MODELE DESSINE AU CRAYON NOIR
Pour les Motifs d'enfants appropriés à la décoration.
sur laquelle repose le buste. Après avoir travaillé à l'un et à l'autre toute la journée, j'efface tout le soir. C'est au moins la dixième fois que j'efface cette tête. Celle que Gérôme avait faite n'était pas bien non plus.
« 20 août. — Je travaille toute la journée au buste de l'Impératrice, que Mathilde (M"' Galland) me pose ; je crois enfin pouvoir le termmer demain ou après. Sans Mathilde, je n'en serais pas venu à bout.
« 24 août. — Visite à Muller. Il ne trouve pas la tête de l'Impératrice ressemblante. 11 me faut la reprendre d'après le buste de Nieuwerkerke. L'ensemble dii tableau lui plaît.
« 16 septembre. — Maxime Claude vient d'apporter d'Auteuil ma toile de l'Impératrice chez Muller. D'après les observations qu'il me fait, je vois que j'aurai encore de la besogne pour toute la journée de lundi.
« Lundi 18 septembre. — Ma journée est employée chez Muller, à retoucher le masque de l'Impératrice.
« Mercredi 27 septembre. — Je reçois une lettre de Muller, où il me dit qu'il faut recommencer la lèfe de l'Impéralrice, qu'elle n'est pas trouvée bien.
« Vendredi 29. — Je vais aux Gobelins, je conviens avec M. Lacordaire de recommencer le masque de l'Impéralrice d'après les gravures existantes... »
Pas un mot de plainte, pas une réflexion amère, aucun mouvement d'impatience ! et cependant toutes les révoltes seraient excusables. Indépendamment de l'ennui causé par ces recommencements perpétuels, Galland est à ce moment assailli de préoccupations de tout genre. Bien qu'habitué à peindre debout, ses longues stations sur les échafaudages le fatiguent horriblement, et, à la suite de ses travaux chez Séchan et à Saint-Eustache, il ressent dans les jambes des douleurs qui paralysent sa dévorante activité.
M"" Galland, en outre, est indisposée, malade, maladie contre laquelle il n'ose s'irriter, prévoyant les joies que son issue lui réserve. Mais cette persistante indisposition et son résultat prévu l'obligent à des dépenses assez lourdes pour un jeune ménage. La fatigue à laquelle il succombe lui est imposée par l'implacable nécessité de faire face aux besoins les plus urgents. Le docteur Pidou, qu'il consulte, lui ordonne des frictions, une potion, des bains de Barcges, palliatifs insulTisants. Il lui faudrait du repos.
« Je suis obligé de m'arrcter, tant mes jambes me font souffrir, écrit- il le 13 septembre 185J:; le travail de la journée, à cause de mon mal, se borne à peu de chose. »
Enfin il consent à se reposer, va mieux, se croit guéri, et tout de suite retombe dans ses excès de travail.
« Jeudi, le 11 octobre. — Depuis lundi, j'ai repris l'habitude de me lever entre quatre et cinq heures du matin. J'en suis très heureux! »
Chant de victoire qui bientôt se change en une constatation décevante.
« Samedi. — Mes jambes ne vont pas bien du tout. »
Ce qui, en dépit de ses souffrances, le préoccupe, du reste, bien autrement que sa santé, c'est de ne pas obtenir, le pinceau à la main, les résultats qu'il rêve. C'est la seule chose qui parfois entame son généreux courage et diminue sa sereine ardeur. Son journal, sur ce point, est plein de révélations, qui, pour être parfois d'une excessive sévérité, n'en sont pas moins instructives.
« Jeudi, je vais à Saint-Eustache. J'ai la mauvaise habitude, en reprenant mon travail, de l'amollir. 11 faut, quand une ébauche a de la fermeté, la terminer sans détruire cette fermeté. Le moyen d'y arriver, c'est de ne retoucher qu'aux endroits qui ont besoin d'être repris et de ne pas trop retravailler une chose quand elle est arrivée à un point convenable, — à moins qu'on ne veuille exécuter une peinture très faite, très poussée, chose très rare dans la Décoration, où l'aspect doit l'emporter sur tout. »
i;œUVRE DE l'.-V. GALLAND.
Et plus loin :
« Je vais travailler à Saint-Eustache... Quand j'arrive dans l'église, je ne suis pas préparé, et à cause de cela je ne fais qu'arrondir mes ébauches. »
Cette constatation qui le tourmente, le désole, il en veut connaître la raison. Pour cela, il procède à un rigoureux examen de conscience, et il croit en découvrir la cause.
« Je trouve quelque difficulté chaque fois que je quitte un travail et que j'en reprends un autre d'une nature différente. J'ai écrit sur mon petit livre une ligne de conduite de laquelle je ne m'éloignerai plus.
C'est le seul moyen de posséder un genre à soi et vraiment artistique. Je ne suis occupé que de recherches.
Le jour où je sais faire une chose, il m'arrive un travail tout à fait différent. Mon temps se passe ainsi, tandis qu'en ayant devant moi une ligne toute tracée, je n'y puis trouver qu'intérêt et profit. »
Puis, de crainte de s'clre trompé, il interroge de nouveau Dieterle, son guide et son conseil, celui de tous ses amis dans lequel il a la plus entière confiance.
« Dieterle, lui aussi, éprouve de grandes difficultés à exécuter ses vastes motifs, et cela pour une bonne raison — toujours la même — on saute constamment d'une chose h une autre. 11 faudrait arriver à pouvoir faire des séries de choses analogues. Ainsi je devrais ne m'oc-
cuper que de mes Enfants, de mes Fruits et de mes Flenrs (l'ornement, l'architecture, le paysage ne venant que comme accessoires) ; me livrer à des études sérieuses sur tout cela, et n'aborder d'autres sujets que quand j'aurai produit une suite de compositions d'Enfants absolument satisfaisantes. Pour la nature morte, le gibier, etc., faire de même. Avant de procéder à l'exécution, m'identifier avec le motif au moyen de nombreuses études sur nature, et peindre ensuite de souvenir en m'aidant de