Mercure de France, juin 1722, p
5. Voy. encore, Rev. univ. des Arts, t. XIX, p. 38 et suiv., A'O/t'5 pour servir à riiistoire de l'Exposition de la Jeunesse, par Bellier de la Chavignerie.
hors Paris : Gabriel Revel à Dijon, Arnould de Vuez à Lille. Mais les peintres provinciaux combattent avec acharnement cette concurrence, car leurs ressources sont limitées et suffisent exactement à leurs besoins. Ils n'émargent presque jamais au budget des Bâtiments; à peine le roi emploie-t-il dans les ports des hommes comme les de La Rose, les Volaire et les Van Loo à Toulon', comme Michel- lacques Serre à Marseille, qui donnent des modèles de galères et travaillant aux décorations navales'. Encore les paie-t-il fort mal : en 1684 Jean Van Loo touche 1,350"^ seulement pour l'entreprise générale des peintures de V Ardent qui comporte un tableau à rhuile de b pieds de long sur 8 pieds de haut; un peu plus tard, Louis Van Loo ne reçoit que 500* pour la décoration à la détrempe des salons de l'Intendance maritime. Michel-Jacques Serre seul est un peu mieux rétribué : il obtient en lôgi une pension de boo^, portée môme à goo"^ au début du xviii' siècle, quand il est nommé « premier peintre du roi pour les galères du département de Marseille^ >>.
Les fonctionnaires administratifs et judiciaires, le haut clergé résidant sont de meilleurs clients que le roi pour les artistes provinciaux. Éloignés de la cour, sevrés de \\e mondaine, dotés souvent de grosses pensions, ils occupent les peintres par goût ou par désœuvrement. Le duc du Maine, qui a transféré son Parlement à Trévoux en 1690, confie la décoration de la grande salle du château à Paul-Pierre Sévin en iOt)8 ; à Besançon, c'est Claude-Françoisjacquot d'Aunoire, conseiller honoraire de la ville, qui fait tra-
1. L'école de Toulon a une certaine importance. Son développement est parallèle au développement de la flotte. Voy. sur son histoire, dans Réun. des Soc. des Beaux- Arts des dép., 1887, p. 3i3, Les écoles d'Ai't à Toulon, par Ch. Ginoux; — dans A'ouv. Arch. de l'Art français, 1888, p. 145 : Peintres et sculpteurs nés à Toulon, ou ayant travaillé dans cette ville (i5i8-i8oo), par Ch. Ginoux; — dans Nouv. Arch. de l'Art français, 1889, p. 3o3 : Peintres et sculpteurs de la ville de Toulon, par Ch. Ginoux ; — dans Nouv. Arch. de l'Art franc., 1894, p. 19 : Artistes de Toulon, par Ch. Ginoux. J.-B. de la Rose fut chargé de diriger l'école d'apprentis décorateurs établie officiellement à l'Arsenal de Toulon, et qui tut pour la décoration navale ce que l'école des Gobelins fut pour la tapisserie.
Brest dut avoir aussi son école et Rochefort, le Havre, Dunkerque, etc. Voy. E. Veuclin, Notes sur quelques artistes de la marine de l'Etat à la fin du XVIP siècle. {Réun. des Soc. des Beau.v-Arts des départ., 1894, p. 725.)
2. Ai'ch. de l'Art franc., t. I, p. 333 et suiv., Michel Serre: Son brevet de peintre des galeries du roi.
3. Mém. inéd., t. II, p. 247. L'article sur Serre est de Mariette. Il donne l'année 1086 comme date de la nomination de l'artiste au poste de peintre des galères du roi, mais cette date est contredite par le brevet authentique de nomination retrouvé au ministère de la marine et publié dans les Arch. de l'Art franc., t. I, p. 333.
vailler; à Rochefort, Michel Bégon, ingénieur général de la Rochelle et de la marine à Rochefort; à Bordeaux, l'archevêque Louis d'Anglure de Bourlemont, vice-protecteur de l'école académique; à Aix, J.-B. Boyer d'Aguilles, conseiller au Parlement de Provence; en Nivernais, Bussy-Rabutin, lieutenant du roi et maître du camp général; à Bourges, l'archevêque Michel Phelypeaux de la Vrillière*. Un protecteur suffit parfois à assurer toute la carrière d'un artiste de province. En 1667, le peintre mendois Jean Lacour
Cliché Braun, Clément et C.
