LA PEINTURE RELKJIKUSE DE JOUVENET
ses contemporains, peindre un véritable cadavre : le corps de son Christ est affaissé — seuls les bras qu'on vient de déclouer sont encore raides — • et la tête retombe lamentablement sur Tépaule. Nous voilà loin déjà de l'idéalisme et de la convention traditionnels ! Le Repas che^ Simon^ la Résurrection de La-are^ Jésus chassant les Marchands du Temple et la Pèche miraculeuse^ (Musée du Louvre) sont également d'inspiration réaliste. Jouvenet ne peignit la Pèche miraculeuse, dit un biographe, qu'après un voyage à Dieppe où « il... fit un nombre considérable d'études, examinant avec une attention scrupuleuse les tons et les beautés propres des trois éléments réunis ->/. Sa sincérité religieuse et sa sincérité artistique sont peut-être plus sensibles encore dans une petite toile du Louvre, la Messe du Chanoine de La Porte^ commandée par le chapitre de l'église métropolitaine en l'honneur du vieux prêtre qui avait consacré sa vie à l'embellissement de la cathédrale : le chanoine, courbé par l'âge, accompagné d'enfants de chœur qui portent des cierges allumés, bénit une servante, un enfant, des seigneurs, des religieuses agenouillés dans l'église silencieuse, pendant qu'un diacre descend les marches de l'autel; tous les personnages de la scène vivent et prient dans une atmosphère recueillie. Jamais un contemporain de Le Brun n'eût célébré la piété, la générosité du vieux chanoine sans une allégorie pompeuse et compliquée ; Jouvenet, au contraire, n'introduit pas un ange, pas un génie, pas un saint, pas une \"ertu dans sa composition. Aussi faut-il réformer le jugement de Charles Blanc : cet artiste « est de Bologne bien plus que de Rouen '* ». Si Jouvenet n'est pas de Rouen, il est d'Anvers bien plus que de Bologne.
Ensuite, quand un portraitiste de tempérament, comme Rigaud ou Largillière, peint une œuvre religieuse, il n'apporte pas à sa composition les préoccupations des peintres qui, par métier, passent leur vie à besogner pour les chapitres et les couvents. La
à Jouvenet. Selon Leroy, Histoire de Jouvenet. il y avait autrefois une peinture représentant le même sujet attribuée au peintre à Notre-Dame-de-la-Gràce, prés Ronfleur, et une autre dans la chapelle du château de la comtesse de Sainte- Chaune à Ecuny-Champigneules. A Toulouse il existe également une Descente de Croix de Jouvenet, datée de 1714.