‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 103 sur 273 · I. Mariette, Abecedario^ t. \'I, p · texte numérisé non relu

I. Mariette, Abecedario^ t. \'I, p

touclie 150"*^ en 171 1 pour avoir agrandi et réparé des tableaux dans Tappartement de Mme la duchesse à Versailles; Desportes restaure de 1704 a 1716 des toiles pour Fontainebleau, pour les Gobelins, pour Meudon, il peint les globes et les bassins de Marly ; Belin de Fontenay, R.-A. Houasse, J.-B. Martin, Guy-LouisVernansal, Ant. Pesne, J.-B. Santerre, d'autres encore, nettoient des tableaux et travaillent aux bassins à Marly. Quelques artistes de talent sont portés aux Co;7/ji7/l'a- uniquement pour des besognes: Hellart de Reims, Stiémart par exemple, ne sont employés qu'à des copies; mais Stiémart en peint pour 21,000'^ de 1704 à 1715^ Alexis-Simon Belle n'exécute dans les châteaux royaux que des grosses besognes et des restaurations. Mathieu de Platte-Montagne n'émarge que le 27 novembre 1093 pour la peinture et la dorure de l'appartement de Mme la duchesse, au Palais-Royal. Le miniaturiste Nicolas Bailly, qui reçoit plus de 40,000"^ du roi de iôqo à 1715, ne touche que iio"^ pour des miniatures; mais il est pensionné, et les peintures de bronze dont il a l'entreprise à Versailles, à Trianon, à Marly, à Meudon, lui sont fort bien payées.

La manne royale se disperse sur no peintres de 1690 à 171 5, mais très inégalement. Baptiste Monnoyer, le fils de Jean-Baptiste, touche une fois seulement 600"^, en 1706, pour quatre tableaux de fleurs à Trianon. Jean Nocret ne paraît aux Comptes que dans un paiement collectif de 1095. D'autres, au contraire, tirent du Trésor des ressources relativement considérables, soit en travaillant aux maisons royales, soit au titre de fonctionnaires ou de pensionnés : quelques-uns touchent sous les trois rubriques. Le temps des grosses prébendes est passé cependant. Plus un artiste ne gagne 50,000"^ par an comme Mignard. Claude Audran, le plus favorisé de tous, reçoit près de 240000"*^, mais il est entrepreneur et décorateur à la fois, et il n'est pas possible de ciiscerner, d'après les articles des Comptes, ses travaux personnels de ses grosses peintures. De La Fosse gagne près de 110,000"^, Jean Jouvenet près de 95,000^, Antoine Coypel 75,000"^, Noël Coypel (mort en 1707) 58,000"^, les deux Boullogne 55,000"^ chacun, Belin de Fontenay 53,000"^ environ. Les «dessins de plantes rares en miniatures sur veiin pour être insérés dans la suite des livres de plantes en miniatures du Cabinet de S. M. » rapportent plus de 40,000^ à Jean Joubert de 1690 à 1706.

I. Stiémart est reçu à l'Académie le 28 juin 1720 sur une copie du portrait de Louis XIV par Rigaud. C'est le seul exemple quj je connaisse d'académicien admis sur une copie.

La décoration de toutes les maisons royales absorbe 375,000"^ environ de ibqoà 171S. Versailles, délaissé, reçoit à peine de 1,000 a 1,100^ de peintures, Marly pas davantage', Trianon 20,000"^, Fontainebleau 7,000^. Les grosses dépenses vont à Meudon qui occupe un chapitre spécial des Comples depuis ibt)^ et coûte, jusqu'à la mort du dauphin, ■^^,006^; à la Ménagerie de Versailles o\i le roi fait exécuter, pour la duchesse de Bourgogne, des compositions payées plus de 45,000"^; à la chapelle de Versailles etàTégiise des Invalides • surtout, qui coûtent l'une près de 90,000"*^, l'autre plus de 150,000^. Ces décorations sont les mieux payées des vingt-cinq dernières années du règne. Bon Boullogne touche 76,000"^ aux Invalides et 14,000^ à la chapelle de Versailles, Louis de Boullogne 14.000"*^ et 19,000^, de La Fosse 48,000"^ et 90,000"^, Jouvenet 24,200"* et 18,000"*. Claude Audran reçoit iq,ooo"* pour ses travaux des Invalides, Michel Corneille 12,100"*, Noël Coypel 7.300"*. La voûte de la chapelle de Versailles, enfin, est payée 25,000"* à Antoine Coypel.

Les tableaux commandés par le roi sans affectation décorative sont peu nombreux. Quelques petits paysages et des portraits ne rapportent guère plus de 100^ à 300^ à leurs auteurs. Seuls deux Louis XIV en pied et l'esquisse du Roi d'Espagne sont payés 10,000^ à Rigaud en 1702. Vers la fin du règne, plusieurs séries nouvelles pour les Gobelins sont mises en train : le Nouveau Testament commandé à Jouvenet, V Ancien Testament à Antoine Coypel, la deuxième partie de l Histoire du Roi, les Aventures de Don Quichotte. Les modèles des Gobelins coûtent 90,000"* au Trésor de lOgoà 1715, mais la plus grande partie de cette somme est employée à des dessins de bordures pour des portières sans importance, à des copies, à des réparations d'anciens cartons.