FIG. 4:». — NICOLAS DE LARGILLIERE. — BANQUET OFFERT A LOUIS XIV PAR LE PRÉ\ÔT ET LES ÉCHEVINS DE PARIS A l'oCCASION DE SA CONVALESCENCE.
(.Musée du Louvre.)
n'est encore qu'un obscur praticien : il touche 20"^, cette année-là, pour avoir orné une bannière de la confrérie de Saint-Éloi; mais en 1668 il exécute un tableau d'autel pour la chapelle privée de l'évêquedeMende, et le prélatfait sa fortune : Lacourtravaille d'abord des années à la décoration de l'évêché ; en ib88 l'évêque lui demande son portrait ; puis les chapitres de la cathédrale et de toutes les églises importantes du diocèse, Badaroux, Saint-Bauzile, Sainte-
I. Devis des peiiiiiires Je la grande salle du palais à Trévoux, par P. -P. Sévin dans les Nouv. Arch. de l'Art franc., 1874- 1875, p. 219.
Eulalic, Balzièges, Saint-Alban lui commandent des tableaux; il décore enfin le château de Chanac, résidence d'été des évêqucs*.
Mais ce sont les municipalités, les fabriques et les chapitres qui procurent aux artistes les ressources les plus abondantes, et surtout les plus régulières, hors Paris. Presque toutes les villes ont leur peintre attitré : à Toulouse c'est Rivalz, à Lyon, Blanchet, puis Sévin, puis Mignard, à Lille, Arnould de Vuez. A Bordeaux, Le Blond de La Tour peint chaque année les jurats en pied et en buste, il entretient les collections de la ville, les portraits du roi, de la famille rovale, des anciens jurats, il ordonne les décorations des fêtes et deuils publics, compose les allégories des arcs de triomphe, les écussons des catafalques-. A Toulon, le peintre municipal aies mêmes occupations''. On voit encore à l'hôtel de ville de Lille une longue série de portraits et de tableaux exécutés par Arnould de Vuez pour la municipalité. Les cités trop pauvres pour entretenir des peintres en titre font marché avec des artistes locaux pour décorer leurs hôtels de Aille. En 171(1, par exemple, le Conseil d'Aix-en-Provence demande à Cellon}^ père et fils et à Viali, neuf tableaux d'histoire, un grand Christ, un Louis XIV en pied et cinquante-huit portraits de rois et de comtes de Provence pour sa grande salle de réunion '. Quant aux églises des villes et des villages, aux réfectoires et aux cloîtres des couvents, ils sont riches en œuvres peintes par des artistes locaux ou nomades, car au début du xviir siècle, les peintres de province, fidèles à la tradition du moyen âge, courent encore la France en quête de travail. Ils sont mal payés le plus souvent"', mais les églises sont nombreuses, et quand ils
1. Jcju Ljcoiir, par F. André dans Kcun. des Soc. des Bi'jiiA--A>-ls des depjrl., 1890, p. 694.
2. Arch, de l'Art fi\7iiç.,t. II, p. i25 etsuiv.. et Ch. Bracquehaye, Les peintres de l'Hôtel de ville de Borde^itix dans Réiin. des Soc. des Beciiix-Arts des départ., 180S, p 902.
3. Peintres et sculpteurs de la ville de Toulon. Marchés communiqués par M. Ch. Ginoux. (Nouv. Arch. de l'Art franc. ^ 1889, p. 3o3.)
4. E. Parrocel, Annales de la peinture, i8t)2, p. 197-199. Le travail, interrompu par la grande peste, fut repris par Dandré Bardon, qui le termina en 1726. Il fut détruit en 1792.
