Partie inférieure. — Le Triomphe de l'Agneau mystique
Volet de gauche, (Quatre panneaux. Copies.)
Partie supérieure. — I. Adam (Musée de Bruxelles, voir p. 33;; II. Anges chantant (Musée ,de Berhn).
Partie inférieure. — HI. Les Bons juges (Musée de Berlin) ; IV. Les Soldats du Christ (Musée de Beihn).
Volet de droite. (Quatre panneaux. Copies.) Partie supérieure. — I. Eve (Musée de Bruxelles, voir p. 33) ; II. Anges musiciens (Musée de Berlin).
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Partie iiifériourc. — lil. Les Anachorètes (Musée de Berlin); IV. Les Pèlerins, conduits par saint Christophe (Musée de Berlin).
Revers des volets. — Les six peintures orii<inales de ces volets (I et II, la Vierge et l'Ange de l'Annonciation; II et III, saint Jean-Uapti^tc et saint Jean V Évangéliste ; IV et V, le donateur, Judocus Vydl et la donatrice, Isabeth Borlunt) se trouvent au Musée de Berlin. Elles ont été remplacées par des grisailles représentant l'Annonciation et, audessous, les Quatre Évangélistes.
Partie slpérieure. — Au milieu. — Dieu le Père, vu de face, assis sur un trône, dans une niche dorée, derrière laquelle est tendue une draperie bleue à fleurs d'or; il est vêtu d'une robe et d'un manteau rouges, retenu par une agrafe enrichie de pierreries, coiffé d'une tiare à trois rangs de perles, à brides tombantes. Il bénit de la main droite et porte dans la gauche, dit A', vaii Mander « une croix de cristal (ou plus exactement un sceptre) enrichie de boutons d'or et autres ornements, traitée avec tant de perfection, qu'au dire de plusieurs artistes ce sceptre à lui tout seul coûterait un mois de travail ». Devant le trône, une couronne.
A gauche. — La Vierge, assise, de trois quarts tournée vers la droite, lit dans un livre qu'elle élève de ses deux mains; elle est vêtue d'une robe et d'un manteau bleus, bordés de pierreries, et porte sur sa chevelure blonde une riche couronne.
A droite. — Saint Jean-liaptiste, assis, de trois quarts tourné vers la gauche, vêtu d'une tunique marron, que retient une ceinture grise, et d'un manteau vert ; il bénit de la main droite et tourne avec la gauche les feuillets d'un livre qu'il porte sur ses genoux.
Partir inférieure. — Le Triomphe de l'Agneau nnjslique. — Sur une vaste pelouse émaillée de fleurs printanières, au premier plan, au milieu, la fontaine de vie, où l'eau retombe en gerbes dans un bassin en marbre; à gauche, se tiennent six prophètes agenouillés et une quarantaine de personnages, parmi lesquels se retrouvent « ceux qui, croyant d'avance, ont annoncé le Christ, et aussi les païens, les docteurs, les philosoplies, les incrédules, depuis les bardes antiques jusqu'à de> bourgeois de Gand; barbes épaisses, visages un peu camards, lèvres faisant la moue, physionomies toutes vivantes; peu de gestes, des attitudes; un petit résumé en vingt figures du monde moral, après comme depuis le Christ, pris en dehors des confesseurs do la nouvelle foi. Ceux qui doutent encore hésitent et se recueillent; ceux qui avaient nié sont confondus, les prophètes sont dans l'extase. » (Fromentin, p. 425.) Les vêtements se distinguent par leur grande variété, les uns sont rouges, les autres tout blancs; l'un des assistants porte une tunique grenat, une toge bleue, un manteau violet, un chaperon bleu à visière verte; un autre, un manteau marron, un turban bleu, etc. A droite, sont agenouillés les
douze apôtres ; deriièreeux, les serviteurs de l'Évangile, « prêtres, abbés, évOques et papes, tous imberbes, gros, blêmes et calmes, ne regardant guère, sûrs du fait, adorant en toute béatitude, magnifiques en leurs liabits rouges, avec leurs chasubles d'or, leurs mitres d'or, leurs crosses d'or, leurs étoles tissées d'or, le tout emperlé, chargé de rubis, d'émeraudes, une étincelante bijouterie, jouant sur cette pourpre ardente, qui est le rouge de Van Eyck ». [Id.) Au second plan, au milieu, sur l'autel, l'agneau tourné vers la gauche; de sa gorge jaillit un jet de sang, que recueille un calice ; devant l'autel, deux anges agenouillés agitent des encensoirs; à droite et à gauche, d'autres anges sont en prière et présentent les instruments de la Passion; à gauche, sortent d'un bois les martyrs coiflés de la tiare et revêtus de riches dalmatiques, portant dans les mains des palmes ou des croix; à droite, s'avancent des saintes femmes, en robes de nuances adoucies, bleues, roses ou lilas, coiffées de fleurs et tenant à la main les instruments de leurs supplices et des palmes. « Rien n'est plus exquis que l'effet de ces deux théories lointaines, fines, précises, toujours vivantes, se détachant par des notes d'azur sur l'austère tenture du bois sacré. » {Id.) A l'horizon, Jérusalem ; au ciel, dans une nuée, au-dessus de l'agneau, le Saint-Esprit.
