INTRODUCTION DE LA RENAISSANCE ITALIENNE EN ANDALOUSIE
La puissance d’attraction que, dès l’aube du xvie siècle, l’Italie exerçait sur les artistes Valenciens s’était déjà produite un quart de siècle auparavant, et avec la même irrésistible force, sur les peintres de l’Andalousie.
Alejo Fernandez, qui peignait à Cordoue à la fin du siècle précédent, vers la même époque où Pedro de Cordoba exécutait ly Annonciation, avait-il appris son art en Italie ou reçu les leçons de quelqu’un des peintres italiens venus en Andalousie? Nous l’ignorons. Mais l’étude de ceux de ses ouvrages qui sont conservés dans la cathédrale de Séville permet de présumer que cette dernière hypothèse reste la plus plausible. Le retable, composé de trois panneaux, qu’on voit dans la sacristie du choeur, derrière l’autel, présente comme sujets la Réconciliation de saint Joachim avec sainte Anne } la Naissance de la Vierge et la Purification. La date de leur exécution, constatée par un document conservé aux archives du chapitre, est i5o8.
Une autre composition d’Alejo Fernandez, placée dans la grande sacristie, figure V Adoration des Rois ; sa facture semble indiquer qu’elle serait postérieure, mais de peu d’années, aux panneaux précédents. Enfin on connaît encore dans l’église de Santa- Ana, au faubourg de Triana, à Séville, une autre peinture de lui, représentant la Vierge , assise sur un trône , tenant V Enfant sur ses genoux et entourée d’anges. Le style de ces divers ouvrages rappelle les quattrocentisti florentins; mais l’agencement des figures, leur dessin, présentent, ainsi que l’exécution, quelque timidité. L’artiste a gardé, comme les gothiques, le goût des ornements d’or semés dans les fonds et sur les costumes. Toutefois, s’il est grandement attardé par rapport à ses contemporains italiens, sa technique n’en représente pas moins de très grands progrès réalisés sur les méthodes encore si barbares de Sanchez de Castro et de Nunez. Ce n’est pas encore l’art de la Renaissance, mais on en pressent l’approche.
Les mêmes remarques peuvent être appliquées aux divers panneaux d’un retable exécuté par Pedro Fernandez de Guadalupe, pour la cathédrale de Séville, à la date de i52Ô. Au centre est représentée la Vierge soutenant le Christ mort et entourée des Maries et de saint Jean , Joseph d’Arimathie et Nicodème ; sur les côtés sont les portraits des donataires, et sur les deux autres panneaux le Christ à la colonne et le Repentir de saint Pierre. L’évolution de Guadalupe vers l’art italien est très sensible dans cet ouvrage où l’on note, cependant deux particularités caractéristiques et bien indigènes : le goût des ornements d’or et l’emploi de
colorations de plus en plus vigoureuses et profondes.
Avec ces deux maîtres, qui marquent la transition entre Part des primitifs et Part émancipé par le souffle de la Renaissance, disparaissent les derniers vestiges des timidités gothiques. Dès lors, et pour toute la durée du siècle, la peinture espagnole, en Andalousie, obéira presque sans réserve aux influences libératrices, récemment venues d’Italie.
Séville était à cette époque le centre d’une puissante activité artistique, qui se propagea d’ailleurs dans les autres grandes villes de PAndalou-
sjie. L’achèvement de sa merveilleuse cathédrale (i 5 1 9),
Fig. 17. — Alejo Fernandez, Purification de la Vierge.
(Cathédrale de Séville.)
les richesses décoratives qu’exigeaient les autels, les chapelles et le mobilier sacerdotal pour correspondre dignement aux intentions du chapitre, qui avait voulu que sa cathédrale fût sans rivale sous le rapport de la splendeur et du grandiose, avaient attiré une légion d’artistes flamands, italiens et indigènes, appartenant à toutes les corporations artistiques.
Après avoir achevé dans la chapelle de la Antigua le tombeau du cardinal Diego Hurtado de Mendoza, l’habile sculpteur Miguel Florentino, séduit par les offres généreuses du chapitre, entreprend la décoration du cimborio et de la porte nord de la cathédrale et modèle les superbes figures de terre cuite qui ornent l’extérieur de la chapelle Majeure ( 1 5 2 5) . Torrigiani, ce condisciple brutal et jaloux de Michel-Ange, vient à Séville et y laisse un chef-d’œuvre au couvent de Buenavista, son admirable statue de Saint Jérome.
Quelques peintres flamands, comme François Frutet et Fernand Sturm, s’établissent dans le même temps à Séville et y propagent, avec leur goût inné pour la couleur, les enseignements qu’ils rapportent d’Italie. Le plus célèbre d’entre eux est Pierre de Kempeneer (i5o3-t58o), que les Espagnols appellent Pedro Camjpaha. Il avait été nourri à l’école de Michel-Ange et résida longtemps à Séville. Quelques-uns de ses ouvrages en ornent encore les églises; son œuvre capitale est une Descente de croix (1548), peinte pour l’église de Santa-Cruz, où, au siècle suivant, elle faisait, d’après le récit de Cean Bermudez, l’admiration de Murillo. Cette belle composition, d’allure magistrale et mouvementée, aux types étranges et très carac-
LA PEINTURE ESPAGNOLE AU XVIe SIECLE. 67
térisés, au coloris violent et dur, impressionna vivement les peintres indigènes. Elle leur apparaissait comme une note sai-
sissante et nouvelle, et le grave recueillement de son spectacle, où passe le souffle de Part émancipé, leur faisait entrevoir un idéal jusqu’alors inconnu d’eux.
A l’Alhambra de Grenade, Charles- Quint a fait venir d’Italie deux habiles fresquistes, Julio et Alexandro Mayner, élèves peut-être de Jean d’Udine, pour décorer de ces gracieux ornements, empruntés à l’art antique et qu’on appelle gruteschi, les salles nouvellement construites (1537). Ils forment à Grenade, puis à Ubeda, où Cobos, le secrétaire de Charles-
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