Nous ne faisons figurer dans nos généalogies que ceux
Presque toujours, au-dessous des grands artistes connus, il y a une foule dont les archives et les musées ne retiennent souvent que quelques noms.
Au xv« siècle, cette foule a dû être extraordinairement grande, car c^est par centaines que les documents des anciennes gildes et des archives communales nous transmettent les noms des contemporains de Van Eyck et de Van der Weyden. Malheureusement, leurs œuvres sont perdues ou inconnues, et il n'est possible que bien rarement de vérifier le talent de leurs auteurs. Les renseignements font défaut pour leur restituer avec certitude les tableaux qui pourraient encore exister. Les gothiques flamands ne signaient guère leurs panneaux. Quelques-uns, comme Jean Van Eyck, Van der Weyden et Memling, apposaient parfois leur nom sur le cadre; mais l'emploi de la signature sur la peinture même n'a commencé à se généraliser que vers le commencement du xvi« siècle ^ Or combien de ces panneaux anciens nous sont parvenus avec leurs cadres primitifs? Quant aux lettres que l'on remarque sur quelques tableaux et dans lesquelles, par suite d'une' erreur trop répandue, on s'ingénie souvent à vouloir découvrir les initiales de l'auteur inconnu, ce ne sont jamais que les initiales des donateurs. C'est ainsi que pour citer quelques exemples les initiales suivantes, qui ont si longuement excité la curiosité et l'imagination des historiens, sont mainte-
des membres de la famille qui sont artistes ou alliés à un artiste.
I. Le portrait d'Arnoulfini et de sa femme, par Jean Van Eyck, à la National Gallery, constitue une exception. L'inscription même démontre qu'elle est motivée.
ROGER VAN DER WEYDEN
lant clairement expliquées. Le n« i [Descente de Croix le Van der Weyden, à Saint- Pierre de Louvain), montre les initiales de Wilhem et Adélaïde Edelheer;
î n^ 2 (Adoration des Mages de Memling, à Thôpital le Bruges) celles de Jean Floreins ; les n"» 3 et 4 Mariage de sainte Catherine^ à Bruges, et Vierge aux ionateurs, au Louvre, par Memling) celles de Jacques ^'loreins ; enfin le n° 5 (portrait d'un auteur inconnu, au musée d'Anvers) celles de Chrétien de Hondt.
On comprend que, faute de signature ou de base quelconque, tant de tableaux du xv^ siècle, que personne ae revendique, continuent à être catalogués maUre inconnu. Ils fourmillent éparpillés dans l'Europe entière. Plusieurs sont des chefs-d'œuvre, attribués tantôt à Hubert ou à Jean Van Eyck, à Van der Weyden, à Memling, etc. Tels sont, par exemple : le Christ en croix du palais de Justice de Paris, la Descente de croix du musée de Vienne, le Saint Jérôme du musée de Naples, la Vierge et VEnfant du musée de Palerme, etc.
Parmi les peintres de la première moitié du xv^ siècle qui paraissent avoir eu le plus de renom, nous citerons : à Gand^, Liévin de le Clite (141 3), Roger Van
I. De Busscher : Recherches sur les anciens peintres gantois des xiv" et xV siècles.
DER WOESTIN (+ I416), GuiLLAUME VaN AxpOELE Ct JeaN
Martins (1419), Saladin de Scoenere (1484), Marc Van Gestele (1445), Van Wytevelde (145 6), enfin Nabur Martins, dont il y a quelque vingt ans on a mis au jour, dans la grande Boucherie, des peintures murales qui ne présentent guère d^intérêt.
A Tournai*, nous trouvons les noms de Daniel Daret qui, en 1449, remplaça Jean Van Eyck dans la charge de peintre et de varlet de chambre de Philippe le Bon; de son frère Jacques et de Truffin (1474); à Bruxelles, celui de Colin de Coter; à Anvers, travaillait Jean Snellaert (cité de 1453 à 1480), peintre de Marie de Bourgogne, et considéré comme le fondateur de Pécole dont Quentin Metsys va être le premier grand artiste; enfin, à Bruges, Pierre Cristus et à Valenciennes, Simon Marmion, qui, seuls, parmi tant de noms, méritent de nous arrêter un instant.
Pierre Cristus 2, improprement appelé Christophsen par certains auteurs, naquit à Baerle, près Gand. ^jl II vint à Bruges et y acheta le ÀJ\ L vv ^YW droit de bourgeoisie en 1444, 4J/ ^ \^ A, aàJ L c^est-à-dire quatre ans après ~ ' ^ la mort de Jean Van Eyck.
Il n'a donc pas appris son art dans Patelier de celui-ci, et encore moins dans celui d'Hubert, comme on Ta longtemps répété. Néanmoins, Cristus appartient à leur école par son style réaliste, par l'ingénieuse minutie des