F. Bogaeris : Mathieu \'an Brée, Anvers
2. L? Invention de la Croix, de Joseph Paelinck (Kglise Saint- Michel, à Gand) obtint cependant à son apparition un succès retentissant. Voy, Alvin : Eloge funèbre de J. Paelinck.
3. Alvin : Fr. J. Nave:^, sa vie, ses œuvres et sa correspondante. Bruxelles, 1870.
FIG. 98. FRANÇOIS NAVEZ.
Portrait de Louis David. (Colkction Portaels, à Bruxelles. H. 0,72. L. 0,61.)
j7<î DIX-NEUVIEME SIECLE.
nomie et une certaine allure des anciens. Le portrait de Louis David (collection Portaels, à Bruxelles), (fig. 98); le sien propre (id); le groupe de la famille De Hemptinne ; le professeur Van Meenen (université de Bruxelles) doivent être cités parmi les plus remarquables de ses nombreux portraits; Agar dans le désert (musée de Bruxelles), les Fileuses de Fundi (pinacothèque de Munich), parmi les meilleurs de ses tableaux.
Navez fut, en outre, un éminent chef d'atelier. En dépit de Pactivité de son pinceau, il trouva le loisir de former, dans son atelier libre, toute une génération d^artistes. Classique, il fut le maître de plusieurs romantiques de talent, et, fait plus intéressant encore, Finitiateur des principaux adeptes de la future école réaliste. Degroux, Alfred Stevens, Ch. Hermans, Portaels, Smits, Baron, Stallaert, Robert et Van der Haert, par leur genre, leur manière et leur talent variés, disent que Téminent professeur n'imposa jamais à aucun de ses élèves sa façon de voir et d'interpréter la nature. A la mort de David (1825) il hérita de son influence; il ne devait pas la conserver longtemps, et, comme son illustre maître, il allait voir arriver les jours de crise et d'injustice.
L'année i83o, qui ouvre l'ère de l'indépendance belge, donna le signal de la lutte du romantisme contre le classicisme. A l'exposition des beaux-arts qui s'ouvrit à Bruxelles, quelques semaines avant les journées révolutionnaires de septembre, Navez vit tout à coup surgir à ses côtés un jeune et fougueux élève de l'école d'Anvers bien décidé à lui disputer la direction du mouvement artistique.
GUSTAVE WAPPERS. j77
Gustave Wappers (1803-1874)^ était un rival doublement redoutable, car, outre le talent peu ordinaire doiit il était doué, il arborait un programme brillant et patriotique : la recherche de la trace de Rubens et de la tradition oubliée de l'école flamande. Le choc fut rude, mais la lutte ne pouvait être longue ni le résultat longtemps douteux. Trois ans après, Wappers, avec une toile nouvelle, vaillamment brossée et d'une réelle valeur, plantait définitivement sur les ruines du classicisme vaincu Pétendard victorieux du romantisme flamand. U Episode de la Révolution belge (musée de Bruxelles), avec son mouvement désordonné, son senimentalisme exubérant et sa couleur outrée, personnifie bien Técole révolutionnaire et enthousiaste de i83o.
Une légion de jeunes artistes se jeta aveuglément dans la voie nouvellement tracée et tel fut Tengouement ^patriotique du moment que, pendant plus de dix ans, leurs productions tapageuses et déclamatoires, mais non sans valeur, furent décrétées, à Texclusion de tout autres, « peintures nationales » et décorées par acclamation du titre de chefs-d'œuvre. Cest Pépoque des Batailles des Eperons d^oj^ (musée de Courtrai) et de Woeringen (musée de Bruxelles), par Nicaise De Keyser; des Belges illustres, par Henri De Caisne (1799i852), (musée de Bruxelles); du Vengeur ^ d'ERNEST Slingeneyer (musée de Cologne) et du Judas errant, d' Alexandre Thomas (musée de Bruxelles).
C'est aussi Tépoque d'ANTOiNE Wiertz (i 806-1 865),
I. Ed. Fétis : Notice sur Gustave Wappers. {Annuaire de V Académie royale de Belgique, 1884.)
qui fut pris au sérieux jusque dans ses extravagances et conduit sur l'heure au Capitule. « Saluez, c^est Homère!... » exclama un poète; « Chapeau bas!... s'écria un critique, il s^agit d'un homme de génie! » Et chacun de tenir pour du génie ce qui n'était, en somme, que l'ardent désir d'égaler à la fois Homère, Michel-Ange et Rubens. Le Patrocle {ïS3g), grande toile largement mouvementée, et le Triomphe du Christ, 1848 (musée Wiertz, à Bruxelles), page inspirée, la rneilleure de son œuvre, portèrent à son comble la réputation de leur auteur.
