VAN DYCK ET LES ELEVES DE RUBENS
Jusqu'à la fin du xvii* siècle, Pécole flamande tout entière, au premier et au second degré, procède de Rubens. Tous tiennent à lui ou de lui. Jacques Jordaens est quelquefois son émule, en même temps que le plus indépendant de ses contemporains; de Crayer, Janssens et Zeghers subissent vivement Tascendant de son génie; Snyders, Brueghel, Zegers, Wildens, Van Uden sont ses collaborateurs, et la liste des élèves qu'il forme directement ou indirectement est interminable. Dans ce défilé de tant de peintres célèbres, c'est Van Dyck qui marche le premier.
Antoine Van Dyck* naquit à Anvers en 15992. Enfant, il peignait déjà: il n'avait que dix ans lorsqu'il fut mis en apprentissage chez Van Balen ; vers quinze ans, il entrait dans l'atelier de Rubens ; à dix-neuf, il
1. Jules Guiffrey : Antoine Van Dyck, sa vie et son œuvre. Paris, A. Quantin, 1882. — Alf, Michiels : Van Dyck et ses élèves. Paris, 188 1.
2. P. Génard : Les grandes familles artistiques d'Anvers (RC' vue d'histoire et d'archéologie, iSbg, t. I", p. 10+).
îait^admis à la maîtrise. Inspiré par le maître, il se
PIC. 52. — • VAN DVÇ K.
Le cardinal Bentivoglio. (Palais Pittl, i Florence, H. 1,96, L. 1,45.)
tourna d'abord vers la grande peinture. On peut se
rendre compte de ce qu^était déjà alors ce talent précoce par les œuvres peintes à cette époque et notamment : le Christ au jardin des Oliviers (musée du Prado) et le fameux Saint Martin^ de Téglise de Saventhem.
Après un premier voyage à Londres, en 1620-, le jeune artiste, chaudement recommandé par Rubans, part pour Pltalie, en compagnie du chevalier Vanni (octobre 1621). Il visite successivement Gènes, Rome, Florence, Venise, Turin, Falerme et revient à Gênes, où il se fixe pour deux ans.
A Venise, il subit sans trouble Féblouisscment du Titien et du Tintoret, se distrait avec eux de Tintluence absorbante de Rubens, et apprend de l'Ecole vénitienne à élever une physionomie à la hauteur d\m type, en accentuant son caractère et ses traits dominants. A Rome, il travaille pour les Barberini et les Colonna. Le portrait en pied du cardinal Bentivoglio( Palais Piiti, à Florence), exécuté à cette époque, attira Tatlcntion générale sur le pittore cavaliercsco et reste une de ses meilleures œuvres (fig. 52). AGênes, les familles patriciennes Taccueillent avec empressement, autant comme galant cavalier que comme peintre renommé. Aujourd'hui encore il y triomphe sans partage, avec cinquante portraits que conservent le palais Rosso, les galeries Durazzo-Pallavicini, Balbi, Spinola, Cattaneo, etc.
Lorsque, au commencement de 1625, il rentre à Anvers, il laisse derrière lui plus de cent œ^uvres, à
1. Uin &Qcoi\à Saint Martin, par Van Dyck, existe à Vienne. C'est vraisemblablement celui vendu à Rubens, en i62(5.
2. W.-H. Carpenter : Mémoires et documents inédits sur Antoine Van Dyck.., trad. de l'anglais par L. Hymans. Anvers. }K\b.
[les seules suffisantes déjà pour immortaliser son [fom. Il a vingt-six ans.
FIG, Sî- VAN DYCK.
La Sainte Famille. (Pinacothèque de Munich. H. 1,35. L. 1,1 5.)
G^est de la période suivante que datent ses ouvrages les plus considérables, les plus soigneusement exécutés, ceux qui lui font le plus d'honneur. Coup sur coup, il
produit les magnifiques tableaux d^autel des églises d'Anvers et des Flandres, de nombreuses Sainte Famille (fig. 53), des Madones (lig. 54], des Christ en croix et des Pieta, où il répète des expressions pathétiques d'une touchante exaltation, d'une séduisante distinction; enfin toute une série de splendides portraits, parmi lesquels ceux d'un grand nombre de ses confrères et In plupart de ceux qui, à Munich, ornent une salle spéciale. Entre temps, il est appelé à La Haye par le prince d'Orange (portrait au musée de l'Ermitage) ; à Bruxelles, par le Magistrat. L'archiduchesse le nomme son peintre (portraits aux musées de Parme, Turin, Vienne et Paris); Marie de Médicis, chassée de France, lui rend visite dans son atelier (portrait à Lille); la noblesse flamande, espagnole et française se fait honneur de se faire peindre par lui (fig. 55).
Tant et de si importants travaux ne parvenant pas à apaiser son impérieux besoin de production, Van Dyck saisit l'outil du graveur, burine des eaux-fortes qui restent d'inappréciables modèles, et continue méthodiquement la série célèbre des cent portraits d'artistes (Icônes centiim)^ connue sous le nom à'' Iconographie de Van Dyck^. On le voit, si la période italienne a été brillante et féconde, elle est dépassée, et de beaucoup, par la période anversoise. C'est la partie la plus noble-
I. La première édition fut publiée en trois séries, sans titre et sans date, chez Van den Enden, à Anvers, de i632 à 1641 environ. La seconde édition porte le titre : Icônes principiim, Anvers, 1645, in-f**. On connaît en tout 190 portraits ayant servi aux quinze éditions, qui se suivirent de i632 à lyôg. — Voyez Fr. Wibiral : Ulcoyiographie de Van Dyck. Leipzig, 1877.