5. Quelques contrats, quelques comptes qui nous sont parvenus indiquent des prix payés aux peintres de province. Mais ils sont trop peu nombreux, portent sur des travaux trop dissemblables, et se rapportent à des artistes de valeur trop inégale pour qu'on puisse en extraire des moyennes. La seule conclusion que l'on puisse en tirer, c'est que les prix de province étaient très inférieurs à ceux de Paris. P--P. Sévin ne touche en 1698 que 900"*^ pour la décoration de la grande salle du palais de Trévoux (voy. Devis des peintures de la grande salle du palais de Trevou.v \Xouv. Arch. de l'Art franc., 1874-1875, p.' 219). Pour remer-
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ont décoré les autels et les chapelles, ils passent les chaires et les piliers à la couleur. Ils ne répugnent à aucune besogne : beaucoup sont encore des ouvriers dans le sens que nous donnons aujourd'hui au mot^
Les peintres parisiens trouvent heureusement à l'étranger le supplément de ressources que leur refusent les provinces, et ils voyagent volontiers. Louis XIV les encourage d'abord à s'expatrier pour enseigner à l'Europe la gloire de l'art français ; mais, comme à la fin du règne, au moment où. les grandes commandes deviennent rares, les départs augmentent dans des proportions inquiétantes, il réglemente sévèrement l'émigration-. Le contrôle qu'exerce alors l'administration sur les artistes ne s'applique pas seulement aux académiciens : Desportes n'est admis dans la Compagnie qu'en 1699, et, en 1695, il n'obtient l'autorisation d'aller à Varsovie qu'à condition de laisser femme et enfants en France et de rentrer à la première injonction; Villacref le rappelle dès 1696 et il revient aussitôt^ Dans tous les congés d'artistes on insère une clause restrictive et souvent on l'applique. « Lorsque le Roy a accordé à un des membres de son Académie de peinture et sculpture une permission de passer dans le pays
cier saint Jean-Baptiste de l'avoir protégée lors du siège de Toulon, la municipalité du village de Ligne lui offre un tableau « représentant la venue des ennemis en ce lieu et le vœu que lesdits sieurs magistrats et habitants firent... ». Le peintre Jérôme Romain (1649-1717), signalé d'autre part dans les registres de Toulon comme travaillant aux vaisseaux du roi, est choisi pour l'exécuter, et on traite avec lui pour 60"^ (voy. Xoiiv. Arch. de l'Art franc., 1S90, p. 21 3). Ant. Ranc peint pour 600"^ le maître-autel de Notre-Dame des Tables à Montpellier; pour 2700"^ d'autres décorations dans la même église. Il touche 1200"^ pour ses travaux aux murs et à la voûte de la Cathédrale. Cela ne l'empêche pas, entre 1701 et 1710, de peindre des toiles pour 25, 12 écus et même 12"^ (Réun. des Soc. des Beaux-Arts des départ., 1887, p. i83 et suiv. Les deux Ranc, peintres de Montpellier, par Ch. Ponsonailhe). Il y a une preuve de la pauvreté de beaucoup d'artistes des provinces dans l'article de Delpit, sur l'école académique de Bordeaux, publié dans la Revue universelle des Arts, t. X. En 1692, l'école académique reçoit deux membres nouveaux : Le Blond de La Tour fils, peintre, et Le Moyne, sculpteur ; comme elle les sait peu riches, elle ne leur demande qu'un présent pécuniaire de So"*^, mais ils ne peuvent encore le payer. On réduit alors la somme à 3o"^, et. comme sept mois après celle-ci n'est pas encore acquittée, on demande seulement 1 5 "^ comptant et i5"^ lors de la livraison du morceau de réception. A Paris, les présents pécuniaires varient de 100 à 200"^.
1. Quelques-uns cependant sont apparentés à la meilleure bourgeoisie des villes : les Chappe de Reims par exemple. Voy. sur les Chappe, Loriquet, Catalogue du Musée de Reims, 1881, p. 1 1 1 à 118.
2. Voy. sur ce règlement, Nouv. Arch. de l'Art franc., 1878, p. 3 et suiv.