LES CONTINUATEURS DE VAN DER WEYDEN
Charles le Téméraire succéda, en J467, à son père ^hilippe le Bon. Son règne, qui dura dix ans, ne fut [u^une longue suite de guerres et de révoltes, de peridies et de trahisons, d'efforts démocratiques réprimés >ar des massacres; cependant, en dépit de tant de brutalités, l'art continua à fleurir, car cette haute société bourguignonne et flamande avait le sentiment du faste et de la vie. Rien n^en donne une idée plus pompeuse et plus pittoresque que la description des. fêtes brillantes qui furent célébrées à Bruges, à Toccasion du mariage du jeune duc^.
Quatre grands peintres illustrèrent le nouveau règne : Van der Goes, Juste de Gand, Bouts et Memling. Coïncidence digne de remarque : comme s'il eût fallu que la concordance de cette nouvelle génération artistique et de Tardente vitalité du moment fût bien établie, la peinture flamande jeta le plus vif éclat, précisément le jour où la puissance et l'ambition bourguignonnes atteignirent leur apogée. En 1473, Charles se rendit à
' Olivier de La Marche : Mémoires; Gand, i566, p. 524.
Trêves pour y proclamer rindépendance définitive de ses vastes États et s'y faire sacrer « roi de Bourgogne » par Pempereur Frédéric III. Et en 1473 aussi, Thierri Bouts commence les panneaux de la Sentence de Vempereiir Othon pour l'hôtel de ville de Louvain; Juste de Gand achève le retable de la Cèwepour la ville d'Urbin; Memling envoie en Italie le triptyque du Jugement dernier, et Van der Goes peint pour les Portinari de Florence son Adoration des Bergers ; quatre, œuvres fameuses, qui comptent parmi les plus vastes et les plus importantes du xv« siècle, et qui sont les chefs-d'œuvre de leurs auteurs.
Hugues Van der Goes* (? — 1482) naquit à Gand 2^ vraisemblablement dans le second quart du xv« siècle. Sa présence est signalée pour la première fois dans cette ville en 1465-66. Les plus anciennes mentions écrites qui soient faites de son nom se rapportent aux fêtes de la Joyeuse entrée et du mariage du Téméraire : Van der Goes y fut employé à divers travaux de peinture décorative. De 1473 à 1475 on le trouve revêtu de la dignité de doyen de la gilde des peintres gantois^, et en 1476 — changement aussi bizarre que soudain et inattendu — il
1. Œuvres principales. Florence : L'Adoration des Bergers (Hôpital Santa-Maria Nuova). — Bruxelles : Portrait de Charles le Téméraire (Musée). — Londres : Portrait d'Antoine de Bourgogne (Coll. StrafFord). — Anvers : Portrait de Thomas Portinari (?) (Musée). — Venise : Portrait de Laurent Froimont (Acad. des Beaux-Arts).
2. Schayes : Documents inédits, etc. {Bulletin de l'Académie royale de Belgique, 1846, t. XIII, 2« série, p. SSy.)
3. Ed. De Busscher : Recherches sur les peintres gantois des xiv^ et XV* siècles. Gand, i85g, p. io5.