‹ La peinture flamandeChapitre 84 sur 150 · RUBENS · texte numérisé non relu

RUBENS

h, avec le plus opulent patrimoine, le plus solide éritage de gloire que jamais penseur , au moins en landre, eût acquis par le travail de son esprit. »

Le comte et la comtesse d'Arundel. (Piuacotbètiue de Munich. H, 2,65. L. 2, 68.)

Comment parler, en quelques pages, de Pœuvre peinte la plus vaste qu'on ait vue, d'une collection de

tableaux qui se chiffre par plus de deux mille *? Où faut-il aller pour apprendre à connaître Rubens? Il est ^ "partout, et partout en abondance : environ loo tableaux ^ à Anvers, 93 à la pinacothèque de Munich, 90 dans les galeries de Vienne, ÇiÇ) au Prado, 63 à PErmitage, 54 au Louvre, plus de 200 en Angleterre! Il est partout, et partout il triomphe. « Supposez-lui les voisinages les plus écrasants et les plus contraires, Teffet est le même: ceux qui lui ressemblent, il les éteint; ceux qui seraient tentés de le contredire, il les fait taire; à toute distance il vous avertit qu^il est là; il s^isole, et, dès quMl est quelque part, il s^ met chez lui. »

Dans l'accumulation de ses œuvres, lesquelles faut-il choisir? Il a tout peint — fable, mythologie, histoire, allégorie, portraits, animaux, fleurs, paysage — et, dans tous les genres, il a été supérieur. Du même pinceau emporté dont il fait lutter les lions et les titans, il tresse des guirlandes de chérubins, rayonnants de nacre et d'argent, et, après avoir déchaîné la brutalité de la kermesse, il donne un coup jd'aile et monte aux hautes cimesl retrouver Homère, Dante, Michel-Ange et Shakspeare^.

Devons-nous le suivre dans sa peinture, comparer ses manières, analyser sa palette, étudier sa pratique, essayer de saisir Pallure de ses pensées? C'est un livre

1. En 187g, la Commission anversoise chargée de réunir VCIuivre de Rubens en gravures ou en photographies, a, dans un rapport, évalué le nombre de ses ouvrages à 2,71g, dont 2,235 tableaux et esquisses et 484 dessins.

2. Le Combat des Ama:{ones (Pinac. de Munich). — La Chute des Anges (id.). — La Vierge suppliante (Musée de Bruxelles).

Ique réclame un tel travail. Est-il parfait? Personne ne d*est. A-t-il des défauts? Assurément. On lui reproche

Castor et Pollux enlevant les filles de Leucippe. (Pinacothèque de Munich. H. a, 23. L. 2,10.)

parfois de n'avoir ni le dessin de Raphaël, ni la profondeur du Vinci, ni la mesure du Titien, ni le naturalisme de Velazquez, ni le clair-obscur de Rembrandt. Mais il a le dessin, la profondeur, la mesure, le natu-

ralisme et le clair-obscur de Rubens; n^est-ce donc pas assejj^ Ses faiblesses elles-mêmes proclamem son génie et sa toifte-piït^sàïlcè; elles ne sont que la conséquence de ses plus rares qualités, de sa couleur somptueuse, de son ampleur magistrale, de son opulentg iacilité, de son éloquence, de sa vie. ^-^sux^---^

Voyez son coloris aux tonalités éclatantes, le concert héroïque de ses rouges sang et de ses vermillons abondants, de ses ors pâles, de ses fauves, de ses chairs nacrées, de ses cinabres et de ses bleus sombres; harmonies puissantes et vibrantes, qui déroutent, confondent et ravissent. Voyez Tagitation, le mouvement de ses martyrs ensanglantés, de ses bourreaux, de ses combattants frémissants, de ses déesses débordantes, leur geste, leur élan, leur course, leur vol; corps voûtés, bras crispés, torses ondulés; on crie, on blasphème, on se tue, on se pâme.

Et Padmirable composition de ses Nativités, de ses Supplices, de ses Combats, de ses Olympes, de ses Apo- .. théoses; la merveilleuse disposition des groupes, le jet^^ des lignes d^ombre et de lumière. Et sa pratique : frottis légers et grandes coulées de pâte transparente, enduits immenses et traits déliés. La touche est souveraine, la brosse court et Pétincelle jaillit sur lemarbredes colonnades, sur les cuirasses, les étendards déployés, sur les brocarts et les soies étoffées, sur les verts lointains, les chevelures blondes et le luxueux étalage de la chair rosée. Doué et savant, il est sûr de lui et ne connaît pas les hésitations. Sa voix est aussi sonore et rythmée, son éloquence aussi libre et entraînante, entre les lambris des palais que sous les voûtes des cathédrales. « Quand

FIG. $0* RtIBENS.

Les fils de Rubens et d'Isabelle Brant. (Galerie Liechtenstein. H. 1,58. L. 0,92.)

