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LES PAYSAGISTES PROPREMENT DITS

A Anvers, deux maîtres, — Rubens et Brueghel de Velours, — dans des manières presque opposées et avec

I. E. Bacs : Histoire de la peinture de paysage. {Annales de la Société royale des Beaux-Arts de Gand, t. XIII.)

des procédés différents, sont les maîtres autour desquels, suivant leur goût ou leur vision, les disciples viennent se grouper : Wildens, Van Uden, De Vadder, d'Arthoiset les Huysmans préfèrent Tampleur et le sens décoratif de Rubens ; Stalbemt, Govaerts, Gysels, Vinckbooms suivent la manière attentive, précise et finie de Brueghel. Mais avant de parler de ces continuateurs, nous avons à nous arrêter sur Brueghel luimême, ou plutôt sur les deux Brueghel, fils de Pierre le Vieux et tous deux nés à Bruxelles.

Parmi les vies d^artistes dont nous esquissons ici les traits principaux, il en est peu de plus dignes, de mieux remplies , que celle de Brueghel de Velours (i 568-1635). Doué de toutes les qualitésquifontrhomme de talent et l'homme de bien, le destin ne cessa de lui dispenser ses faveurs avec une constante prodigalité. Parmi ses confrères, il n'eut que des amis. Dans toutes les circonstances de sa vie de famille, on trouve leurs noms associés au sien dans les registres de l'état civil. Plusieurs d'entre eux, Rubens, Van Balen, Franck, S. Vrancx, De Clerck, Rottenhamer, furent ses collaborateurs. Il eut deux fils, huit petits-fils et quatre arrière-petits-fils, tous peintres; David Teniers, Jérôme Kessel et J.-B'« Borrekens furent ses gendres; enfin, Rubens l'honora de sa profonde affection et réclama maintes fois le concours de son talent pour les fonds de ses tableaux.

Brueghel a énormément produit : il a 52 tableaux à Madrid, 41 à Munich, 33 à Dresde, 29 à Milan, etc. Son pinceau a abordé tous les genres, quoique ce soit

le paysage qui domine et constitue le cadre de la plus grande partie de son œuvre. Il se montre peintre d^histoire dans la Prédication de saint Norbert (musée de Bruxelles); batailliste dans lo. Bataille d^Arbelles (musée

bdu Louvre) ; peintre de genre dans le Marché aux poissons (pinacothèque de Munich); animalier dans le Paradis terrestre (galerie Doria, à Rome) et Daniel dans la fosse aux lions (bibliothèque Ambrosienne, à Milan) ; mariniste dans le Jésus apaisant la tempête [Id.); peintre de fleurs dans la Guirlande {pinacothèque de Munich) et la Flora (galerie Durazzo-Pallavicini, à Gênes), (fig. 83); enfin peintre d'accessoires dans les Cinq sens (musée de Madrid).

Généralement ses panneaux sont de dimensions restreintes. Il a néanmoins plusieurs fois abordé la grande toile, et notamment dans les Cinq sens, la Flora et la Guirlande de fleurs^ que nous venons de citer, et qui atteignent 2'", 25 et 2'",5o de largeur. •

Dans toutes ces compositions il fait preuve d'une habileté supérieure, d'une riche imagination, d'une touche fine et élégante, bien qu'un peu sèche. Malheureusement la minutie des détails nuit souvent à l'effet d'ensemble et le coloris est chimérique et conventionnel. La nature n'a pas les aspects émaillés qu'il se plaît à lui donner, et qui fatiguent l'œil par leur défaut d'harmonie, de simplicité et de vérité.

Son fils Jean II (1601-1678) continua sa manière et son genre. Ses tableaux, très clair-semés, sont confondus encore avec ceux de son père; ce ne sont, en somme, que des réminiscences souvent heureuses des peintures de celui-ci. Longtemps les biographes ont ignoré

BRUEGHEL D'ENFER. 315

cet artiste; son existence n'est révélée que depuis une quinzaine d'années, grâce à quatre tableaux signés et datés 1641, 1642 et 1660, des musées de Dresde et de Munich ^ De ses trois fils peintres nous ne dirons rien, mais nous avons à parler de son oncle, Pierre II, surnommé d'Enfer (i 564-1 638), second fils du vieux Ilueghel.

pCe surnom lui vint de la préférence qu'il montra pourla représentation de sujets infernaux et diaboliques, ài scènes nocturnes avec de grands effets d'incendie, aux flamboiements rouges, jaunes et verts. Les titres de la plupart de ses petites peintures trahissent cette prédilection ; ce sont des Incendies de Sodome ou de Troie ; Orphée ou Enée descendant aux en/ers ; la Délivrance des âmes du purgatoire ; V Enlèvement de Proserpine; la Tentation de saint Antoine; le Sac d'une ville ^ etc. Il a laissé une autre catégorie d'ouvrages sur lesquels

— à part Van Mander — on n'a guère appelé l'attention jusqu'ici : ce sont les belles et fidèles copies qu'il exécuta d'après les chefs-d'œuvre de son père. On en trouve à Anvers, à Bruxelles, à Gand, à Berlin et surtout à Lucques, dans la galerie Mansi. Il eut, lui aussi, son copiste,

— tout au moins un continuateur des plus trompeurs, — Pierre Schaubroek (1606), connu par quelques tableaux des musées de Vienne, de Brunswick, de Cassel et de Schleissheim.

Le tableau généalogique suivant, qui ne comprend pas moins de vingt-cinq noms de peintres, présente la descendance artistique du vieux Brueghel jusqu'en 1 77 1 .

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