LES PETITS-FILS DE RUBENS
Tandis que Rubens triomphait à Anvers, lui, ses collaborateurs, ses élèves et tous ceux qui, de près ou de loin, subissaient le victorieux ascendant de son génie, il naissait dans la Belgique entière une nouvelle génération de peintres dont le pinceau , à Tallure encore audacieuse, allait continuer à orner les hôtels de ville, les églises, les hospices et les maisons de corporation, de portraits à la tournure imposante ou de grandes scènes religieuses vivantes, colorées et tapageuses.
Plusieurs d'entre ces nouveaux venus, doués d'aptitudes naturelles et joignant au sens de la couleur celui de la composition, ont laissé des ouvrages dignes d'éloges. Pourquoi cependant n'ont-ils guère réussi à devenir célèbres? C'est qu'au lieu de chercher une manière ou un idéal nouveau, de parler une langue à eux, ou seulement d'y introduire quelques mots originaux, ces petits-fils de Rubens se sont contentés de recommencer ce qui avait été fait, de répéter ce que les grands disciples. Van Dyck et Jordaens, De Vos et de Crayer, avaient dit avant eux et mieux qu'eux. Aussi
PIERRE VAN LINT. j^I
ne sont-ils connus que de quelques amateurs, même en Belgique, où se trouvent la plupart de leurs œuvres. Sur leurs toiles, grandes par le flamboiement des lignes et le fracas des attitudes, on ne lit pas leur nom: Ecole de Rubens suffit, et le passant satisfait n'en demande pas davantage.
Anvei's^. — Corneille De Vos reçut, en i6i5, dans [son atelier deux élèves qui imitèrent sa manière élé- [gante et ses tonalités distinguées, tout en restant bien lu-dessous de son beau et sympathique talent; ce sont fEAN CossiERs (lôoo-iô/i)^ et SiMON De Vos (i6o3- 676). L'un et Tautre nous ont laissé des tableaux l'église, des portraits et aussi quelques scènes de ;enre. C'est au musée d'Anvers, dans les églises et les )éguinages de Malines que l'on trouvera les meilleurs et les plus nombreux spécimens de leur talent aimable, facile et gracieux. Cossiers voyagea en Italie et en France; Rubens l'avait choisi, en 1628, pour son compagnon de voyage en Espagne. Son Saint Nicolas^ du musée de Lille, est une œuvre de valeur.
Comme Jean Cossiers, fort en faveur à la cour du gouverneur, Pierre Van Lint (i 609-1690) sut également s'attirer de hautes protections. A Rome, oùt r^ il passa sept années, il fut le peintre en titre du ^^ cardinal Guinacio, doyen du Sacré-Collège, et, de retour dans sa ville natale, il fut occupé par le roi de
1. Voy. les ouvrages de MM. Rooses et Van den Branden sur V Histoire de l'école de peinture d' Anvers, Qt le Catalogue du musée d'Anvers.
2. Gh. Ruelens : Jean Cossiers {Bulletin- Rubens, t. I«', p. 261).
Danemark, Frédéric III. Le portrait du cardinal est au musée d'Anvers ; celui de l'artiste par lui-même est à Bruxelles, et nous avons vu celui de sa femme, conservé comme un souvenir de famille par un de ses arrière-petits-fils, sculpteur établi à Pise.
D'une toute autre allure, plus mâle et plus noble est Jean Boeckhorst (i6o5-i668), que ses confrères surnommèrent Lange Jan (Jean le Long), à cause de sa taille élancée. Sans jamais atteindre à la fougue victorieuse de Jordaens, qui fut son maître, Boeckhorst a laissé cependant quelques œuvres qui dénotent un talent peu ordinaire. Le Repentir de David (église Saint- Michel, à Gand), par exemple , est une page bien flamande, de grand style, d'une coloration distinguée et d'un jet puissant. C'est notre artiste aus^i qui anima de figures quatre grandes natures mortes que Snyders peignit pour l'évéque de Gand et qui sont à l'Ermitage. Et ce n'est pas un mince honneur pour Lange Jan de les y avoir fait figurer, pendant plusieurs années, sous le nom de Rubens.
