FIG. 57. VAN DYCK
Charles I<-t, (Musée de Dresde. H. 1,22. L. 0,96.)
se sentit enfin sur son véritable terrain. Présenté à
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Charles I*^', il obtint d'emblée la faveur de peindre le roi et la reine, et le grand tableau qu'il fit ensuite de la
famille royale réunie (galerie de Windsor) mit le comble à sa réputation.
Il est nommé peintre de la cour, reçoit le titre de
ajo DIX-SEPTIEME SIECLE.
chevalier et une pension annuelle de 200 livres; en même temps des appartements lui sont réservés à Blackfriars et une résidence d^été à Eltham. Le roi et la reine ne cessent de remployer. On connaît de Charles I" 38 portraits, dont 7 portraits équestres, et il existe plus de 35 répétitions de celui de la reine Henriette. Les portraits équestres du roi, à Windsor et à Blenheim, celui, en pied, du Louvre (tig. 59), ceux du roi et de la reine, à Dresde (fig. 57), à Saint-Pétersbourg et à Florence sont des chefs-d'œuvre. Non moins séduisants sont les portraits des enfants royaux que possèdent les musées de Turin, de Windsor, de Dresde et de Berlin (fig. 58), délicieux groupes de babys roses et potelés, habillés de soies chatoyantes, bleues, blanches et rouges, d'une incomparable fraîcheur.
Pendant sept ans, à part un séjour à Bruxelles et à Anvers en 1634, ^^^ Dyck, aidé de ses élèves, déploya une ardeur infatigable. Toute la cour de White-Hall passa par son atelier. Les châteaux et les collections de l'Angleterre et de l'Ecosse conservent à eux seuls plus de 35o de ses toiles. Aucun pays ne peut offrir une semblable réunion de ses œuvres, présenter une agglomération aussi prodigieuse de tableaux d'un même maître ^
Les deux dernières années de la vie de Van Dyck
I. Les collections les plus riches sont : la galerie de Windsor, 24 tableaux; la collection Glarendon, 23; celle du duc de Bedford, 17; dePetworth, i5; de Bothwell-Castle, 10; de Blenheim, Wentworth-House et Warwick-Castle, chacune 9. — Voy., sur ces collections, Waagen: Treasiires ofArt in Great-Britain. Londres, 1854-57.
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aaraissent avoir été moins actives, plus tourmentées.
FIG. Sp. VAN DYCK.
Charles I«' à la chasse. (Louvre. H. 2,72. L. 2,12.)
L'artiste les passa presque entièrement en voyage, en
compagnie de sa jeune femme, la petite-fille de lord Ruthen. Tous les biographes ont répété à Tenvi qu'à cette époque Van Dyck, ne pouvant plus suffire aux dépenses de son train princier, aurait demandé des ressources aux pratiques de Palchimie et que ses derniers jours se seraient consumés dans la recherche de la pierre philosophtlc. M. Guiffrey, dans sa belle monographie de notre artiste, a fait bonne justice de ce commérage historique. Des excès de travail doublés d'excès de plaisir sont les véritables causes de sa fin prématurée. Antoine Van Dyck mourut à Londres, en x-dii, âgé seulement de quarante-deux ans.
Dans le catalogue de Smit, Tœuvre de Van Dyck compte 844 numéros; dans celui de Guiffrey, plus de j^ i,5oo peintures ont pris place. Après TAngleterre *^ (3 5o tableaux), c'est Vienne {6y)^ Munich (41), Saint-Pétersbourg (38), le Louvre (24), Madrid (21) et Dresde (19), qui possèdent les plus importantes collections.
Pour l'imagination, la nature s'était montrée moins prodigue envers lui qu'envers Rubens. Aussi ses compositions * bibliques, mythologiques, allégoriques
I. Œuvres principales. — Bible, mythologie, histoire : Sainte Rosalie, 1629 (Musée de Vienne); le Bienheureux Hermann, 1629 (id.); VÉr^ection de la croix, i63o (Égl. de Courtrai); le Repos en Egypte (Pin. de Munich), (fig. 53); Pietà (Musées de Munich et d'Anvers); la Vierge aux perdrix (Ermitage); le Christ à la colonne {CoW. Czernin, à Vienne); la Vierge aux Donateurs (Louvre), (fig. 54); Sainte Famille (Coll. Mansi, à Lucques); Saint Antoine de Padoue (Musée Bréra, à Milan); Danaé (Musée de Dresde) ; Samson et Dalila (Musée de Vienne) ; les Trois âges (Musée de Vérone); etc.
