‹ La peinture flamandeChapitre 83 sur 150 · F. von Ravensburg : Rubens iind die Antike. léna · texte numérisé non relu

F. von Ravensburg : Rubens iind die Antike. léna

2. Pierre-Paul Rubens, peintre de Vincent /"■■ de Gon:{ague, lue de Mantoue (1600- 1608). Son séjour en Italie et son premier foyage en Espagne, d'après ses lettres et autres documents inédits. Gaietle des Beaux- Arts, 1866, 1867 et 1868).

3. En voici la liste, avec les endroits où les tableaux se trouvent ictuellement : en 1602, à Rome : VExaltation de la Croix (Hopi-

1 de Grasse), le Couronnement d'épines (id.) et le Crucifietneyit

id.) ; en i6o3, à Valladolid : lesDoz/j^e Apôtres (Prado), Heraclite

\.) et Démocrite (id.); en 1604-5, à Mantoue : la Transfigura-

En 1608, il était à Rome et s'apprêtait à placer sur Fautel de la Chiesa Nuova trois tableaux exécutés à la demande des Pères de TOratoire, lorsque tout à coup il reçut d^ Anvers la douloureuse nouvelle d'une grave maladie de sa mère. En toute hâte il partit, mais il arriva trop tard pour avoir la suprême consolation de fermer les yeux à celle qui lui avait donné le jour.

En quittant Rome, Rubens avait promis au duc de Mantoue de retourner à sa cour, mais, à Bruxelles, les archiducs mirent tout en œuvre pour le retenir et s'empressèrent de le nommer leur peintre (septembre 1609). Bientôt, son mariage avec Isabelle Brant vint mettre fin à tout nouveau projet de voyage et fixa définitivement l'artiste à Anvers. Il ne tarda pas à s'y faire reconnaître pour le premier peintre de son temps. Lorsqu'à trente-trois ans on exécute coup sur coup le Saint lldefonse, cette merveille du musée de Vienne (fig. 44 et 45), V Érection et la Descente de la Croixj ces gloires de Notre-Dame (1610 et 161 1), qui donc ôsérâît douter de votre génie? C'est avec ces trois œuvres magistrales que Rubens s'annonce. Et les années qui suivent le montrent en pleine gloire, avec son talent à son apogée et son atelier dans tout son éclat. Successivement il produit, vers 1614, la Conversion de saint Bavon (église Saint-Bavon, à Gand) ; en 16 17, VAdoration des Mages (église Saint-Jean, à Malines), et le

tion (Musée de Nancy), la Trinité (Bibliothèque de Mantoue), le Baptême du Christ [^[nsée. d'Anvers); en 1606, à Rome : Saint Grégoire(MuséQ de Grenoble), et eni6o8, à Rome encore, trois tableaux représentant la Vierge entourée de Saints (Chiesa Nuova, à Rome)-

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ugement dernier (pinacothèque de Munich), sa page plus colossale; avant i6i8,les six tableaux de VHisnre de Décius^ Thonneur de la galerie Liechtenstein.

De 1618 à 1628, cette production prend des propor- ^,

ons tellement invraise'mbiables, qu'elle confond la ison et que l'esprit se refuserait à y croire, si les douments authentiques n'étaient la pour le convaincre. En 16 18, la Pêche miraculeuse (église Notre-Dame, à Malines) et la Chasse aux lions (pinacothèque de Munich); en 16 10, outre la Communion de saint François (musée d'Anvers),^on chef-d'œuvre d'après Fromentin, et la Bataille des Amazones de la pinacothèque (fig. 47), trente-neuf tableaux pour l'église des jésuites ^ ; en 1 620, le Coup de lance (musée d'Anvers), son chef-d'œuvre d'après Viardot; en 1622-33, les vingt-quatre tableaux de la Galerie des Médicis!

Quelle accumulation de peintures ! quelle réunion de pages immortelles ! Nous n'avons cité encore que quelques œuvres d'élite, celles dont les dates sont connues, et déjà, en quelques lignes, nous comptons plus de cent pan- po^'^\ù^ neaux, ceux avec lesquels il triomphe ! Tout en lui est fécond, ample, puissaM; toi/t'ce qu'il touche s'élargit et se multiplie. Une lui fautpds un an pour être célèbre;, son nom grandit chaque jour et rayonné; sa renomrnee se répafhd partout et les élèves assiègent son atelier/ « On Ifeie sollicite de toutes parts, écrit-il déjà en 161 1..., je puis vous dire, sans la moindre hyperbole, que j'ai déjà refusé plus de cent élèves. » Sous ses yeux, tous étu-

I. L'incendie de l'église, en 1718, a détruit ces tableaux, à l'exception de trois d'entre eux, qui sont au musée de Vienne.

La Vierge remettant une chasuble à saint Ildefonse. Panneau central. (Musée de Vienne. H. 3,17. L, 2,23.)