« Telle est la partie maîtresse de ce colossal triptyque. L'esprit peut s'y arrêter à Vinfini, y rêver à l'infini, sans trouver le fond de ce qu'il exprime ou de ce qu'il évoque. L'œil de même peut s'y complaire sans épuiser l'extraordinaire richesse des jouissances ■qu'il cause, des enseignements qu'il nous donne... Si, comme tout porte à le croire, Jan van Eyck est l'auteur de cette partie centrale, il faut qu'à la manière de son frère, il joignît, de son propre fonds, plus de vérité dans les visages, plus d'humanité dans les physionomies, plus de luxe et de réalité minutieuse dans les architectures, les étoffes et les dorures. Il y introduisit surtout le plein air, la vue des campagnes fleuries, des lointains bleuâtres. En un mot, ce que son frère avait maintenu dans les splendeurs du mythe et sur les fonds byzantins, il le fit descendre au niveau des horizons terresties. » (Fro- MENriN, 424 à 427.)
Au-dessous de l'Agneau mystique étaient représentés les Tounnents de l'enfer; celte partie, peinte à la détrempe, fut vite effacée. Restaurée vers 1550 par Jan Schorel et Lancelot Bloondel, elle avait déjà disparu en 1785, lorsque, sur l'ordre de l'empereur Joseph II d'Autriche, que la nudité des figures d'Adam et d'Eve avait choqué, le public ne fut plus admis à contempler ce chef-d'œuvre. Ces deux panneaux furent d'ailleurs, à ce moment, disjoints et enfermés dans une cave.
Le reste du retable fut transporté à Paris de 1794 à 1815, En 1816, un marchand, >I. Nieuwenliuys, usa de subterfuge pour se faire vendre au prix de 6,000 francs les six /panneaux formant volets, il les revendit 100,000 francs à M, Solly, de Londres, auquel le iToi de Prusse les acheta 400,000 jrancs. Ils ornent maintenant le musée de Berlin, Quant -à l'Adam et à l'Eve, que possède le musée de Bruxelles, ils furent acquis, en 1860, moyennant le payement d'une somme de 50,000 francs, l'exécution d'une copie de ces deux panneaux qui fut confiée à M. Victor Lagye (celui-ci reçut la mission de présenter les personnages dans un état moins complet de nudité), et le don de la copie des six volets ven lus en 1816. Cette copie, qui porte la date de 1550, avait été commandée par Philippe II à Michel van Coxcie, Les au res parties de cette ropie ont été acquises par le musée de Berlin. En résumé, l'ensemble que présonte le retable actuellement conservé à Ja cathédrale ne contient comme œuvre originale que les quatre peintures du centre.
