‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 131 sur 273 · I.ES JANSENISTES ET LA PEINTURE RELIGIEUSE i6i · texte numérisé non relu

I.ES JANSENISTES ET LA PEINTURE RELIGIEUSE i6i

contemporains, blâme l'abus des allégories religieuses, c'est Tabbé du Bos : « Les Peintres, dit-il, doivent emploïer l'allégorie dans les tableaux de dévotion plus sobrement encore que dans les tableaux prophanes. Ils peuvent bien dans les sujets qui ne représentent pas les mystères et les miracles de notre Religion se servir d'une composition allégorique dont l'action exprimera quelque vérité qui ne sçauroit être rendue autrement... Je consens donc que la Foi et l'Espérance soutiennent un mourant ou que la Religion paroisse affligée aux pieds d'un évêque mort^ Mais je crois que toute composition allégorique est défendue aux Artisans qui traitent les miracles et les Dogmes de notre Religion-. » Voilà bien, en effet, la mesure où l'allégorie religieuse est raisonnable; mais l'abbé Du Bos prêche dans le désert.

Au lieu de tolérer toutes les libertés comme les Jésuites, les premiers Jansénistes tombèrent dans l'excès contraire; ils condamnèrent d'abord toute peinture. Mais leur doctrine s'adoucit bientôt sur ce point: la Lettre d' un Ecclésiastique à un sien ami sur le sujet des peintures nues, trouvée dans un amas de vieux papiers jansénistes et adressée peut-être par le grand Arnaud à Philippe de Champaigne, admet les œuvres d'art pourvu que les artistes contrôlent sévèrement les sujets et que la dignité des compositions soit irréprochable ^ Pour défendre ces idées, les Jansénistes prirent parti dans la querelle des dessinateurs et des coloristes ; ils furent poussinistes en haine du matérialisme que Rubens impose à l'art religieux. Ce fut avec une conférence de Ph. de Champaigne, on s'en souvient, que le débat commença à l'Académie en 1671 ; de plus, Fontaine cite dans une lettre ces paroles de Sacy : <-< On estime bien plus un peintre qui a du dessin que celui qui n'a que le maniement de la couleur ^ » Félibien, enfin, le champion des dessinateurs, était peut-être affilié au jansénisme : -'< M. Félibien, dit Mariette, né à Chartres et concitoyen de M. Nicolle... étoit de ceux qu'on appeloit

1. On trouve bien de 1690 à 1721 quelques allégories de cet ordre, mais elles sont en minorité. C'est par exemple, dans la chapelle de la Vierge de la chapelle de Versailles, les vertus et les attributs de la Vierge, par L. de BouUogne : V Espérance, la Tempérance, la Foi, la Charité, etc. Le Musée de Grenoble possède la Destruction de l'hypocrisie et autres vices de Ch. de La Fosse et l'esquisse de Jouvenet pour le plafond du Parlement de Rouen : V Innocence poursuivie par le Mensonge se réfugie dans les bras de la Justice, tandis que la Religion la couronne en écartant la Fraude et la Chicane.

2. Du Bos, Réflexions critiques sur la peinture et sur la poésie, t. I, p. 2o5.

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