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PS

si.

ABRAHAM GOVAERTS. 317

Dans le genre fini, émaillé et éclatant, aux tonalités criardes, que les Brueghel avaient mises à la mode, nous devonsranger David ViNCKEBOONs,deMalines (i 578- 1629), qui a, à la pinacothèque de Munich, une Marche eu Calvaire traitée sur le mode familier. Deux autres tableaux importants, représentant des Kermesses et qui sont à la pinacothèque du Gapitole et au musée d'An- -vers, donnent une meilleure et plus virile idée du talent de Partiste. Ce sont des paysages très pitto- rpvrj resques, peints dans des gammes d^un vert ^\r^ sombre et d'un jaune bitumineux, qu'animentde joyeuses bandes de villageois, habillés de vibrantes notes rouges,

Rtrunes et bleues.

I Encore plus près de Brueghel se place Abraham fevAERTS d'Anvers (1689- 1626), longtemps perdu parmi es imitateurs ignorés du maître. Ses tableaux reconnus et datés ne s'élèvent encore qu'au chiffre restreint de quatre, qui sont aux musées de La Haye, de Bordeaux, de Milan et de Brunswick, avec les dates respectives de 16 12, 16 14, 161 5 et 1624. On lui en attribue d'autres à Douai, àAugsbourg et à Schwerin^ C'en est assez pour pouvoir dire que leur auteur fut un maître peintre, s'entendant à merveille à la représentation des Forêts de chênes et inspiré par la majesté des grands bois héroïques. Sa touche est plus large et plus simple que celle de Brueghel, son feuillage plus vigoureux et plus massé, ses lointains, estompés par la brume, d'un bleu moins chimérique.

Les renseignements biographiques sont rares sur

I . Voy. H. Riegel. Beitrage:{ur niederl. Kunstgeschichte^ II, p. 95.

3l8 DIX-SEPTIEME SIÈCLE.

Govaerts. Ils sont plus rares encore sur Adrien Van Stalbemt (1580-1662), son concitoyen. C. De Bie nous A ç dit que « Charles l^' appela Van Stalbemt à •^^*^'/ Londres, où il exécuta un grand nombre d'ouvrages. » Ce serait donc en Angleterre qu'il faudrait surtout rechercher son œuvre. Quelques paysages des musées de Berlin, de Dresde, d'Anvers, de Florence, de Francfon, de Vienne, de Copenhague et de Madrid permettent d'apprécier sa manière de comprendre le beau choix de ses sites, de ses natures agrestes, le faire large et souple de ses feuillages sombres.

Il est d'autres paysagistes dont on confond bien certainement les tableaux avec ceux de Brueghel de Velours. Ainsi, il est possible que Ton fasse un jour un catalogue plus complet à Alex. Keirrinckx jy ^^y (1600-1646?), à Antoine Mirou (peignait .««7v. // C^ en 1625-1653), à Pierre Gysels (1621-1690), qui représenta aussi des fleurs et des natures mortes, etc.; pour] le moment nous ne pourrions en dire que bien peu de chose. Adrien-François Boudewyns, de Bruxelles (1644-1711),* mérite, lui, mieux qu'une simple mention. Associé à son concitoyen Pierre Bout (i65&ap. 1702), peintre de petites figures, il produisit une longue suite de paysages, de vues de villes et de monuments, animés de groupes de paysans, de pêcheurs, de bergers (musées de Dresde, de Madrid et de Schleissheim). Martin Schovaerts (vers i665-?)*, qui imita son genre, fut son élève.

1. Catalogue du musée d'Anvers, 1874, p. 63. — Siret: Biographie nationale, 186S, t. II, cal. 788.

2. Ed. Fétis : Catalogue du musée de Bruxelles, 1882, p. 447.

WILDEN ET VAN UDEN. 319

Si nous passons maintenant des paysagistes continuateurs de Brueghel à ceux qui suivirent Rubens, nous voyons immédiatement les méthodes patientes abandonnées pour les procédés larges et décoratifs.

Jean Wildens {i586-i653) n^a pas été, à proprement pirler, élève de Rubens. Il fut simplement son collaborateur, beaucoup son ami et un peu son parent, étant, pjr sa femme, le cousin de la belle Hélène Fourment. Ayant plus souvent travaillé aux tableaux des autres qu'aux siens propres, ses œuvres tout à fait personnelles sont rares. La galerie de Bridgewater, à Londres, conserve un Paysage boisé, d'une exécution large et libre, qui passe pour être le meilleur de ses ouvrages. Sa trace est plus facile à suivre dans les nombreux fends dont il garnit les tableaux de Jordaens, de Rombouts, de Van Boeckhorst, de Schut, de Snyders et surtout de Rubens. Nous croyons même que c'est en grande partie à ces collaborateurs illustres que Wildens doit la faveur de passer avec quelque éclat à la postérité.

Il en est de même, du reste, de Luc Van Uden (i SqS* 1(372). L'honneur que lui fit Rubens — son ami — de l'employer quelquefois dans ses grandes décorations attache à son nom, à demi voilé aujourd'hui, un vague reflet de célébrité. Van Uden a peint dans les mêmes colorations affadies et effacées des panoramas aux vastes horizons et des paysages aux dimensions restreintes, d'où le sentiment vrai de la nature est généralement absent. C'est à Dresde que l'on peut voir l'artiste sous l'aspect le moins défavorable; là, il a neuf petits tableaux. Le

musée d^Anvers et la galerie de Schleissheim conservent quelques-unes de ses grandes toiles.

