Alph. Wauters : Roger Van der Weyden, p
Weyden de la décoration de sa salle de justice et celuici exécuta pour elle quatre panneaux, aujourd'hui perdus, mais dont la réputation .était si répandue que Ton accourait de toutes parts pour les admirera
On n'a que peu de détails sur la partie de la vie de l'artiste quï s'écoula entre 1436 et 1449. On sait cependant qu'il travailla, non seulement pour la ville de Bruxelles, mais aussi pour les corporations, les couvents et les particuliers. Parmi les œuvres de cette époque qui nous sont conservées, il faut citer les deux Z)e5cente de Croix qu'il fit pour Louvain : celle du musée de Madrid, peinte en 1440 pour la confrérie du Grand Serment (fig. 11), et celle de l'église Saint-Pierre de Louvain, peinte en 1443, pour la famille Edelheer.
En 1449, Roger se rendit en Italie, ouvrant ainsi la longue liste des pèlerinages artistiques entrepris parles peintres flamands par delà les Alpes. En 1450, il était à Rome. L'art italien était alors en pleine transition. La peinture de Giotto et d'Orcagna venait d'entrevoir des horizons nouveaux avec Masaccio (1402- 1428); Lippi venait d'achever à Florence l'œuvre de son maître, et Mantegna (i43i-i5o5), âgé seulement de vingt ans, esquissait ses belles fresques de Padoue. A Venise, Bellini peignait ses Madones; à Rome, le béat Fra Angelico de Fiesole (1387-145 5) allait quitter la terre pour le ciel qu'il avait entrevu, tandis que son élève Benozzo Gozzoli (1420- 1498) décorait l'église d'Orvieto
I. F. Campe : Reliquiem von Albrecht Dïirer. Nuremberg, 1828; traduction dans la Ga:^ette des Beaux- Arts (t. XIX et XX) : Voyage d'Albert Durer dans les Pays-Bas, par Ch. Narrey.
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et s'apprêtait à couvrir de ses foules animées et de ses magnifiques cavalcades les murs du Campo-Santo de Pise et de la chapelle du palais Médicis, à Florence. Visitant plusieurs de ces ateliers illustres, le grand disciple de Van Eyck y fut sans doute — il est bien permis de le croire — le premier initiateur d'un procédé artistique dont il possédait le secret et dont Antonello de Messine n'allait pas tarder à devenir le principal propagateur en Italie.
Rentré à Bruxelles, Van der Weyden, pris d'une ardeur nouvelle, se remit à l'œuvre et ne cessa de produire de grands et importants travaux, qui demeurent ses œuvres capitales. C'est d'abord le Jugement dernier ^^ polyptyque à huit volets, que lui commanda, en 1451-52, pour l'hôpital de Beaune consacré en i45i, Nicolas RoUin , chancelier de Bourgogne; c'est le triptyque de la Nativité, exécuté à la demande du chevalier Pierre Bladelin, trésorier de la Toison d'or, pour l'église de Middelbourg inaugurée en 1460 (musée de Berlin); c'est le triptyque de V Adoration des Mages (pinacothèque de Munich), qui date également de la dernière partie de la carrière du peintre (fig. 12).
Il est aisé de démontrer, par la composition de chacun de ces trois magnifiques ouvrages, qu'ils furent exécutés par Roger après son voyage en Italie. Ils disent clairement, par exemple, combien V Adoration des Mages de Gentile da Fabriano (iS/o?- 1450) et les
I . Boudrot : Le Jugement dernier, retable de V hôtel-Dieu de Beaune. Beaune, 1875.
ROGER VAN DER WEYDEN
Jugements derniers dC Andréa Orcagna (iSig-iSSg) impressionnèrent le maître flamand. Il se plut à répéter
leurs gracieuses ou dramatiques compositions, et de même quMl avait déjà érigé en modèle la Descente de Croix, qui fut son sujet de prédilection, il créa les types flamands des compositions de VAdoration des Mages
et du Jugement deiniier, qui, à dater de ce moment, ne vont cesser d^être reproduits par ses contemporains, ses élèves et ses imitateurs. L'artiste mourut en 1464.
Roger hérita de Van Eyck Part de bien peindre. Sa couleur, sans égaler celle du maître sous le rapport de rharmonie et de la finesse, en possède l'étonnante puissance. Ses tableaux, d'un aspect si énergique et d'une si grande allure, sont habilement agencés et leurs personnages expriment un sentiment dramatique très pénétrant. Son dessin est correct; seulement dans le corps humain, comme dans les vêtements, dont les contours sont parfois raides et anguleux, il a toujours exagéré la longueur. S'il a de rares et précieuses qualités, il a donc aussi quelques défauts, qui ôtent à ses œuvres ce charme puissant qui a élevé Van Eyck, son maître, et Memling, son élève, au premier rang. Néanmoins, Van der Weyden occupe, entre ces deux maîtres, une place brillante et forme avec eux la glorieuse trilogie des grands peintres flamands du xv*= siècle.
Aucun des peintres de ce siècle, sans en excepter Jean Van Eyck lui-même, n'exerça sur son époque une influence aussi considérable. Son style, si personnel, se révèle non seulement dans la peinture, mais aussi dans d'innombrables travaux d'art de tous genres : miniatures, gravures, sculptures, tapisseries. Son atelier a dû être une véritable pépinière d'artistes. Non seulement il eut aux Pays-Bas des élèves illustres, tels que Memling et peut-être Thierri Bouts, mais il forma le plus grand peintre allemand du xv® siècle, Martin Schongauer, et les galeries d'Allemagne disent éloquem-
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leiit ce que lui doivent aussi les écoles primitives du Lhin, de PAlsace, de la Souabe, de la Fraiiconie. Quant a ses tableaux, pendant plus d^un demi-siècle ils ont servi de modèles à tous, et c'est par centaines, aujourd'hui encore^ que Ton rencontre les copies et les ||ariantes des quatre sujets principaux dont il créa et popularisa la formule : V Adoration des Mages, le Crulifiement, la Descente de Croix et le Jugement dernier.
Roger Van der Weyden laissa plusieurs enfants *, >armi lesquels un fils, Pierre, qui fut peintre aussi, lelui-ci eut à son tour un fils, nommé Gossuin, qui suiit la carrière de son père et de son aïeul et alla s'étalir à Anvers, où la descendance de cette famille d'ar- Istes se perpétua jusque vers la fin du xvi« siècle, ainsi [u'on le verra par la généalogie suivante- :
ROGER DE LA PASTURE, dit VAN DER WEYDEN, 1399 ou I4OO-)- 1-1.64..
Pi KRR E (r*-), Jean,
1+37 + ap. 1S1+. Orfèvre,
Gossuin, Pierre (II),
1465-f-ap. 1S38. Viv. en 1506.
Roger (II) le jeune,
Vers isos-f iS37--t3.
Catherine Épouse Lambert Ricx, Peintre.
1. De Burbure : Documents inédits sur les peintres Gossuin et Roger Van der Weyden le Jeune. {Bulletin de V Académie Royale de Belgique; i865, 1" série, t. XIX, p. 354.)