Il y règne un grand souffle; Wiertz a eu parfois une allure épique; il a produit quelques figures d'un beau jet-; mais sa conception, vaste et hardie, dépassait trop ses moyens d'exécution et les vraies qualités du peintre sont absentes de son œuvre. Celle-ci, aujourd'hui bien oubliée et bien délaissée dans le temple en ruine qui l'abrite, prouve une nouvelle fois qu'en art vox Populi n'est pas toujours vox Dei.
L'apparition d'un artiste nouveau , peintre par le tempérament et savant par l'étude, vint modérer un peu l'exaltation du moment pour ceux qui croyaient avoir retrouvé Rubens. Nourri à l'école du romantisme froid et réfléchi de Paul Delaroche, Louis Gallait introduisit dans la peinture belge la note touchante et intime que l'école de Wappers, toute à l'imitation matérielle de Rubens, avait volontairement et avec affectation laissée de côté. Ses débuts furent des coups de maître. la'^Abdication de Charles- Quint (musée de Bruxelles), les Têtes coupées {vauséo, àt Tournai), (fig. 99) et surtout les Der-
jSo DIX-NEUVIEME SIECLE.
nie?'s moments du comte d'Egmont (musée de Berlin révélèrent coup sur coup, chez leur auteur, la science de la composition, du dessin, de la facture et de Texpression, le choix intelligent des types, le sentiment ému des situations. Ces trois œuvres capitales, peintes de 1840 à i85o, demeureront sans doute comme les spécimens les plus parfaits de la peinture historique de cette époque de transition, où Tétude de l'histoire du moyen âge et du xvi" siècle fut poursuivie avec une ardeur presque égale à celle qui signala Tétude de Tantiquité, au début de la Renaissance italienne.
De même que Wappers à Anvers, Gallait à Bruxelles fit école, et, pendant plusieurs années, les disciples des deux camps rivaux luttèrent à qui l'emporterait de hi « matière » ou de « Fidée ». Autour de Gallait vinrent successivement se grouper De Biefve (i 809-1 881), dont la grande page historique, le Compromis des Nobles, est au musée de Bruxelles comme le souvenir mélancolique d'un succès sans lendemain; Hamman, Tauteur d^ André Vésale à Padoue (musée de Marseille) et de la Messe d'Adrien Willaert (musée de Bruxelles); Cermack , originaire de la Bohême, tempérament hardi et personnel; Robert, Pauwels, Stallaert, Hennebicq, etc.
Le genre aussi avait ses représentants dans les deux villes. A Bruxelles, Madou (1796-1877)% moins sensible à la couleur que quelques-uns de ses confrères d'Anvers, mais interprète consciencieux de la justesse de l'expression et des attitudes, pinceau adroit, metteur
I. F. Stappaerts : Notice sur Jean-Baptiste Madou. {Annuaire de VAcad., roy. de Belgique, 1879, p. 255.) — Camille Lemonnier : J.-B. Madou. (Ga^-. des Beaux-Arts, 1879, t. XIX, p. 385.)
en scène intelligent, talent naïf, aimable, amusant, qui a fait revivre avec infiniment d'esprit les villageois, les discoureurs et les ivrognes du xviii« siècle (fig. loo); à -n: Tj^ Anvers, Pierre Van Regemorter ( ijSS-iSSo), v\^ un continuateur de Craesbeeck, et Ferd. De Braekeleer (1792-1883), le maître de Leys.
Henri Leys (18 15-1869)* occupe une place à part dans rhistoire de Fécole belge du xix'' siècle. Successivement influencé par son maître, de Braekeleer, par les œuvres de Pieter de Hoogh et de Rembrandt, il débuta modestement par des Intérieurs^ des Coîys de garde et des Gentilshojnmeries- ; puis, petit à petit, il se tourna vers rhistoire et s'arrêta au xvr siècle, sur lequel il bâtit son œuvre. L'année i852 est une date à part dans sa biographie; une soudaine révolution vint bouleverser sa manière, modifier son idéal. En cette année, Leys fit un voyage en Allemagne: il visita Cologne, Francfort, Leipzig, Dresde, Prague, Nuremberg, Heidelberg,etc. Dans le cadre pittoresque des vieilles cités allemandes, à peine entrevues, il retrouva le siècle de la Réforme, de Luther et d^Erasme avec un tact prompt, éveillé, délicat et sûr. L'effet fut énorme, Timpression profonde, le résultat immédiat. Revenu de la patrie de Cranach au pays du
1. Ed. Fétis : Notice sur Jean-Auguste- Henri Leys. {Annuaire de l'Académie roy, de Belgique, 1872, p. 201.) — Paul Mantz : Henri Leys. (Gaiette des Beaux-Arts. 1866, t. xx, p. 3oo.) — Ph. Burty : Eaux-fortes de M. Henri Leys. (Id., p. 467.)
