PROBLÈMES ARDUS ET SOLUTIONS HEUREUSES
DUTES ces oppositions, ces luttes plus ou moins courtoises, aboutissant à un avortement en quelque sorte fatal, n'eurent pas seule-, ment pour elîet de causer à P.-V. Galland d'incessants déboires. Ainsi qu'il était le premier à le reconnaître, elles lui firent perdre un temps éminemment précieux, qu'il aurait certainement employé d'une façon plus productive. Elles nous ont ainsi privé d'un nombre considérable d'ouvrages, qui auraient heureusement grossi le patrimoine de l'Art français.
Si l'on doit même s'étonner de quelque chose, ce n'est pas que ce temps gaspillé à recueillir des contrariétés ait paralysé l'éclosion de quelques chefs-d'œuvre
en parturition dans cette imagination si riche et si bien douée; c'est qu'en proie à tant de préoccupations, surexcité, énervé par les obstacles auxquels il se heurtait S8ins cesse, Galland ait encore pu produire tant d'œuvres charmantes, aimables, gracieuses, où se retrouvent les exquises qualités de son esprit et de son cœur, et dans lesquelles l'œil le plus prévenu ne saurait découvrir le moindre reflet des amertumes dont ces luttes sans issue abreuvaient sa vie.
C'est, en effet, durant celte période si troublée qu'il produisit non seulement ses ouvrages les plus considérables, mais ceux qui attestent le mieux, par leur fraîcheur, par leur étonnante jeunesse, par leur admirable sérénité, le calme d'une âme capable de dominer les événements et assez forte pour éloigner d'elle tout ce qui n'était pas la vision suprême du spectacle évoqué, tout ce qui pouvait atténuer l'idée qu'elle entendait interpréter ou reproduire.
II avait déjà commencé son cours de l'Ecole des Beaux-Arts, quand il acheva pour l'hôtel de M. Edouard André son vaste plafond d'Apollon et des Muses et les quatre grands médaillons en camaïeu, représentant Paris, Hercule, Vénus et Galathée, dont nous avons déjà parlé. L'année suivante, il livrait à M. Sédille un plafond représentant les Arts. Puis il entreprenait la décoration du grand escalier du palais Narisohkine, à Saint-Pétersbourg, œuvre capitale à tous égards, et dont nous nous occuperons dans un chapitre spécial. A cette époque, il fut également chargé de peindre à Vllôlel Conlinenlal, à Paris, trois grands compartiments, représentant la Naissance, le Triomphe et le Sommeil de Vénus. En 1880, M"° de Cassin lui demandait, pour son hôtel, ce plafond circulaire exécuté en camaïeu, et qui fait un si curieux effet. Il commençait presque en même temps les quatre grandes voussures du palais Van der Bilt, à New- York, et soumettait à M. Pigny cet admirable projet de décoration, représentant le Triomphe de la Peinture, de la Sculpture, de la Musique et de l' Architecture, dont celui-ci s'empressa de parer son hôtel, bien que la peinture en fût inachevée.
Mais le plus remarquable, c'est qu'à cet ensemble de travaux écrasants menés par lui presque de front, — et qui eussent suffi, avec la préparation de ses cours, les multiples Commissions ou Conseils dont il faisait partie, et son travail d'inspection aux Gobelins, à occuper la puissante activité de tout autre artiste, — il faut joindre encore plusieurs commandes officielles d'une importance singulière, parmi lesquelles nous en relevons trois qu'on peut regarder comme capitales : la Prédication de saint Denis pour le Panthéon, les modèles des dix-neuf panneaux destinés à être exécutés par les Gobelins pour le palais de l'Elysée, et enfin la décoration, à l'Hôtel de Ville, des treize coupoles abritant la Galerie sur la Cour du Sud.
Si, dans cette étude biographique, je m'étais astreint à un ordre chronologique rigoureux, j'aurais dû réserver ces treize coupoles, et n'en parler que dans le dernier chapitre. Galland, en effet, les acheva durant l'année qui précéda sa mort. Mais ce que je me suis proposé est bien plutôt de faire connaître un grand artiste que de raconter méthodiquement sa vie. Nous allons donc nous occuper de
L'ŒUVIiE DE P.-V GALLAND.
suite de cette dernière décoration, parce qu'elle lient dans son œuvre une place tout à fait exceptionnelle.
Le problème que Galland avait à résoudre était, en eiïet, des plus compliqués. On peut difficilement imaginer une surface plus malaisée à orner que la calotte intérieure de ces coupoles. Portant sur quatre pendentifs, elles présentent, sous quelque angle qu'on les contemple, des raccourcis et par conséquent des déformations. En outre, l'artiste n'était pas libie de choisir les sujets qui devaient les meubler. 11 devait représenter les Métiers qui touchent à l'Architecture et à l'Ameublement. Par conséquent, il ne lui était guère permis de faire intervenir partout la triomphante allégorie.
Impossible, sans tomber dans des répétitions forcées, de figurer toutes ces professions sous l'apparence de belles femmes nues, assises sur les nuages. Aussi prit-il vaillamment son parti,
PREMIER PROJET D ENSEMBLE Pour la décoration des coupoles de l'Hôtel do Ville.
L'œUVRE DE P.-V. GALLAND.
et s'inspirant des Loges de Raphaël, avec lesquelles sa succession de coupoles offrait plus d'un point de ressemblance, il inséra, au-dessus de chaque baie, un de ses métiers enfermé dans un gracieux cadre, inscrit lui-même dans un riche cartouche surmonté de l'armoirie de la corporation représentée. De cette façon, chaque coupole renferma deux de ces petits tableaux, dont les encadrements furent réunis à leur sommet par un cartouche central formant clef de voûte, et portant alternativement les lettres R F et les armoiries de la Ville de Paris. Les sujets offrent la disposition suivante :
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