‹ La peinture flamandeChapitre 102 sur 150 · FRANÇOIS SNYDERS · texte numérisé non relu

FRANÇOIS SNYDERS

técuter les animaux de quelques-uns de ses sujets de

chasse, tandis qu'il plaça des figures dans plusieurs tableaux de son ami. Il lui donna un dernier témoignage d'affection, en le chargeant de présider, après sa

mort, à la vente des objets d'art qu'il avait rassemblés. Van Dyck, de son côté, lit à diverses reprises le portrait de Snyders et de sa femme. Cette dernière était la sœur des deux De Vos, Corneille et Paul, et ceci nous amène à parler du second, qui fut animalier aussi et rélève de son beau-frère.

Peintre fort recherché, Paul De Vos (vers 1590- 1678) travailla surtout pour de grands personnages, entre autres pour Pempereur, le roi d'Espagne et le duc d'Aerschot, son principal protecteur. Il excellait à rendre les chasses et principalement les chiens. Il peignit aussi, sous le nom d^Arche de Noé, des groupes d'animaux divers. Par la gamme de son coloris, par ses tons lumineux, par la légèreté de son faire, Paul de Vos ressemble à son beau-frère et beaucoup de ses tableaux sont catalogués, par erreur, sous le nom de celui-ci. Les musées de Madrid et de l'Ermitage conservent ses plus nombreuses productions; il en a d'autres à Vienne, à Munich, à Schleissheim, à Bruxelles, à Caen, etc. Son Sanglier se défendant contre une meute (pinacothèque de Turin) est un morceau de grande allure, qui prouve que le mérite de De Vos est supérieur à sa réputation.

Pendant longtemps Snyders a occupé, seul et sans discussion, le premier rang parmi les animaliers flamands ; mais depuis une vingtaine d'années un artiste T -r> trop longtemps méconnu est venu lui en dis- <^' puter, sinon la possession, du moins le partage. La critique moderne a appuyé ses légitimes revendications et a placé depuis lors Jean Fyt (1609- 1661) à côté de François Snyders.

JEAN FYT. 27S

Sa vision et sa facture sont bien personnelles et

indépendantes; il est sans formule. Il est moins décora-

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tif que Snyders, rarement aussi mouvementé', aussi impétueux, aussi héroïque, dirions-nous, mais il a Pallure également franche, Tesprit également libre, la touche plus osée, plus ferme, plus accentuée, plus franchement réaliste. Son dessin exact accuse les formes avec une précision parfaite et il rend le pelage des quadrupèdes et le plumage des oiseaux avec une exquise vérité et une rare perfection de détails. Souvent il dépasse son émule par Téclat de la lumière, par la finesse et la vérité du coloris, parla puissance et la sincérité de Paccent. Il joint à une grande habileté d'arrangement de savants contrastes de lumière et de clair-obscur, qui le rapprochent un peu de ses confrères hollandais.

Gomme Snyders, il a laissé des Combats, des Chasses et des Natures mortes, et comme lui il a été quasi universel dans son genre. Personne n^a peint mieux que lui les chiens et aussi les aigles. Des lévriers, des dogues, des mâtins, des limiers de toutes les races, il en a introduit dans presque tous ses tableaux; des aigles, il en a deux à Anvers — le Repas de Vaigle est une de ses meilleures œuvres — et un autre à Cologne : gigantesque oiseau aux ailes déployées, merveille de hardiesse, d^exécution et de vérité.

Sous le rapport de la fécondité, il ne dément pas sa race : presque tous les musées de TEurope ont des spécimens de son talent. Parmi ses oeuvres capitales, nous citerons encore : le grand Combat de chiens contre un ours (fig. /S), et le Combat contre un sanglier (pinacothèque de Munich) ; les amoncellements de gibier et de fruits de la galerie de Schleissheim, le superbe tableau d'accessoires de l'Académie des Beaux-Arts de Vienne;

les Natures mortes de la galerie Liechtenstein, d^une si étonnante puissance. Un tel ensemble d'œuvres ne saurait laisser indéfiniment leur auteur à un rang secondaire. Comme Fa fort bien dit M. Paul Mantz, la place à laquelle il adroit, et que nous lui avons donnée, Fyt ne la perdra plus^.

On ne lui connaît aucun élève; peut-être faut-il faire

sortir de son atelier J. Van Hecke (1620-1684).

^^ Pierre BoEL 2 (i 622-1 674) aussi paraît avoir été influencé par lui, bien qu^on le dise élève de Snyders. Il peignit des animaux et des natures mortes, exécuta des cartons pour tapisseries et fut, comme Fyt, un aquafortiste distingué. Vers la fin de sa vie, il alla s'établir à Paris, où il travailla aux Gobelins et où il mourut avec le titre de peintre ordinaire du roi. Son talent, assez inégal, est surtout décoratif. Le musée de Lille garde de lui une Allégorie des vanités du monde, pittoresque et d'un faire puissant, et l'Institut Stadel, à Francfort, un Repas de trois aigles qui rappelle le sujet de Fyt, au musée d'Anvers. Il eut lui-même pour élève David De Coninck(i636 — ap. 1699), qui habita ritalie et dont les deux Chasses aux ours et aux cerfs (musée d'Amsterdam], les Fruits et animaux (musée de Lille) et les cinq tableaux de Natures 7iiortes (galerie Liechtenstein) sont dignes de la grande école naturaliste à laquelle il appartient.

1. Voy. aussi le jugement que porte sur Fyt \V. Burger dans sa Galerie Siiermondt, p. i25.

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