ANTOINE WATTEAL'. — VERTUMNE ET POMONE
I. Le Roux de Lincy, Histoire de l'Hôtel de ville de Paris, 1846, appendice 11°^ 77 à 83.
i38 RESSOURCES DES PEINTRES : ÉGLISES ET COUVENTS
Coypel, Antoine Coypel, y peignent dix tableaux. De La Fosse exécute un Crucifix pour le petit autel du chœur dans l'église des Augustins déchaussés, place des Victoires, Bon Boullogne donne une toile pour une des chapelles du même couvent, et Louis de Boullogne, Ubeleski, Parrocel, Galloche, d'Olivet^ composent pour le réfectoire treize morceaux consacrés presque tous à la Vie de saint Aiiirnstiu ; le plafond de la bibliothèque est de Paolo Matteï (1703) ; dans le Cabinet des Antiques, parmi les Titien, les Caravage, les Espagnolet, on voit des La Fosse et des Pellegrini. L'église du couvent des Filles de l'Assomption, près du faubourg Saint-Honoré, est aussi somptueusement illustrée : Ilouasse y peint une Nativité; au-dessus de la porte est une fresque d'Antoine Coypel, et, en face, un grand Ci^ucifix de Noël Coypel; à l'attique du dôme, entre les baies, Stella représente V Annonciation, Bon Boullogne le Mariage de la Vierge, Antoine Coypel la Visitation et la Purification ; la voûte du chœur est l'œuvre de La Fosse, qui orne aussi d'un Saifii Pierre en prison consolé par un ange une des chapelles latérales. Les Filles de Llmmaculée-Conception, les Missions étrangères, les Grands-Augustins, les Jacobins réformés, les Minimes, les Filles de la Croix, le monastère et prieuré royal de Saint-Martin-des-Champs, les Capucines, les Petits-Augustins, plus de vingt couvents font travailler Bon Boullogne, Louis de Boullogne, de La Fosse, Ubeleski, Parrocel, Galloche, Cazes, Corneille, Jouvenet, J. de Lajoue, Fr.Verdier, N. Bertin, le frère Jean André, François Le Moyne, Jean Restout, Poerson, Louis de Silvestre, Verdot, Houasse, Antoine, > Noël, Noël Nicolas, Charles-Antoine Coypel, Jean-Baptiste Monnoyer, Pierre Dulin, de Troy et Millel, sans compter tous les artistes médiocres dont le nom nous est rarement parvenu, tels ce frère François Gourde, ces sieurs Roly et Renault qui collaborent en 1693 -1694 à la décoration du cloître des Petits-Augustins, le premier pour le paysage, le deuxième pour l'architecture, le dernier pour les figures"-.
Les maîtrises et les dévots contribuent à la décoration des églises : ils leurs offrent des ex-voto. Chaque année, jusqu'en 1707, les deux premiers dignitaires de la corporation des orfèvres font
1. Je n'ai pas trouvé de renseignements biographiques sur ce peintre. Avec deux tableaux du réfectoire, il a peint tout le cloître des Augustins. Il est très vraisemblable qu'il vécut de 1690 à 1721 puisque la décoration entière du couvent est de ce temps.
2. Piganiol, Description de Paris, t. VU, p. 25i. En lyiS, Ant. Dieu peignit, à l'entrée du même cloître, une Conversion de saint Augustin.
L'ACADEMIE ET LES RESSOURCES DES PELNTRES i3>.
présent à Notre-Dame, en l'honneur de la Vierge, du May traditionnel. C'est, depuis 1630, un grand tableau de 12 pieds de haut. Louis Chéron, Simon Guillebault, Ubeleski, Arnould de Vuez, Joseph Parrocel, Louis de BouUogne, Joseph Christophe, François Marot, Joseph Vivien, François Tavernier, Guy-Louis Vernansal, Etienne Renault, Mathieu Elyas, Louis de Silvestre, Claude Simpol, P.-J. Cazes et Jacques Courtin en sont chargés tour à tour de 1690 à 1707^ En 1697 M. de Locmaria, qui sera lieutenant général des armées du roi, donne à l'église métropolitaine un tableau de Verdier: les Chambres du Parlement juij;eant un procès^ Saint-Yres présidant du haut des deux-, et en 170c) le chanoine jubilé de La Porte demande à Louis XIV l'autorisation de faire peindre à ses frais la Vie de la Vierge, dans le chœur de la cathédrale, au-dessus des boiseries de Du Goulon^
Ces ressources, abondantes en apparence, ne suffisent pourtant pas à nourrir les artistes trop nombreux. Pendant la première moitié du xvir siècle, les peintres suppléaient aux commandes en brocantant des tableaux; mais l'Académie leur interdit le commerce qu'elle juge incompatible avec leur dignité. En 1684 elle semble abroger cette mesure, décide qu' -'< elle accorderoit à l'avenir à ceux qu'elle jugera à propos la liberté de pouvoir vendre publiquement des tableaux^» et autorise en effet Charles Hérault à ouvrir une boutique, mais ce n'est qu'une feinte destinée à empêcher la maîtrise de s'arroger un privilège et à créer un précédent. La licence d'Hérault lui est retirée le 2b avril 1(387, car la délibération de 1684 « n'a esté qu'à dessein de faire connoistre que, si l'Académie s'... est abstenue jusqu'à présent [d'autoriser ses membres à tenir boutique], ce n'a
I. L'histoire des Mays n'est plus à recommencer. Elle a été faite et bien faite par : Isaac Trouvain, Recueil et mémoire historique touchant l'origine et Vancienneté... du tableau votif que les marchands orfèvres de Paris présentent tous les ans le premier jour de May à la Sainte Vierge..., 1684; Gueffier, Description historique des curiosités de l'église de Paris, ijGS, p. 101 ; Bellier delà Chavignerie, Les Mays de Notre-Dame {Galette des Beaux-Arts, 1" période, t. XVI, p. 457) ; J. Guiffrey, Les Mars de Notre-Dame de Paris, 1887, in-S" pièce; \\-J. Vaillant, Les Mays de Notre-Dame de Paris, avec la liste des Mays offerts à l'église de Paris de i63o à 1707, etc. (Nouv. Arch. de l'Art franc., 1880-1881, p. 390 et suiv.); H. Stein, Etat des objets d'art placés dans les monuments religieux et civils de Paris au début de la Révolution. {Nouv. Arch. de l'Art franc., 1890, p. 2i-3i).