2. Riche et Pauvre (Musée de Bruxelles), Intérieur flamand (Coll. Brugmann, à Bruxelles) et V Atelier (Coll. Huybrechts, à Anvers), peuvent être considérés comme des spécimens frappants de ses trois mianières antérieures à i852.
HENRI LEYS. 3ii3
[eux Brueghel, Leys était radicalement transformé;
car si nous devons le juger par analogie, ce sont les traditions de ces deux grands artistes quMl unit en les
continuant, à trois siècles d'intervalle : c'est la sévérité du peintre saxon rehaussée par la palette du maître flamand.
Le salon de Gand de i853 annonça immédiatement sa nouvelle manière, sa manière gothique ^ Il l'élargit à la fin de sa carrière et lui imprima, dans des œuvres de dimensions plus vastes, une allure grandiose, dont les fresques de son hôtel et celles delà salle du Conseil communal, à Thôtel de ville d'Anvers, fournissent les plus imposants spécimens. Ce sont les dernières révélations de l'artiste, celles où l'ordonnance caractéristique de ses compositions, leur beau sentiment d'ensemble, leur grandeur d'aspect et leur force de coloration atteignent le plus haut degré d'expression. Dans les quatre grands panneaux de l'hôtel de ville, il est telles figures (nous ne craignons pas d'en faire ici le pronostic) qui prendront rang parmi les plus belles créations de la peinture au xix'^ siècle.
La note nouvelle, inattendue, étrange et siatrayantc de Leys devait faire accourir les élèves et surtout les pasticheurs. Parmi les premiers, nous citerons tout d'abord le Frison Alma Tadema, qui continue, sur une autre époque et avec un art infini, la manière du maître; puis Joseph Lies (1821-1865), l'auteur des Maux de la guerre (musée de Bruxelles), Félix De Vigne (1806-1862) et Victor Lagye.
I. Parmi les meilleures œuvres de sa manière gothique, nous citerons : la Promenade hors des mur^ (Palais royal, à Bruxelles); les Trentaines de Berthall de Ha:^e (Musée de Bruxelles); les Femmes catholiques [CoW. Van Praet); VEdit de Charles-Quint ; le Prêche clandestin d'Adrien Van Haemstede ; Luther enfant dans les rues d^Eisenach (fig. loi) et les fresques d'Anvers.
CHARLES DEGROUX.
Tandis que Leys se faisait ainsi un nom européen dans un genre à part et bien fait pour dérouter les critiques et les philosophes de Tart, une grande révoution s'opérait dans les ateliers parisiens et s'apprêtait remuer profondément et sainement le monde artistique. En i85i, Courbet exposa à Bruxelles ses Casseurs de pien^es^ et le a réalisme » — mot inventé pour indiquer le retour aux anciennes traditions des écoles de Velazquez, de Frans Hais et des petits maîtres hollandais — rallia aussitôt, en Belgique, d'ardents proséytes et aussi quelques peintres de talent et de savoir.
Son premier apôtre fut Charles Degroux (i825- 1870), qui se complut, avec un talent sincère et un sentiment parfait de la couleur et de l'expression, dans les chaumières, les mansardes, les ruelles et les cabarets. Il rechercha les sujets et les types tristes, maladifs et besogneux, et fut ironiquement surnommé « le peintre des inégalités sociales ». Le Bénédicité (musée de Bruxelles) et le Moulin à café (collection Ravensiein, à Bruxelles) sont de robustes peintures, qui ne pouvaient manquer de faire sensation.
Depuis lors, la réforme réaliste a valu à la Belgique une nouvelle génération d'artistes. L'étude approfondie et fouillée de la nature a toujours élevé, métamorphosé et régénéré l'art. L'horizon élargi, tous les sujets furent abordés. Le genre prit des faces multiples, le paysage, les animaux, les vues de villes, la mer, les fleuves, les accessoires, en un mot, la nature vivante et la nature inanimée eurent chacune, comme au grand siècle, leurs fidèles et sincères interprètes.