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LE CHRIST CONSOLATEUR, PAR M. BESSON

(Dessin de l’artiste. — Salon des Champs-Elysées.)

dans l’intérieur tranquille, M. Cachoud est tout uniment paysagiste. Dites encore si la Pastorale de M. Bussy, ou la Fillette aux roses de M. Braut, ne sont pas des tableaux bien personnels et dégagés de toute réminiscence. Mais voici mieux : MM. Robert Dupont, Décote, Maxence, lesquels se sont pris à évoquer le supplice de saint Sébas-

tien, le désespoir d’Orphée, la déchéance de l'Enfant prodigue, n’en regardent pas moins autour d’eux en hommes « pour qui le monde visible existe », et ils donnent, de parents, d’amis, des images d’une touchante intimité. Enfin, et ici la réfutation devient péremptoire, par des portraits, rien que par des portraits, MM. Mouthon, Evenepoël, Sabatté, Morisset, Baignères se sont imposés à notre souvenir. La preuve ainsi faite, les artistes précités s’étant tous inspirés du spectacle animé de leurs yeux, le préjugé ne sera-t-il pas aboli, qui confine les élèves de M. Gustave Moreau dans le culte exclusif dès rétrospectivités mortes? J’entends que leurs portraits visent plutôt à la mise en évidence du caractère, à l’exaltation de la vie intellectuelle qu’au mot à mot de la ressemblance et aux calligraphies de l’écriture ; c’est par où ils trouvent à nous séduire. Tout portraitiste s’érige en confesseur d’humanité ; sous peine d’échouer dans sa tâche, il lui faut être quelque peu devin ; ce qu’on réclame de lui, c’est, outre la figuration de ce corps misérable promis à la poussière, la trace de l’esprit qui veille et demeure. Nous avons vu les portraits qui se recommandent par l’effort ou le nom : les exactes études physionomiques de M. Aimé Morot, dont le grand savoir n’est ni tendu, ni pédant ; la poétique effigie que M. Jules Breton a frappée de lui-même ; puis, de M. Détaillé, le tableau d’apparat et d’inexorable minutie, où le prince de Galles et le duc de Connaught ont été représentés à cheval, suivis de leur état-major, durant qu’évoluent par la plaine les régiments de highlanders ; nous avons vu M. Doucet saisir, non sans subtilité, l’indolence alanguie, le mondain nonchaloir, et M. Bonnat, portraitiste ordinaire des présidents et souverains, ici insuffire à sa tâche, là, par contre, trouver des tendresses de tons insoupçonnées pour peindre la Comtesse L. M. Le goût de MM. Jeanniot, Agache, Lerolle, Blanche, Humbert Sallès, Baschet, Mary, Margueré s’est affirmé ; mais, entre tant d’images d’indifférents, d’inconnus à la contemplation desquels les Salons convient, celles-là seules sont assurées de survivre qu’on peut interroger sans trêve; et jamais l’espoir d’une confidence nouvelle ne nous ramena en vain devant les portraits de M. Léandre, de M. Jean Yeber, où l’énigme d’un tempérament se dévoile, devant celui intensivement expressif de Mme F.-D... par M. J. -J. Henner, devant ceux surtout de M. Paul Dubois, qui laissent apparaître à la longue, sous leur tenue sévère et leur forte simplicité, une âme fouillée jusqu’en ses plus lointains replis.

Dans un temps où les habitudes de l’esprit sont si rarement con-

signées, il plaît que de nouveaux venus s’astreignent à une investigation psychologique constante chez les portraitistes français, de Clouet à Ferdinand Gaillard. « Le talent est une longue patience, disait Gustave Flaubert à Guy de Maupassant. Comme il n’y a pas deux êtres pareils, efforcez-vous de particulariser nettement votre modèle, de montrer, avec les apparences physiques toute la nature morale afin que je ne le confonde avec nul autre. » Les peintres formés à l’école de M. Moreau n’ont pas reçu, semble-t-il, d’autre conseil, et peutêtre est-ce la volonté de particulariser , jointe à l’étude des maîtres, qui deue leurs portraits d’une fierté d’allure souvent voisine du style. A force de criticuler, on a fini par méconnaître à leurs compositions jugées trop érudites, trop savantes, les beautés qui y abondent : c’est, dans le tableau de M. Desvallières, la curieuse figure d’Eve avec le renversement ingénu et pervers de la tête; — dans Y Enfant Jésus parmi les docteurs deM. Rouault-Champdavoine, la concentration de la lumière, l’harmonie des couleurs opulentes ou sourdes, la somptuosité du décor, laquelle ne nuit en rien au dramatique de la scène ; — dans le Christ consolateur de M. Besson, la chaleur d’une communicative émotion. Parles portes de l’église grandes ouvertes s’aperçoit la nef emplie de croyants agenouillés : en avant du porche, sachant bien que la prière fait l’âme charitable, des miséreux guettent la sortie des fidèles : aveugles aux gestes automatiques, mères anxieuses pour leurs nourrissons, tristes épaves d’humanité. Parmi ces déshérités, le Sauveur est apparu, drapé en un blanc manteau de lin, pareil à un suaire, et longuement il baise au front une mendiante vers lui venue, des mimosas à la main, une fillette ravie par l’être de bonté, si tendre aux humbles, dont les mains effleurent avec la douceur infinie d’une caresse.

