le comte de Beaufort, à Bruxelles. C'est un morceau
FIG. 92. PIERRE FRANCHOYS.
Portrait de Gisbert Mutzarts, prieur de l'abbaye de Tongerloo. (Musée de Lille. H. 1,44. L. 1,18.)
de premier ordre, d'une intensité de vie extraordinaire,
d'une expression originale, d'un coloris savoureux et plein d'attraits.
A la famille des Franchoys succéda celle des Herre- GOUTs, qui n'a place ici que pour une mention; puis Gilles Smeyers ("1635-1710), qui a, au musée de Bruxelles, deux Scènes de la vie de saint Norbert. Ce sont de grandes peintures claires, faciles, bien composées et doucement harmonieuses dans leur coloration pâlie, où dominent les tons gris argentin et bleuâtre. La grande école de Rubens va en s'afTaiblissant; Smeyers, coloriste sans force, mais non sans charme, est un de ses derniers disciples de mérite.
Bruges. — La glorieuse ville des Van Eyck et des Memling, qui au xvi® siècle avait encore eu un moment d'éclat, grâce aux Pourbus, clôture, au xvii*, son histoire artistique par les Van Oost.
Cinq peintres portèrent ce nom. Le plus connu est Jacques le Vieux (1600- 1671), qui représente, non sans distinction, l'école de Rubens dans la capitale déchue des ducs de Bourgogne. Ses portraits sont bien supérieurs aux tableaux religieux qui ornent les églises de sa ville natale et où l'on sent trop l'influence des Carrache; ils expriment la vraie note de son talent viril. Van Oost cherchait souvent à leur donner l'importance d'un tableau et se plaisait à représenter ses modèles dans l'exercice de leur profession. VEcclésiastique dictant une épitre à un jeune clerc (musée de l'Académie de Bruges) et un Philosophe méditant {hôpital Saint-Jean) sont, dans ce genre, des œuvres de belle allure, qui par leur couleur et leur réalisme demeurent
JEAN VAN CLEEF.
ssentiellement fidèles aux traditions nationales. Le ieux Van Oost eut deux fils peintres ; Jacques le Jeune 1639-1713), qui adopta la manière de son père, est î seul connu. Il habita Lille pendant une quaranline d^années et y a laissé un grand nombre d'ouvrages. ,es églises de Bruges sont également décorées de ses jjets religieux, ainsi que de ceux de Pierre Bernaerdt, Nicolas Vleys, de J. Dekeyn, de Jean Maes et de iouis Dedeister (i656?-i7i i), ses contemporains inco- >res et maladifs.
GandK— Gaspard de Crayer, établi à Gand, provoua dans cette ville un faible mouvement artistique, ui produisit quelques peintres d'un mérite secondaire; icoLAs DE Liemaeckere, dit Roose (i 575-1 646), qui fut condisciple de Rubens dans Tatelier d'Otho Vc^nius le collaborateur de de Crayer dans divers travaux de ^coration; Anselme Van Hulle (i 594-1665-8) , AniNE Van den Heuvele ( 1600-1677) et Jean Van Gleef 646-1716), qui furent les élèves de ce der- " er et possédèrent, à un degré plus ou f T7Y oins grand, quelqu'une de ses qualités, sa rve dramatique, sa couleur emportée ou Thabileté de brosse. Van Gleef, très supérieur à ses deux consciples, parvint même à s'assimiler à un étonnant gré la manière du maître et à le suivre quelquefois très près. Deux de ses ouvrages, également remarables par l'ordonnance de la composition, la no-
I. Voy. les Recherches sur les peintres et sculpteurs de Gand, tix XVI*, XVII'' et xviii" siècles, par E. De Busscher.
blesse des attitudes et le sentiment des expressions : VEnfant Jésus couronnant saint Joseph (musée de Gand) qX\q Martyre de saint Crépin (église Saint-Michel), passeraient aisément pour des productions de de Graver sans nuire à sa réputation.
Liég-e^. — La ville des princes-évêques, endormie depuis Lambert Lombard, fournit, elle aussi, au XVII'' siècle, son groupe d'artistes fécondés par le soleil de Rubens.
Le premier en date est Gérard Douffet, que nous avons trouvé à Anvers dans Tatelier du maître et qui eut lui-même pour élève Bertholet Flémalle (1614- 1675). Celuî-ci, à son retour d'Italie, s'arrêta à Paris et obtint la protection de Marie de Médicis. C'est pour elle qu'il décora, en 1644, la voûte de l'église des Carmes de Vaugirard, curieux spécimen de peinture monumentale, en ce sens qu'elle offre, en France, le premier exemple de peinture d'une voûte proprement dite*. Bertholet Flémalle, dont la manière était fortement imbue du style des décorateurs italiens de la décadence, forma deux élèves : Jean Carlier (i 638- 1675), qui •1. fut un peintre mouvementé, et le célèbre Gérard de VLi Lairesse (1640-1711) , qui abandonna Liège pour Amsterdam, où il alla faire connaître aux contemporains du chevalier Van der Werff les beautés classiques de l'école de Lebrun. Un Belge initiant les Hollandais
1. Voy. V Histoire de la peinture au pays de Liège, par J. Helbig.
2. Ed. Fétis : Les peintres belges à l'étranger, t. II, p. 374.
GERARD DE LAIRESSE.