‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 116 sur 273 · LES EXPOSITIONS DE LA JEUNESSE · texte numérisé non relu

LES EXPOSITIONS DE LA JEUNESSE

des Salons. Ils ne sont pas encore admis aux pensions du roi, aux faveurs des grands ; ils ne peuvent vendre en boutique comme les maîtres; il leur reste une seule ressource pour sortir de l'obscurité et de la misère : l'exposition de la place Dauphine. Tous les ans, à la Fête-Dieu, un reposoir est élevé en plein air, place Dauphine, pour la procession Saint-Barthélémy, et les peintres décorent de tableaux les murs des maisons voisines drapés de tentures. Ces brèves expositions ne sont signalées par le Mercure qu'en 1722, mais elles existaient depuis longtemps à cette époque. <f. On a exposé cette année, st'lon la coutume, dit le rédacteur, quantité de tableaux... le jour de la Fête-Dieu* ». Les orfèvres, nombreux dans le quartier, commandaient, dès le milieu du xviT siècle, des toiles pour orner les autels construits sur la place-; les marchands de tableaux des environs concoururent bientôt à la décoration et prêtèrent leurs sujets de piété ; enfin les peintres envoyèrent des portraits et des mythologies à côté des martyres de saints^ Cette transformation, dont on ignore la date, était achevée au début du xviiT siècle. Les académiciens eux-mêmes exposaient alors place Dauphine. Le Mercure note, en 1722, une « quantité de tableaux des meilleurs maîtres de l'Académie royale de peinture^ », et, en 1722, 1724, 1725, il cite les toiles de Noël-Nicolas Coypel, Favanne, Oudry, Restout, Jacquesde Lajoue'\ Il n'y avait aucun contrôle, aucune sélection, cependant, dans cette sorte de foire ; des enseignes maladroitement coloriées, de mauvaises miniatures, des ouvrages en cheveux voisinaient avec les œuvres d'art : mais la Compagnie était bien obligée de tolérer ces promiscuités : elle eût compromis son autorité en condamnant les plus jeunes de ses membres à une trop longue obscurité.

Des artistes de Paris essayent encore d'augmenter leurs ressources en travaillant pour les provinces. Mignard, Ant. Coypel peignent des portraits historiques pour le château de Bussy-Rabutin en Nivernais ; Jean Bérain dessine des modèles de galères pour Brest; Jouvenet décore des églises et des couvents dans toute la France; quelques académiciens s'établissent même définitivement

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