^M insemble de son œuvre. G^est le portrait qui est sa
^^^oire, qui proclame son génie. Groupes ^, portraits
'(•questres^, portraits doubles^, en pied, en buste,
cPhommes ^ ou de femmes % il aborde tous les genres
avec un égal talent et un égal succès.
1. Groupes. — Charles /" à la chasse, i632 (Louvre), (fig. 59); taries I""" et sa famille (Windsor); les Enfants de Charles I"
(Turin, Windsor, Dresde et Berlin), (fig. 58); le Comte de Nassau — Siegen et sa famille, 1634 (Coll. Gowper) ; la Famille Lomel- Ini (Musée d'Edimbourg); la Famille Pembroke (Wilton-House); François Snyders et sa famille (Ermitage); la Famille Gerbier (Windsor) ; etc.
2. Portraits équestres. — Charles /*"'" et le sire de Saint- Antoine, 1634 (Windsor); Charles F' et sir Morton (Bheinheim) ; \v. Marquis de Brignole-Sala, 1624 (Palais Rosso, à Gênes); le Frince de Carignan, 1624 (Pinac. de Turin); le Marquis de Moncade, 1634 (Louvre) ; etc.
3. Portraits doubles. — Les Fils du duc de Buckingham, i635 (Windsor); les Poètes Carew et Killigrew, i638 (Windsor); la Femme de Collyns de Noie et sa fille (Pin. de Munich); les Frères de Wael (Capitole); les Deux de Jode (id.); Van Dyck et sir Porter (Prado); le comte de Strafford et son secrétaire (Cambridge); \t% Deux princes palatins (Louvre); les Sœurs Warthon (Ermitage); John et Bernard Stuart (Coll. Grey); etc.
4. Portraits d'hommes. — Charles F^ (Musée de Dresde), (fig. 57); Jean Van der Wouwer, i632 (Ermitage); Corneille Van der Geest (Nat. Gall.); le Cardinal Bentivoglio, 1623 (Palais Pitti), (fig.52); 5n>^^er5 (Collection Carlisle); Wallenstein Q.) i624(Galerie Liechtenstein); le Bourgmestre d'Anvers (Munich); David Ryckaert (Prado); Duquesnoy, 1622 (Palais royal, à Bruxellesj; VAbbé Scaglia (Anvers) ; le Comte de Berg (Prado) ; etc.
5. Portraits de femmes. — La Marquise de Brignole-Sala (Palais Rosso) ; la Femme de Ph. Le Roy (Collection R. Wallace); Marie Tassis (Galerie Liechtenstein), (tig. 56); la Femme du bourgmestre d'Anvers (Munich); Lady Oxford (Prado); la Marquise Spinola {id.); Marguerite Lemon (Hampton-Couri) -, la Duchesse de Richemond (Windsor) ; etc.
Dessinateur, il est ferme et savant, mais il pare et subordonne toujours la précision du trait au sentim.ent de sa grâce native : peintre, il va des tonalités jordanesques aux harmonies plus sobres et plus subtiles, plus graves et plus profondes, qui font de sa palette la plus raffinée de Pécole ; praticien, il met en place d^une touche rapide et sûre, modèle avec une suprême perfection, simplement et loyalement : sa pâte est fine, lumineuse, transparente et enveloppante ; physionomiste, il possède au plus haut degré Pintelligence de la figure humaine, résume et analyse en un instant le caractère expressif d^ne tête; poète, enfin, il paye de ses propres douleurs sa science de Tâme, et ayant vécu il laisse une œuvre vivante.
L'originalité de son génie réside surtout dans la noblesse dont il a marqué chacun de ses modèles : c'est comme une empreinte indélébile. Tous, de par la magie de son pinceau, reçoivent quelque chose de sa grâce personnelle : plus de distinction morale et d'élégance corporelle, un regard plus ouvert, plus, expressif; le don des ajustements bien portés, le goût des étoffes soyeuses, des satins, des dentelles et des perles.