Les archiducs Albert et Isabelle. — Volets du Saint Ildcfonse. (Musée de Vienne. H. 3,47. L. 0,96.)

dient, se perfectionnent, Faident à réaliser ses gigantesques conceptions. .r,v, ^

Devons-nous parler de Rubens diplomate, du « che- \^ valier Rubens »? Bornons-nous à rappeler, en renvoyant 1 au livre de M. Gachard^ qu^en 1628 il était à la cour de Philippe IV et l'année suivante à celle de Charles I*'''; qu'il revint de Madrid avec le titre de secrétaire du conseil privé et de Londres avec celui de chevalier : double hommage rendu aux talents politiques et diplomatiques, ainsi qu'au caractère de celui que l'ambassadeur anglais Carleton appelait le prince des peintres et des gentlemen. Les ambassades étaient ses vacances. « Je me distrais quelquefois en étant ambassadeur»; on assure que le mot est de lui. Puis il rentrait à l'atelier, saisissait ses brosses et, suivant la belle expression d'Henri Taine, « soulageait sa fécondité en créant des mondes», j^djjjj.-

En i63o, veuf depuis quatre ans d'Isabelle Brant, il épouse Hélène Fourment, vivante incarnation de son type féminin. Où n'est-elle pas? Même dans ses tableaux antérieurs, il semble qu'il l'ait représentée, et l'on se demande si, nouveau Pygmalion, il ne l'a pas créée. C'est à Munich qu'il faut la voir dans sa robe de brocart — une merveille — ou à Vienne, dans le portrait intime dit à la petite pelisse (fig. 46). Et lorsque l'on a vu cette tête charmante on ne l'oublie plus. ■

Au moment de son second mariage, Rubens a cinquante-trois ans. Sa vie est grave, heureuse, retirée. Sa

I. Histoire politique et diplomatique de P. -P. Rubens. Bruxelles, 1877.

Portrait d'Hélène Fourment dit « à la petite pelissç », ' (Musée de Vienne. H. 1,60, L, 0,9$.)

2o8 DIX-SEPTIEME SIECLE.

famille, quelques amis : le bourgmestre Rockox, son neveu Gevartius, Moretus Plantin; sa correspondance* avec rinfante Isabelle, Ambroise Spinola, sir Dudley Carleton, les frères Peiresc ^ et Valadès, le bibliothécaire Dupuy; ses collections % ses promenades à cheval, occupent ^es/ïoisirs.^es lettres nous prouvent qu'il maniait la plume avec autant de facilité que le pinceau, et aussi qu'il n'était indifférent à rien de ce qui se passait dans le monde de l'intelligence. Ainsi, il suivait d'un œil attentif les inventions de Drebbcl; il envoyait à Peiresc une sorte d'enrèg'^ïstreur des mouvements atmosphériques; il assistait à Paris aux premières expériences du microscope. Tant de soucis et .'^Ê de préoccupations ne ralentissent en rien ses travaux d'art. Il continue à mener de front les plus importantes entreprises, telles, par exemple, que les sept plafonds de White-Hall représentant V Apothéose de Jacques I''''. Aux sollicitations des tapissiers bruxellois il répond par une succession de cartons, suffisants, à

1. E. Cachet : P.-P. Rubens. Lettres inédites publiées cTaprès ses autographes. Bruxelles, 1840.

2. Peiresc et Rubens s'envoyèrent pendant dix-sept ans (de 1620 a 1637) une lettre par semaine. Ce qui reste de cette importante correspondance va être publié en Belgique (voir le Bulletin- Rubens). a Nous connaissons aujourd'hui à peu près i3o lettres de Rubens, dit Ch. Ruelens; des calculs fondés nous permettent d'évaluer a 8,000 au moins celles qu'il a écrites! » Voy. sur la correspondance de Rubens : W. N. Sainsbury : Original unpublished papers..., Londres, iSSg. — Villaamil -.Rubens diplomatico espaîiol, Madrid, 1874. — Ch. Ruelens : P.-P. Rubens. Documents et lettres, Bruxelles, 1877.

3. Sa riche collection de pierres gravées, camées et intailles vient d'être retrouvée à Paris. (Cabinet de numismatique.)

. où

eux seuls, à occuper la carrière d^un artiste ordinaire : la Vie d'Achille en huit pièces (Angleterre), V Histoire de Constantin en douze (garde-meuble, à Paris), le Triomphe de l'Eglise en sept et en quinze (couvent des carmélites, près Madrid) ; nous ne citons que les plus importants.

Moretus également s^adresse à lui, et lui, toujours abondant, dessine pour rimprimerie Plantin des titres d^ouvrages, des bordures, des devises, des vignettes. Peiresc écrit un volume sur les camées : c'est Rubens qui rillustre*; le cardinal-infant Ferdinand annonce son arrivée à Anvers (i535); la ville se pare de onze arcs de triomphe ^ : c'est Rubens qui les peint. Des illustrations, des vignettes, des arcs de triomphe, des chars de cavalcade, par Tauteur de la Descente de Croix!... Pourquoi pas? Le talent seul fait de Part; il en fait avec tout pe qu'on lui offre et il n'est pas de métier que ne relève un grand artiste.

Et que l'on ne pense pas que cette incessante et multiple production ait nni par tarir sa verve et fatiguer sa main. En i638, il peint le Martyre de saint Pierre (église Saint- Pierre, à Cologne), et c'est l'un^de ses meilleurs tableaux. Ce fut aussi le dernier. Rubens n'eut pas le temps de le livrer; il mourut le 3o mai 1640 — vingt ans trop tôt — « laissant à ses fils, dit Fromen-

1. Le volume ne parut pas, mais Vorsterman et Pontius en ont gravé les huit planches.

2. Les deux beaux portraits d'Albert et d'Isabelle, du musée de Bruxelles, furent peints pour Tare de triomphe de la place de Meir. Les esquisses de ces arcs de triomphe sont à l'Ermitage, à Anvers, en Angleterre ; des fragments à Dresde, à Vienne, à Lille et à Windsor.

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