« Contrairement à l'opinion de Karix Van Mandkk, (jui écrivit (I, p. .30) que ce reUiblc fut commandé par le trente; et unième comte de Flandre, Philippe de Charolais, fils du duc Jean de Dijon (Philippe le Bun, duc de Bourj^ogne, fils do Jean sans Pour), on sait pertinemment que celte œuvre fut oxocutée pour un simple particulier. Une inscription, «iécouverte sur le cadre des volets transportés à Berlin, on 1823, et cachée jusqu'alors par une couche de couleur verte, en fait foi :
PiCTOR HUDERTUS B EYCK MAJOR QUO NKMO RKI'KKTUS iNCKriT PONDUS QUOD JOHANNKS ARTK SKCUNDl'S F'KATKR rKKKKCIT JUUOCI VVI) PKKCK FKKTUS
Vkus V skXta MaI Vos coLLocat acta tVkkL
« Le peintre Hubert van Eyck, le plus grand qui ait existé, commença l'ci-uvre que son frère Jean, le second dans l'art, a achevée à la prière de Josse Vydt. » Ce donateur Judocus Vydt, seigneur de Parmelen, bourgmistre de Gand, destinait ce tableau à sa chapelle, dans i'égliso où il avait fait construire son tombeau et celui de .'•a femme, Hlisabeth Borlunt. Commencée, suppose-t-on, vers 1420, cette composition grandiose fut terminée en une dizaine d'années (le chronogramme de l'inscription donne cette date) et mise en place, le 6 mars 1432, en présence d'un public nombreux. Non seulement elle formait par ellemême un ensemble admirable, mais encore, ayant été exécutée pour l'endroit où elle était exposée, elle s'harmonisait avec tout ce qui l'entourait, avec les tapis, los étoffes do toute nature et les pointures votives qui recouvraient alors les murailles de la cathédrale. « Quand, aux jours de fête, on montrait lo retable au public, il apparaissait dans son entier développement. Il y avait alors une telle presse, qu'on pouvait difficilement approcher. Les peintres jeunes et vieux et les amateurs d'art y affluaient, comme, par un jour d'été, les abeilles et les mouches volent par ossaim autour des corbeilles de figues ou de raisins. » {K. v. M.)
10® chapelle :
Rubens. — La Conversion de saint Bavon.
Au second plan, au bas d'un escalier, à gauche, vu de face, le comte Allowin, — devenu plus Uird saint Bavon, — en vêtements noirs, à larges revers de fourrure, distribue son argent que portent, dans des plats, deux enfants, à sa droite, à des pauvres qui se pressent vers lui : une 'emme, vue de dos, en robe grise et II chu blanc, tenant dans ses bras deux petits enfants; une autre, en robe blanche, allaitant un nouveau-né; un vieillard, appuyé sur une béquille, étendant en avant le bras. A gauche, debout, trois femmes, l'épouse du comte, en robe grenat bordée de fourrure, de profil tournée vers la droite, les yeux au ciel, et ses deux suivantes, dont l'une, coiflée d'un large hennin, regarde avec attendrissement sa maîtresse; de l'autre on ne voit que le visage tourné de profil. Au second plan, sur les degrés d'un escalier, saint Bavon, un manteau rouge sur son armure, son bonnet dans la main droite, s'incline devant saint Amand et l'abbé Florbert, qui le reçoivent sous un portique, revêtus de riciies vêtements épiscopaux ; derrière eux, des prêtres et des moines. Le comte est accompagné de deux pages, l'un portant son épée, l'autre relevant la traîne de son manteau, et de deux personnages, le premier majestueusement drapé dans un manteau noir,
I autro, dont on ne voit que la tète, coiflé d'une tocpie roui<e à plumes; à gauche, au premier plan, en bas, les armes de l'évèque Triest.
H., 1,71 ; I.., 2,81. T. — Fig. gr. nat. — C ntré par le haut. — Grav»; par P. PiUen et P. Spruyt. — Ce tableau, commandé à Rubens par l'évèciue Triest, de Gand, fut exécuté, en 1621, au prix de 600 florins. Transporté en 1794 à Paris, il fut donné en 1811 aa musée de Bruxelles. Attribué en 1817 au musée de Gand, il fut rendu en 1825 à l'égliie de Saint-Bavon. — La National Gallery, de Londres, en possède l'esquisse montrée autrefois à l'archiduc Albert et provenant du palais Carrega, de Gênes. Une étude en fut vendue à Paris, en 1882, à la vente Febvre. Restauré plusieurs fois, en 1648 par Pierre Hais, en 1772 par Albert Fortain, en 1862 par Donselaere, ce tableau, recouvert d'un vernis sombre, a perdu de sa fraîcheur. « Il a dû être un travail supérieur et éclatant, un des plus parfaits dans son genre que Rubens ait produits. La composition, puissamment a;,'encée, est aussi belle que savanto. Dans la partie inférieure, le groupe des pauvres est d'un mouvement énergique, et le nob'.e et calme groupe des femmes à mi -hauteur relie la partie inférieure à la partie supérieure. » (M. Rooses, 11, 223.)