Une trentaine de peintres — sans compter 36 élèves qui se partagent 29,000"* environ — ■ sont inscrits sur les listes de pensions royales à des titres divers-. Le plus grand nombre émarge au chapitre «Gobelins />, quelques-uns sous la rubrique : ^< Officiers et employés qui ont gage pour servir... dans toutes les maisons royales... », d'autres à l'article <"< Gages d'officiers et employez ». Beaucoup ne touchent que 200"* par an^ quelques-uns 400"*. De 1699 à 1703 Gabriel

1. Presque toutes les peintures exécutées pour Marly sont de grosses peintures à moitié décoratives, destinées surtout aux bassins.

2. Les indications suivantes sont établies d'après les Co»z^fei',t. III, I\',\', ;7j.^\s/;7z.

3. Rarement les pensions sont inférieures à 200"**". Seul, à partir de 1711, Belin de Fontenay est porté aux Comptes pour iSo"*^ par an sous la rubrique : « Officiers et employés ayant gage... » Mais il touchait à l'article « Gobelins et Savonnerie » une autre pension de 200"*^ depuis 1699, portée à 300"^ en 1703 et à 400"^ en 1703.

RESSOURCES DES PEINTRES : l.E ROI

Blanchard obtient i,ooo*, Charles de La Fosse 3,000"*^ de 1699 à 171=.. Jouvenet 1,700"^ de 171 1 à 1715, Noël Coypel 3,000^ de 1695 à 1707, le dessinateur Nivelon 1,100"^ de iU)0 à 1715, François Verdier 3.000"^ de 1690 à i6qS. Quelques-uns, plus habiles ou mieux en cour, reçoivent des deux mains : en plus de leurs 3,000"*^ Noël Coypel touche 200"*^ et François Verdier 300"^ par an.

Le roi loe^e aussi des peintres au Louvre, mais en très petit

Gravé par J. Audran.

KIG. 38. — ANTOINE COVFEL. — RENAUD ET AR.MIDE, SANS LE VOULOIR, TOMBENT TOUS DEUX DANS LES EMBUCHES QUE l'aMOUR LEUR DRESSE.

nombre relativement, car des sculpteurs, des graveurs, des architectes, des ébénistes, des horlogers, etc., ont droit aussi à des appartements au palais, et la place est mesurée. Claudine Bouzonnet Stella, Charles Nocret, Noël Coypel, Nicolas Bailly, Jean Lemoyne, Antoine Coypel, J.-B. Santerre,les deuxBerain, Michel Boyer, Belin de Fontenay père et fils et Jacqueline Boissière la miniaturiste, occupent seuls des appartements aux Galeries de 1690 à 1721 \ Faute

I. Sur les logements du Louvre, Voy. Arch. de l'Art franc., t. I, p. ig3; t. III, p. 1S9, 221, 25i, et Noiiv. Arch. de l'Art franc., iSySjp. i et suiv.

de place au Louvre, Guillaume Anguier est envoyé aux Gobelins en i673etJ.-B. Martin des Batailles à Thôtel des Inspecteurs des Gobelins en i6()3'. Le titre de concierge du Luxembourg vaut à Claude Audran un appartement dans le palais-. Joseph Vivien, qu'on ne peut installer nulle part, reçoit 200 "^ d'indemnité annuelle pour son logement.

La participation aux faveurs et aux commandes royales ne peut servir de fondement à une classification des artistes par ordre de mérite ou même de réputation. Les premiers peintres de genre n'émargent pas au budget des Bâtiments : ils sont victimes du mépris de Louis XIV pour les tableaux tlamands et hollandais. Watteau lui-même ne travaille pas pour le roi; il est trop jeune, trop peu connu en 171 5 pour trouver accueil à la cour ; au reste, son indépendance ne se serait jamais accommodée du protocole. Si Largillière, si François de Troy ne sont pas employés parla surintendance de i6go à 1715, si Rigaud, après avoir touché 10,000"^ en 1702, n'obtient plus de commandes officielles avant 1715 et ne reçoit jamais de pension, c'est qu'un petit dédain s'attache encore au titre de portraitiste : le premier portraitiste ne vaut pas le second peintre d'histoire. D'ailleurs, Rigaud, Largillière ou de Troy ne recueilleraient qu'une rente médiocre dans les antichambres de Versailles et ils y perdraient un temps précieux. Leur orgueil même ne gagnerait rien à la faveur royale : les princes du sang, les plus grands seigneurs, les bourgeois les plus opulents posent tour à tour dans leur atelier.

Comme les commandes et les pensions du roi n'assurent pas leur vie, les artistes cherchent presque tous un protecteur parmi les amateurs. Il faut, dit de Piles, « un protecteur qui soit une personne d'autorité, qui prenne, en quelque façon, le soin de notre

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