L'histoire a parfois d'étranges oublis. Ainsi, c'est avec force éloge qu'elle nous transmet les noms de Van Uden et de Wildens, et c'est à peine si elle prononce celui de de Vadder . Et cependant Louis de Vadder (?- i 6 5 5) est un paysagiste de grande race. Dans l'école de Rubens, il n'en est pas qui ait marché sur les traces du maître avec plus d'effet et de brio, avec un coloris plus puissant, une lumière plus abondamment et savamment distribuée , une facture plus magistrale. De Vadder est à peine connu de nos jours et son œuvre est ignoré, à quatre tableaux près, qui sont à Munich, à Lille, à Darmstadt et à Stockholm. Il naquit à Bruxelles au commencement du XVII* siècle et fut reçu maître en 1628 ^ En 1644, il fut nommé par l'administration communale peintre privilégié pour les cartons des tapissiers, et l'année suivante, dans une requête adressée au Magistrat, il est qualifié « le meilleur artiste du pays - ». Notre gravure reproduit son paysage, dit des Trois Cavaliers, qui est à la pinacothèque de Munich (fig. 85). Terrains, feuillages, ciel et horizon sont largement traités, animés d'un sentiment profond de la nature et présentés avec de grands partis pris de coloration à la Rubens. Luc Achtschellinck (16 16- 1704) et Jacques d'Arthois (i6i3-i665?), tous deux de Bruxelles, ont sinon étudié chez lui, du moins été impressionnés vivement par sa manière et ses effets.

Le premier n'est guère connu que par un certain

1. Al. Pinchart : La corporation des peintres de Bruxelles. {Messager des Sciences, 1877, p. 3 20.)

2. Alph. Wauiers : Les Tapisseries bruxelloises, 1878, p. 244.

LOUIS DE VADDÉR. 321

nombre de sites boisés, animés de petites scènes bibli-

ques, qu'il exécuta pour les églises de sa ville natale.

Gonzalès Coques est son collaborateur dans un pittoresque paysage qui est au musée de Vienne.

Le second a un grand nombre de ses vastes compositions dans divers musées et notamment à Madrid, où

Ton en compte jusqu^à quatorze, à Vienne, à Dresde et à ; y^ ^ Bruxelles. Résidant habituellement dans son petit domaine de Boisfort, d'Arthois emprunta une grande partie de ses motifs aux hautes et épaisses futaies, aux chemins creux et aux étangs de la forêt de Soignes, dont il rendit le caractère sauvage avec une fidélité qui n^est pas sans grandeur et avec un pinceau de véritable coloriste. La note osée de ses terrains ocreux chante souvent très vigoureusement au milieu des verts sombres de ses taillis. C^est à Teniers le Vieux, à Gérard Zegers ou à Bout quMl recourait d^habitude pour animer ses tableaux de chasseurs, de mendiants ou de paysans conduisant leurs bestiaux au marché, ou revenant de la kermesse au son des cornemuses. A la même époque, Daniel Van Heil (1604- 1662) peignait aussi à Bruxelles des Hivers et des Incendies.

Un maître qui fait bande à part dans Técole paysagiste du xvii^ siècle est Jan Siberechts (1627-1703 ?). Nous ne savons si nous cédons à un attrait personnel, mais, dans l'école flamande n'est pas de paysagiste que nous prision: plus haut. Sa peinture n'a certes ni Péclat ni la souple transparence des tonalités de Rubens, mais elle présente d'autres qualités rares et inattendues, alors que le paysage flamand était encore, il faut bien le dire,

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•égi par des lois conventionnelles. Siberechts recher-

JEAN SIBERECHTS.

FIG. 86. JEAN SIBERECHTS.

La gardeuse de vaches. (Pinacothèque de Munich. H. 1,08. L. 0,84.)

che franchement les difficultés du plein air et devance,

avec une réussite complète, les audaces de couleurs du réalisme moderne.

Il naquit à Anvers, où il paraît avoir vécu et travaillé assez ignoré de ses contemporains : Wildens et Van Uden n'étaient-ils pas les favoris du moment ! Puis un beau jour, le duc de Buckingham, revenant de France, passa par Anvers, entra en relations avec le paysagiste et remmena en Angleterre. D'après Walpole, il y fut activement occupé à Pornementation des résidences aristocratiques *. Une visite attentive et compétente aux cabinets de la Grande-Bretagne ferait découvrir sans nul doute un certain nombre de ses ouvrages oubliés. Ils sont rares dans les musées du continent. On connaît ceux de Bruxelles, d'Anvers, de Munich (fig. 86), de Copenhague, de Hanovre, de Bordeaux, et surtout les deux Gué de Lille et celui de Bruxelles (musée communal).

Ses paysages sont de vraies pastorales, très simples de motifs, comme nous les comprenons au xix'' siècle. Siberechts n'avait pas besoin de recourir à ses confrères de Saint-Luc pour Vétoffage de ses sites; il s'y entendait mieux que personne ; il savait donner à ses fermières et à ses gardeuses de vaches des attitudes réelles, vues et observées, et combiner pour leurs costumes d'étranges et hardies harmonies de vermillon et de blanc d'argent, de bleu cendré et de jaune vif, qui donnent à son œuvre un aspect si attrayant, si personnel et si libre.

Il n'a pas fait école : il était venu trop tard... ou trop tôt. Ses contemporains dégénérés, Mathieu Van

I Anecdotes of painting in England, 1765, t. III, p. 109.

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