Après Holbein, Raphaël et Titien, il a su trouver une manière nouvelle et toute personnelle d'interpréter la figure humaine, moins forte et moins profonde, sans doute, mais si brillante, si heureuse et si séduisante que, pour tous ceux qui l'ont suivi, il n'y a peut-être pas de souvenir plus troublant que le sien. Et comme il est de son époque ! Dans l'art dépeindre ses contemporains, s'il est quelque maître qui l'égale, il n'en est pas qui lui
ANTOINEVANDYCK. 2js
;oit supérieur. Avec Velasquez et Frans Hais, il forme & trilogie des grands portraitistes du xvii« siècle.
Les élèves qu^à Pexemple de son propre maître /"an Dyck forma en nombre considérable, et qui furent [es collaborateurs pour tant de répétitions ou de valantes de ses œuvres originales, appartiennent à tous es pays. Les Flamands Jean Roose (iSgi-iôSS), Pierre rhys (1624-1679), Rémi Van Leemput (1607-1675), Jean ^an Belcamp (16 10- 1680) et Corneille de Néve (1612fôjS), tous d'Anvers ; les Hollandais Adrien Hannelann(i6io-i68o) etDavid Beck (i62i-i656) ; le Suisse Mathieu Mérian (1621-1710) ; l'Anglais Guillaume Dobson (1610-1678) etPEcossais George Jamesone sont les mieux connus. Sa manière se révèle également dans les œuvres de Walker, de Lely et de Georges Kneller, et plus tard encore, c'est lui qui fut le véritable créateur de l'école anglaise. Enfin, aussi bien que la Grande- Bretagne, la France subit son influence, sans cependant que Rigaud et Largillière lui doivent autant que Reynolds, Gainsborough et Lawrence.
Dans l'atelier de Rubens, après Van Dyck, passe une Foule fourmillante et confuse où nous distinguons : Quellin, Schut, Van Hoecke, Wolfvoet, Luycx,[Van Mol, Foucquier, nés à Anvers ; Van Diepenbeeck et Van Thulden,deBois-le-Duc; Van Herp, de Bruxelles; Franchoys, de Malines ; Douffet, de Liège ; del Monte, de Saint-Trond; Wouters, de Lierre; d'Egmont, de Leiden; Thomas, d'Ypres. Tous, avec plus ou moins de talent, marchent sur les traces du maître, cherchent à imiter son allure, la largeur de son exécution, la dis-
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position théâtrale de sa mise en scène, sa coloration
enflammée, son goût pompeux des étoffes déroulées à grand fracas.
La famille Quellin est Tune de celles qui font le plus d'honneur à Técole flamande, car elle a produit des artistes du plus grand mérite.
Les grandes compositions
d'ERASME QUELLIN (II) SOUt
bien ordonnancées,] mais, SOUS le rapport du coloris, d^une valeur reladans ses morceaux de choix, tels, par exemple, que le Repos en Egypte (église Saint-Sauveur, à Gand) et le Saint-Roch (église Saint-Jacques, à Anvers), il se montre digne de Patelier où se forma son talent^ A son tour, il forma Wallerant Vaillant, de Lille (1623-1677), qui a d'imposants portraits à Amsterdam et dans les palais de Berlin. Son fils, * Jean-Érasme, dont le musée
I. Génard : Les grandes familles artistiques d'Anvers. {Revue d'histoire et d'archéologie, t. II, 1860, p. 3 10.)
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CORNEILLE SCHUT. 237
fAnvers possède de grandes scènes décoratives, appartient déjà à répoque de décadence.
Abraham Van Diepenbeeck (1596-1675) aborda tous es genres qui constituent la grande peinture. Son porrait allégorique du Louvre (fig. 60), le Mariage nystiqiie de sainte Catherine (musée de Berlin), la Rencontre d'Abrahamet de Melchissédec (académie de Bruges) et Iq Jugement de Salomon (galerie Liechtenstein) , îont des compositions habiles, pleines de verve, auxquelles il ne manque qu^un peu plus d'émotion et i'originalité pour placer leur auteur au premier rang ies continuateurs de Rubens.
Corneille Schut ( 1397- i 655), dans le Saint Georges (musée d'Anvers), V Assomption de la Vierge [église Notre-Dame, à Anvers), le Couronnement de la Wierge (église des Jésuites, à Anvers) et plus encore dans lia délicate esquisse du Martjyre de saint Jacques (musée de Bruxelles), se rattache à Rubens par l'ordonnance du sujet, l'effet décoratif, l'aspect pittoresque, le flamboiement des lignes, l'ampleur des attitudes. S'il n'a pas trouvé sur sa palette les chaudes transparences du maître, il a surpris parfois le secret de son éclat. Il sut aussi mettre de la délicatesse dans les figures en grisaille ou en couleur qu'il introduisit dans les guirlandes de fleurs de son ami Daniel Seghers, et grava d'une pointe spirituelle un grand nombre deses propres compositions.