Pour considérer le mouvement dans son ensemble et se bien initier aux tendances de l’esthétique nouvelle, il faudrait poursuivre l’enquête en dehors de l’Ecole des Beaux-Arts, étudier un groupe de jeunes peintres qui sont un actif ferment de l’art contemporain. Ces Symbolistes ne professent pas plus que les élèves de M. Gustave Moreau la haine de la nature; ils y puisent à tout instant l’essence de leurs inventions, avec le discernement d’un goût très lucide et l’entière liberté d’interprètes qui jamais ne déchoient au rôle de fac-similistes ;

excédéspar l’art impersonnel, ils opposent à l’exactitude enfantine des images photographiques, les abréviations éloquentes des synthèses décoratives. On accorde que la curiosité de leur esprit est grande (comme fut jadis celle des romantiques) et qu’ils ont activé la renaissance des industries somptuaires; mais, parce que le principe de leur doctrine les a conduits aux sources vives de la tradition médiévale, certains inclinent à les accuser d’archaïsme ou même' d’ignorance. Est-ce donc un abus de pratiquer l'humilité gothique, qui, selon Ruskin, laisse à l’artiste «plus de liberté pour écouter son génie en l’empêchant d’ètre obsédé par l’idée fixe de rendre son métier admirable »? Telle fut la route de tous temps suivie par ceux qui confièrent à l’art les effusions de leur foi, et la peinture religieuse ne se conçoit vraiment qu’exécutée dans la fièvre de l’adoration, sans convoitise de succès profanes. L’état d’abaissement où elle a pu tomber trouve sa raison dans l’extrême orgueil d’artistes moins empressés à célébrer la divinité qu’à faire valoir leurs talents. Cependant, l’époque est venue de douter du doute, et un besoin impérieux de croire s’est emparé de l’àme moderne : aux lettres, à là musique, il a valu Sagesse de Verlaine, et les oratorios de César Franck, les proses d’Hello, et En route de J. -K. Huysmans ; hormis la Vierge au lys de Ferdinand Gaillard, et l’illustration, à notre gré trop vantée, de M. James Tissot, la peinture ne s’est complu jus^ qu’ici qu’aux fadeurs douceâtres et aux flagorneries coquettes d’un mysticisme de mode, tout conventionnel. Qu’a-t-il manqué à nos artistes? La ferveur et presque toujours l’oubli de soi-même. « Vis-à-vis des choses divines, l’attitude qui donne l’intelligence, c’est l’agenouillement. » M. Dagnan-Bouveret s’est agenouillé; il s’est abîmé dans la prière ; pour lui, le voile des ténèbres s’est entr'ouvert, et de l’ombre est émergé, meurtri par les pleurs et la souffrance, le visage du Rédempteur, empreint d’une tristesse tendre, résignée, ineffable. L’évocation est tragique, et les Salons en offrent peu d’aussi propre à élever jusqu’à Dieu. La règle était hier de contester au peintre le droit et le pouvoir de toucher au miracle : voici que M. Dagnan nous donne presque un chef-d’œuvre et que la vie de saint Françoisd’Assise trouve encore à inspirer heureusement M. Ernest Laurent. On plaisantait « la superstition du ciel »; on disait « les dieux du christianisme à jamais évanouis sous l’analyse moderne », et voici qu’ils renaissent et voici que réapparai t triomphalement le symbolisme religieux depuis longtemps honni. Ce que nous enpouvonsespérer,il est loisible de le prévoir, d’après la leçon du passé : « C’est lui qui a tempéré

(Salon du

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