PROJETS PÉDAGOGIQUES
A déception cruelle que Galland éprouva, en apprenant que le travail considérable exécuté par lui à Constantinople avait été impitoyablement détruit, se renouvela plus d'une fois au cours de sa longue et laborieuse carrière. C'est le propre, au surplus, de ce genre de travaux de subir la destinée des édifices auxquels ils sont indissolublement unis. En 1871, l'incendie du ministère des Finances anéantit dix-huit dessus de porte et cinq plafonds, dont il avait reçu la commande en 1854, et qu'il avait mis près de cinq ans à exécuter. Dans le bombardement du palais de Saint-Cloud, disparurent un admirable plafond représentant les Arls, et deux dessus de porte, la Poésie et la Liltéralure, que le ministère de la Maison de l'Empereur lui avait demandés en 1855. Ainsi, par une fatalité cruelle, à, l'exception des tympans pour les neuf chapelles de Saint-Eustache, aucun des travaux officiels de grande décoration que Galland exécuta pour l'Administration impériale ne survécut au Régime qui les lui avait demandés.
Cette malcliance surprenante s'étendit jusqu'aux premières commandes qu'il reçut pour les Gobelins. En 1854, il fut cliargé d'exécuter pour notre grande Manufacture deux modèles qui devaient se faire pendant, et représenter, le premier, le Biisle de l'Impératrice, le second, le Buste de l'Empereur; l'un et l'autre entourés de feuillages et de fleurs. Le journal dont nous parlons au précédent chapitre est plein de révélations curieuses, relatives à ces deux portraits. Non seulement il nous initie aux déboires sans cesse renaissants, que causa au pauvre peintre l'exécution de cette double commande (et sous ce rapport sa lecture ne saurait être inutile à ces jeunes impatients qui se plaignent de ne pas réussir du premier coup), mais encore il nous dévoile, avec une sincérité touchante, l'état d'àme de l'artiste. Il nous révèle les recherches incessantes, les tâtonnements répétés, les hésitations, les repentirs de ce Décorateur que le public a toujours cru doué, à cause de sa puissance de travail, d'une facilité extrême de produclion. Pour ces diverses raisons, il serait fâcheux de ne pas faire à ces notes de larges emprunts.
Dès le mois de mai 1854, Galland, en possession de sa commande de portraits, s'était donc mis à l'œuvre. Le 12 août, un samedi, k peu près satisfait du résultat obtenu, il entoure sa toile de baguettes et, la portant avec lui (ce qui n'était pas très commode, car elle mesurait 2'", 11 sur l'",40), il se rend chez M. Charles IMuUer, qui avait été chargé par l'Administration des Beaux-Arts de suivre l'exécution de son modèle. Le résultat de celte première visite ne fut pas aussi favorable que Galland l'avait espéré.
« Muller, écrit-il, trouve mon travail froid et me dit que je me suis donne beaucoup de peine pour arriver à un résultat médiocre. J'aurais dû m'occuper de mon buste et sacrifier ensuite les fleurs; de celte façon le buste restait le sujet, tandis que, comme je l'ai fait, il est tue par l'entourage... Ma journée s'est passée sans travail. »
Un peu découragé par la fraîcheur avec laquelle son premier essai a été reçu, Galland se rend chez Dieterle, son ami, son conseil, dont il tient à avoir l'avis. Celui-ci l'invite h simplifier sa facture, à traiter ses fleurs h un point de vue plus décoratif, de façon à ne leur reserver dans la composition que juste la place qu'elles doivent tenir, et à laisser l'attention se concentrer sur le sujet principal. Rentré chez lui, il note tout de suite ce précieux conseil :
« Je viens d'avoir avec Dieterle une conversation relative à la couleur dans la Décoration, écrit-il. Dieterle approuve les lumières blanches ou localement très claires pour tous les objets, voire môme les fleurs et les fruils. — Faire des essais. — Peut-être, dans ce cas, serait-il bon de peindre de préférence d'après des dessins plutôt que d'après la nature. La trop grande diversité de tons fournis par la nature serait (selon ses idées et selon les miennes) nuisible à l'elTet général... bien entendu quand il s'agit de Peinture Décorative. — Il en est des fleurs, des fruits et des ornements comme de la figure. La tournure doit seule occuper d'abord. Ensuite, quand on passe h la couleur, il faut chercher à, faire large dans la lumière ; principe
Ï,'(EUVRE DE P.-V. GALLANp,
LE PORTRAIT DE L'EMPEREUR ^faorèitJ le' moaè/eJ exécuté ju<x/^ cA^. - J. Ljauanà
Gt traauit en àijjljjertc.^ ^ar^ Ui Cf/Ccuittfacturc' ûnoeriate^ cùtO (yoéeuntO. (iS54-'/S5S ).
L'œUVRE DE P.-V. GALLAND.
que je n'ai pas suivi dans mon motif de l'Impératrice, en donnant à chaque fleur sa vraie couleur, ce qui, en masse, détruit tout grand parti décoratif. »
Heureux d'avoir trouvé la marche à suivre pour améhorer sensiblement son modèle, il se remet à l'œuvre avec une nouvelle ardeur, que ne parviendront pas à atténuer les nombreux mécomptes qui l'attendent encore, et dont nous trouvons le récit naïvement consigné dans ses notes :
« 17 août 1854. — Je travaille au buste de l'Impératrice. J'indique la console