‹ La peinture flamandeChapitre 67 sur 150 · I. Crivelli : Giovanni Breughel... Milan, 1868, p · texte numérisé non relu

I. Crivelli : Giovanni Breughel... Milan, 1868, p

i/î) SEIZIEME SIECLE.

de Babel, le Massacre des Innocents (fig. 3/) et surtout le Portement de la Croix sont des œuvres d'élite, peintes toutes trois en i563. L^auteu^ traite ses sujets religieux dans le même style que ses comédies populaires, transportant, sans plus de façon, Jésus et Marie, les Apôtres et les Saintes femmes en plein pays flamand, comme, à la même époque, Tintoret et Véronèse habillaient à la mode de Venise les personnages de la Passion.

Dans ses sujets champêtres et familiers, Brueghel s'élève au rang des meilleurs maîtres que produira le siècle suivant. Nous dirons même que ni Teniers ni Brauwer n'ont atteint une telle bonne humeur, ne sont parvenus à tant de verve, d'entrain et de finesse : railleuse. La Bataille de Dresde, les Aveugles de Naples, la Kermesse et le Banquet de Noce de Vienne sont, dans ce genre, des pièces capitales (fig. 38).

(( D'autres fois, rentrant en riant dans le monde fantastique, il 'évoque la sorcellerie du moyen âge et se complaît aux plus amusantes diableries. Pendant la seconde moitié du xvi" siècle, il est le grand comique de l'école flamande; il se rattache, par les liens d'une fraternité qu'il ignore, à la famille de tous les rieurs de l'époque; il est de ceux qui se sont servis de la gaieté comme d'un masque, pour cacher, en les laissant deviner parfois, les inquiétudes, les mélancolies d'un temps où la vie humaine était comptée pour si peu, où la lutte était dans tous les esprits et dans tous les cœurs M). La

I . Paul Mantz : Introduction à l'histoire des peintres de l'école flamande, p. 6, dans VHistoire des peintres de toutes les écoles.

PIERRE BRUEGHEL LE VIEUX

^m ataille de Carême contre Carnaval, ou des Maigres ^H mtre les Gras (Musée de Vienne), est une satire bur- ^lèsque qui, certes, n^aurait pu avoir plus d'imagination,

Ile drôlerie et de mordant sous la plume de Rabelais. Pierre Brueghel a été le plus fort coloriste flamand Fun des praticiens les plus osés de son siècle. Autant s attitudes et les expressions de ses personnages, ris sur le vif, sont amusantes à observer, autant sa maière de peindre, à tons plats et entiers, en frottis relevés e demi-pâtes, est iniéressante à suivre. Il s''entend comme personne à faire jouer des bruns chromatique- Eient disposés, avec des jaunes et des rouges d'intensités diverses; il ose, avec une grande audace et une réussite plus grande encore, semer sur un fond immaculé ce neige, ou sur une route grise poussiéreuse, une foule bariolée de paysans vêtus de noir et de vermillon. Sa palette a une variété infinie de gammes grisâtres, jaunâtres, brunâtres, rougeâtres, blanchâtres; des lilas, des bleus, des chamois, des roses, des roux d'une rare finesse, d'une invraisemblable distinction, d'une harmonie suprême, d'un œil des plus subtils.

Il mourut à Bruxelles, en 1569, laissant deux fils qui devaient hériter en partie du talent de leur père. Huit ans plus tard naissait Rubens.

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