à lui. Il employa avec beaucoup d'inteUigence les connaissances spéciales que Galland avait acquises dans son double apprentissage. Architecte, il le fit collaborer à l'établissement de ses maquettes, à la mise en perspective de ces colonnades majestueuses, de ces solennels portiques, dont l'Opéra et la Tragédie faisaient alors une ample consommation. Peintre de figures, il lui demanda les belles allégories dont il meublait les plafonds ofTiciels. Puis, quand l'architecture et l'allégorie venaient à faire défaut, c'étaient des vases somptueux qu'il fallait brosser, des guirlandes de fleurs, des corbeilles de fruits ou des fonds de paysage. Avec le débordement de commandes que le vieux maître, toujours à court d'argent, acceptait de toutes mains, on devait être prêt à toutes les besognes. Cela dura jusqu'en 1848, où tout d'un coup le travail ralentit. Les troubles de la rue et les incertitudes du lendemain firent suspendre et abandonner la décoration des hôtels, des palais, des églises. Seul le théâtre continua de « donner », mais il fallait travailler à crédit. La vaillante cohorte se vit condamnée à de nombreux loisirs. A chaque instant, on entendait battre le rappel, et aussitôt les boutiques se fermaient, les ateliers se vidaient sur le trottoir. Tous les oisifs effrayés quittaient Paris, profilant du désarroi général pour laisser leurs dettes en soulfrance. Cicéri, ne pouvant faire rentrer les sommes qui lui étaient dues, connut la gène, 11 suspendit ces bril-
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lantes soirées, où se donnaient rendez-vous tant d'artistes en renom. Les nuils des corps de garde remplacèrent ces réunions fameuses, La gaielé n'al)di(fua cependant