Une confusion non moins flatteuse a fait tenir longtemps pour une œuvre de Van Dyck le portrait de Balthazar Moretus I, que Thomas Willeboirts (1614- 1-654) peignit en 1641 (musée Plantin). Cet artiste, sorti de l'atelier de Gérard Zegers, fut souvent employé par le stathouder Frédéric-Henri, qui lui fit exécuter une suite de dix-sept tableaux mythologiques empreints d'une grâce particulière, suppléant, jusqu'à un certain point, à bien . des qualités absentes. Le Mariage de sainte Catherine^ du musée de Berlin, passe poiir son œuvre capitale.
3 + t DIX-SEPTIEME SIECLE.
Celle de Pierre Thys (1624- 1679) est à Saint- Jacques d'Anvers. Elle représente V Adoration de l'hostie par le chapelain et les directeurs de la confrérie du Saint-Sacrement, Cest, en re'alité, un grand tableau à portraits, et il montre, par ses tonalités fines et chaudement colorées, ce que pouvait donner, dans l'interprétation de la figure humaine, cet artiste aujourd'hui trop peu connu. L'empereur Léopold I" l'avait remarqué et nommé peintre de la cour. Il fit les portraits d'un grand nombre de personnages de distinction, portraits qui sont depuis confondus dans l'œuvre secondaire de Van Dyck, qui fut son maître.
Moins connu encore est Théodore Boeyermans (1620- 1678), un autre continuateur de Van Dyck, qui, dans ses p morceaux de choix, approche assez près du f^ maître, en conservant, néanmoins, un carac- %/*-^ tére personnel plus accentué que les peintres précédents. Dans les grandes compositions religieuses ou allégoriques qu'il affectionnait, — par exemple, dans son Saint François-Xavier, d'Ypres, dans son Assomption de la Vierge, de Saint-Jacques d'Anvers, dans son Saint Louis de Goniague, du musée de Nantes, ou dans la Piscine de Bethsaïde, du musée d'Anvers, il a déployé une imagination peu commune, appuyée sur un coloris riche en harmonies délicates et sur une savante entente du clair-obscur.
D'autres noms contemporains se rencontrent encore: Balthazar Van Cortbemde (i6i2-i663), MarcGaribaldo (1620-1678), Michel-Ange Immenraet (i62i-i683)*,
I. Goovaerts : Le peintre Michel-Ange Immenraet d'Anvers et sa famille, 1878.
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lERRE YkENS ( I 648- 1695), GODEFROID MaES ( I 649- I 700).
Is ne sauraient nous arrêter ici, si ce n^est cependant €ux d^entre eux : Josse Van Hamme (?-i66o) Tauteur •'une grande Adof^ation des bergers (r655), du • ^ j pusée de Vicence, et Godefroid Maes, Fauteur \r^ 'un Martyre de saint Georges (musée d'Aners), où il y a de Penthousiasme et de Tinspiration t dont nous avons retrouvé à Venise, dans la galerie tfanfrin , un grand tableau bien inattendu : Une vente 'e poissons à la criée, dernier écho sonore et bien lamand de Técole des Snyders, des Fyt et des Van Jtrecht.
Bruxelles ^, — Pendant le xvn" siècle, Tintérêt est à Anvers. Néanmoins Bruxelles, résidence des souverains et des gouverneurs, posséda également une gilde de Saint- Luc, riche en peintres de mérite. Aux noms de VanTilborg, de Duchastel, de De Vadder, de d^Arthois, de Van Alsloot et de Sallaerts, que nous avons déjà cités; à ceux de Champaigne et de Van der Meulen dont nous parlerons plus loin, il nous faut ajouter ceux de Théodore Van Loon (i629?-i678 ?), qui fut un peintre de sujets religieux; de Pierre VanderPlas (i595? ap. 1646), qui peignit des Ex-voto pour les corporations, et surtout de Pierre Meert(i6i9?-i669J, dont Bruxelles conserve une toile représentant les Syndics de la corporation des poissonniers. Placée au musée entre deux chefsd'œuvre de Rubens, faisant pendant au magnifique portrait de famille de Corneille De Vos , elle sup-