Victor Wolfvoet (161 2-1 652) a été longtemps confondu avec le peintre hollandais Jean Victor, de l'école de Rembrandt ^. Sa Visitation (église Saint-Jacques, à
I. W. Bûrger : Musées delà Hollande. Paris, 18G0, t. II, p.^y.
Anvers), révèle un des plus fervents disciples du maître, tant par sa belle exécution, son coloris aux tonalités un peu minces, mais fraîches et lumineuses, que par son allure imposante et le choix sévère de ses types. Que sont devenus les autres tableaux de cet excellent artiste, trop tôt enlevé à Part? Des Rubens, sans doute.
Un portraitiste mieux connu, mais que Ton oublie généralement de mentionner parmi les élèves de Rubens, est Gérard Douffet (i 594- 1660). On n'a pas suffisamment rendu hommage à son talent. Peintre d^histoire médiocre, il a laissé de très beaux portraits. Les quatre qui sont conservés à la pinacothèque de Munich sont présentés simplement, pleins de caractère dans la pose et dans le costume, d^une exécution large et souple, sobres de ton, très expressifs et très vivants (fig. 61). La rareté de ses ouvrages fait sans doute que Douffet n^occupe pas dans Técole le rang auquel il a droit.
De Luc Franchoys (1616-1681J nous ne dirons rien, si ce n^est qu'il exécuta pour sa ville natale de nombreuses compositions mouvementées, mais d'un coloris heurté et plein d'exagération. De même pour DiEUDONNÉ Van der Mont (i 582-1644), plus connu sous le nom italjanisé de Déodat del Monte. Il fut honoré de Pamitié particulière de Rubens, dont il fut le premier élève et qu'il accompagna dans son voyage en Italie,
Un second groupe de disciples est celui qui ne se contenta pas de collaborer activement aux travaux du maître et d'exécuter de nombreuses peintures pour la
ABRAHAM VAN DIEPENBEECK.
ville et les églises d'Anvers, mais qui porta aussi à Té-
tranger, en France, en Hollande, en Allemagne, en Autriche, la nouvelle manière en même temps que la renomme'e de Técole.
En i632, nous trouvons à Paris Théodore Van Thulden (1606-1676?), qui peint pour Téglise des Mathurins trois grandes compositions aujourd'hui conservées dans les musées d'Angers, du Mans et de Grenoble. En 1648, il est à La Haye, où il décore la Maison au bois de sept panneaux historiques et allégoriques, célébrant l'élection du stadhouder Frédéric-Henri et la victoire de Nieuport. Cet artiste était doué d'une rare activité et des aptitudes les plus variées. Outre sa grande peinture, on lui doit des portraits (musée de Tournai) et des scènes familières (musée de Bruxelles); il a peint également des esquisses pour les arcs de triomphe (musée d'Anvers), où, stimulé sans doute par la collaboration du maître, il s'approche de lui par des formes élargies, une facture endiablée, un coloris transparent et corsé. Enfin il a gravé à Teau-forte une importante série de planches et composé les cartons des admirables verrières de Sainte-Gudule (chapelle de la Vierge), qui suffiraient, à elles seules, pour sauver son nom de l'oubli. Jean Van Hoecke (i6ii-i65i), se dirigea vers l'Alle- ^ ?//^ ^' magne, où son pinceau fut employé par V différents princes^. Il ne rentra aux Pays- Bas qu'à la suite de Parchiduc-gouverneur Léopold- Guillaume, qui Pavait attaché à sa cour et dont il nous a laissé le portrait équestre (musée de Vienne). Ses œuvres sont rares. Le Christ en croix que conserve Péglise Saint-Sauveur, à Bruges, est d'un sentiment pénétrant.
François Wouters (1612-1659)* débuta par des
I. Van der Kcllen : Le peintre-graveur hollandais et flamand. Utrecht, 1868, t. I^"",, p. 140; et le Journal des Beaux-Arts, 1873.