‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 132 sur 273 · Sainte-Beuve, Port-Royal, éd. de 1867, t- I^ P · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Port-Royal, éd. de 1867, t- I^ P

102 L1:.S JANSÉNISTES El' LA PEINTIRE RELIGIEUSE

les messieurs de Port-Royal. Cela a fait croire que ses entretiens avaient été revus pour le style par M. NicoUe, ce qui n'est pas un fait hors de vraisemblance*. »

Entre 1630 et 1085 Port-Royal ne saurait donc être oublié dans l'histoire de la peinture religieuse, mais son action diminue à mesure qu'augmentent les persécutions. Après 1690 les artistes affiliés au jansénisme sont très peu nombreux. Une des sœurs BouUogne, peintre ofticiel de la maison, n'est occupée qu'à de petites besognes"' : elle supprime, par exemple, le portrait de Saint- Cyran dans un tableau qui faisait scandale au couvent parce qu'on y voyait la mère Angélique a genoux devant une tapisserie représentant l'abbé. «Elle nous a laissé, dit aussi Sainte-Beuve, des dessins de son cher monastère où elle se retirait souvent^ » Ces dessins, — en réalité des miniatures, — exécutés sans doute peu après la destruction de la maison', ont été gravés par Marie-Madelaine Hortemels (fig. n" 4), qui épousera Cochin le père en 1713 : il est donc probable que Marie-Madelaine Hortemels était également janséniste ^ L'attachement à Port-Royal d'Elisabeth-Sophie Chéron est

1. Abccedario, t. Il, p. 238. Félibien cependant n'est pas toujours aussi sévère que les Jansénistes. Dans certains cas il admet les nudités que ceux-ci proscrivent toujours. Le texte de Mariette est confirmé par la notice du Dictionnaire historique... de Barrai, Guibaud et Valla, lySS-i ySg, œuvre janséniste, sur Félibien. D'après cet ouvrage, le critique mourut le 11 juin lôgS « avec la réputation d'un savant recommandable par la variété de ses talents, mais plus encore par sa rare probité, par la droiture de son cœur et son amour pour la religion ».

2. C'est certainement Madelaine BouUogne, et non Geneviève, qui occupa cette place. Geneviève vécut presque toute sa vie en Provence avec son mari, le sculpteur Clérion. Sainte-Beuve écrit, en parlant de la demoiselle BouUogne qui travailla pour Port-Royal : « Elle ne peignait que des tableaux de piété pour honorer les mystères, pour peindre en elle l'image de Jésus-Christ souffrant et mourant. » C'est donc à Madelaine BouUogne qu'il faut attribuer le tableau du Salon de 1 704 représentant une Pensée de la Mort et inscrit simplement sous le nom de Mademoiselle BouUogne au livret.

3. Sainte-Beuve, Port-Royal, t. I, p. 25-26. Sainte-Beuve a emprunté ce renseignement aux Mémoires historiques de Guilbert sur Port-Royal, t. VI, p. 025.

4. Ces dessins appartiennent aujourd'hui à M. Gazier dont la collection de documents et d'œuvres jansénistes est très précieuse. On peut fixer la date de leur exécution. L'un d'eux, représentant le Cloître du monastère, est orné d'un cartouche sur lequel on lit : « Ce lieu n'était autre chose que la Maison de Dieu et la porte du Ciel. » Madelaine BouUogne les a donc exécutés après la destruction du couvent ; mais, comme elle meurt elle-même en 1710, c'est en 1709 ou 1710 qu'elle les a peints.

5. Les gravures de M. -M. Hortemels furent, paraît-il, saisies par la police, bien qu'on ait eu la précaution de remplacer sur le cartouche du Cloître l'inscription citée dans la note précédente par celle-ci : « Cloistre de Port-Royal des Champs ». Selon Sainte-Beuve, cette saisie fut opérée lors de la destruction du monastère, quoiqu'on ait représenté au magistrat que les gravures étaient faites et permises depuis longtemps. Sainte-Beuve ne donne pas ses sources et son affirmation est invraisemblable : plusieurs gravures portent en effet la 'date de 1710.

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