A. ^- 2i6 DIX-SEPTIEME SIÈCLE

il improvise,^sa langue n'est pas la plus belle, quand il la châtie, elle est magnifique. Elle^st prompte^^soudaine, abondante et chaude^jen toutes circonstances, elle est é^ninemment persuasjye. Il frappe, il étonne,Jl vous repousse, il vous froissej presque toujours il vous convainc, et, s'il y a lieu de le faire, autant que personne il vous attendrit. » Ainsi s'exprime Fromentin,

— à qui nous nous plaisons ici à rendre hommage,

— dans l'admirable étude qu'il a consacre'e au chef "^de l'école flamande '. Quel monument n'eût-il pas élevé au maître superbe qu'il aimait et sentait si bien, si après l'avoir étudié à Bruxelles, à Malines et à Anvers, il eût pu rechercher, dans chacun de ses genres, ses œuvres maîtresses et le suivre, dans sa marche triomphale à travers l'Europe, de l'Ermitage au Prado, du Louvre au Capitole !

Essayerons-nous de citer quelques pièces célèbres, précieuses et rares? Choisir est difficile, cataloguer est presque impossible ^. Bornons-nous a une rapide nomenclature de ses chefs-d'œuvre (p. 218) :

1. Les Maîtres d'autrefois : Les maîtres de Rubens. — Rubens au musée de Bruxelles. — Rubens à Malines. — La Descente de croix et la Mise en croix. — Rubens au musée d'Anvers. — Rubens portraitiste. — Le Tombeau de Rubens. Paris, 1876.

2. Voyez le catalogue raisonné de Smit (t. IX); celui de Van Hasselt, à la suite de son Histoire de Rubens, et L'Œuvre de P.-P. Rubens. Catalogue de l'exposition du centenaire de 1877. Voy. aussi notre Distribution géographique, à la suite du chapitre XXVII.

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Mythologie : Ixion et la Nue (Coll. du duc de Westminster). — Diane et Calisto (Prado). — /Les Trois Grâces (id.), — Castor et Pollux enlevant les filles de Leucippe [Pin. de Munich), fig. 4g.

Ancien Testament : Le Serpent d'airain (Prado). — La Chute des Anges rebelles (Pin. de Munich). — Adam et Eve (Prado). — U Expulsion d'Agar (Ermitage). — Loth et ses filles (Louvre).

Nouveau Testament : La Descente de crozAr (Notre-Dame d'Anvers). — L'Elévation en croix (id.). — Le Jugement dernier^ (Pin. de Munich). — U Adoration des Mages (Égl. Saint-Jeai à Malines ; Louvre; Musées d'Anvers et de Bruxelles). — L^ Pêche miraculeuse (Égl. Notre-Dame, à Malines). — Le Calvair^ (Musée de Bruxelles). — Le Coup de lance (musée d'Anvers]

Histoire de la Vierge : La Vierge et l'Enfant entourés d{ Saints (égl. Saint-Jacques, à Anvers). — La Vierge glorieui (Prado). — VAssomption (Musées de Bruxelles, d'Anvers de Vienne).

Histoire des Saints : La Communion de saint François (Musée d'Anvers). — Saint Ildefonse (Musée de Vienne), fig. (44 et 45.

— Le Martyre de saint Liévin (Musée de Bruxelles). — Sai) Roch et les pestiférés (Égl. Saint-Martin, à Alost). — hi Martyre de saint Pierre (Égl. Saint-Pierre, à Cologne). — | Sai7ît François protégeant le monde (Musée de Bruxelles). — Les Miracles de saint Benoit (Palais de Bruxelles).

Histoire : Histoire de Décius (Galerie Liechtenstein). — Combat des Ama:{ones (Pin. de Munich), (fig. 47.) — Romulus et Rcmus (Musée du Capitole, à Rome).

Allégorie : La Vie de Marie de Médicis (Louvre). — V Apothéose de Jacques 7" (White-Hall, à Londres). — Les Quatre parties du monde (Musée de Vienne).

Portraits : Rubens (Vienne, Offices et Windsor). — Rubens et Isabelle Brant (Pin. de Munich). — Hélène Fourment (Musée de Vienne (fig. 46) et Pin. de Munich). — Les Fils de Rubens (galerie Liechtenstein, fig. 5o, et Musée de Dresde). — Le Chapeau de paille (Nat. Gall.). — Les Quatre philosophes (Palais Pitti). — Le Comte et la comtesse d'Arundel (Pin. de Munich), (fig. 48.) — Portrait équestre de Philippe H (Prado). — Le Seigneur de Cordes et sa femme (Musée de Bruxelles).

Enfants et Fruits : Enfants portant une guirlande de fruits (Pin. de Munich). — La Vierge aux Innocents (Louvre).

— Enfants au milieu de fruits et de légumes (Galerie de Schleissheim). — Quatre enfants (Musée de Berlin).

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