LA CHAPEI.LE DE VERSAILLES
c'est la plus caractéristique. Importante dans l'histoire de la peinture religieuse, elle l'est également dans la carrière de son auteur. Coypel avait déjà montré du goût pour le genre galant dans ses œuvres profanes, mais ses toiles religieuses étaient encore restées soumises à la discipline bolonaise, au point que Charles-Antoine Coypel, songeant sans doute à V Annonciation (fig. n" iq) et à la Résiirreclion de
four de la voûte on y peindroit plusieurs anges dans la douleur tenant des instruments de la passion.
»( La résurrection seroit représentée dans le cul-de-four de la grande voûte de la chapelle au-dessus du maître-autel.
(( L'ascension seroit représentée dans l'autre partie de la grande voûte, au-dessus de la tribune du Roy.
« L'espace du milieu de lad. grande voûte entre le cul-de-four et le dessus de la tribune seroit occupée par une gloire dans laquelle seroit représenté Notre- Seigneur Jésus-Christ, placé à la droite du Père Eternel dans la distance qu'il doibt estre et accompagné du Saint-Esprit représentant la très sainte Trinité avec la très sainte Vierge et les saints, les martirs et les anges qui participent à la gloire céleste.
« Dans les treize petites voûtes en cul-de-four des tribunes seroient représentées les apothéoses des douze Apôtres, six d'un côté et six de l'autre, et à celle du milieu, qui est seule, l'apothéose de Saint Louis, patron du Roy. Les huit petits autels des bas-cotez seroient dédiez, sçavoir : celui du fonds, au derrière du chevet, à Saint Louis, par le tableau de l'autel, dans lequel sera représenté un sujet de sa vie.
« Les deux à droite et à gauche, pareillement au derrière du chevet, seroient dédiez l'un à Sainte Thérèse, patrone de la Reyne, l'autre à Sainte Anne, patrone de la reyne-mère.
« Les trois autels des bas-cotez à droitte seroient dédiez : celuy du milieu à Notre-Dame-des-Victoires, patrone de Madame ladauphine; les deux autres, l'un à Saint Philippe, patron du roy d'Espagne, et l'autre à Saint Charles, patron de Mgr le duc de Berry.
« Les deux autels du bas-coté, à gauche, seroient dédiez l'un à Saint Denis, patron de la France, l'autre à Sainte Geneviève, patrone du diocèze de Paris, dans lequel la chapelle du château de Versailles est située.
« Le petit autel, qui sera dans les Tribunes, dans le renfoncement à coté de la chapelle de la Vierge, sera dédié à Sainte Adélaïde, patrone de Madame la duchesse de Bourgogne.
« Et dans les tableaux de tous ces autels seroient peints des sujets de la vie de chaque saint. »
Autre i)rojet inachevé (Archives Nationales, O* 17S4) :
« Pour peindre la chapelle de Versailles, on pourroit la dédier au Fils de Dieu, incarné pour le salut de tous les hommes, et traitter ce sujet depuis sa Nativité jusqu'à sa glorieuse Ascension.
« Le tableau du maître-autel représenteroit la Très Sainte Vierge au milieu des pasteurs dans le moment de la naissance de Jésus-Christ.
« Dans le cul-de-four de la voûte, au-dessus du maître-autel, on pourroit représenter la Résurrection.
« Dans la grande partie oposée au cul-de-four, au-dessus de la grande tribune du Roy, on y pourroit représenter l'Ascension.
« Dans toute la grande voûte, on représenteroit Jésus-Christ dans sa gloire, avec le Père Eternel et le Saint-Esprit, composant la Très Sainte Trinité, accompagnée de la Très Sainte Vierge, des Anges, des Évangélistes, des Apôtres, des Pères
LA CHAPELLE DE VERSAILLES lyS
la chapelle de Meudon*, a pu écrire que dans les scènes religieuses son père « vouloit par les yeux faire passer dans les cœurs les impressions de la plus saine morale- />. C'est dans la décoration de la chapelle de \^ersailles seulement qu'il rompt avec la tradition. Le Père Éternel dlg. n» 15), qui domine, au centre de la voûte, ressemble à l'aimable vieillard qui sera Y Hiver dans les petites allégories du siècle; il plane dans un ciel d'un bleu fade tandis qu'une infinité d'angelets petits, joufflus, roses et nus — des amours à la Boucher déjà, — s'accrochent par grappes aux guirlandes, volètent, bourdonnent autour de lui '. Il y a des anges aussi dans la Résurrection de La Fosse, toute voisine, mais au lieu d'enfantelets équivoques, ce sont des adolescents chastes, presque toujours drapés, distribués avec une grande modération. L'œuvre de Coypel est réellement médiocre ; malgré l'admiration assez aveugle qu'ils portaient au peintre favori du duc d'Orléans, les contemporains la critiquaient déjà : quand on découvrit la voûte pour la première fois, Louis XIV la jugea sévèrement' ; Piganiol exprima ses réserves dans d'habiles périphrases : « Il n'est pas donné à l'homme, dit-il, de peindre la Gloire telle qu'elle est. Il y a des sujets qui sont si fort au-dessus de l'imagination, qu'on ne doit pas s'attendre à les voir fidellement traités. Celui qui cherche à dévoiler cette divine Majesté en sera accablé... Mais à défaut de cette idée véritable que nous ne pouvons former dans cette vie, attachons-nous à celle que Coypel nous expose ici '» ; Charles-Antoine Coypel, enfin, avoua lui-même, un peu plus tard, que le désir de trop bien faire fit tomber son père dans l'erreur, et que « cette suavité, ce goût moelleux, cette
de l'Église et autres saints qui rempliroient toute la grande voûte. A l'autel de la chapelle basse, on pourroit y représenter l'Annonciation, qui est le commencement du mystère.
« A l'autel de la chapelle des Tribunes, la mort et le crucifiement de Jésus-Christ. Et dans tous les renfoncements des petites voiites de la Tribune et aux autres petits autels on pourroit y peindre les principaux miracles de la vie de Jésus-Christ.
« On représenteroit dans les tableaux des trois autels des sujets de saint Louis, de sainte Anne et de sainte Thérèse... »
1. Gravées par P. Drevet et J. Audran. La Résurrection était au maître-autel et l'Assomption sur un autre autel.