‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 151 sur 273 · D'Argenville, édit. de 1762, t. IV, p · texte numérisé non relu

D'Argenville, édit. de 1762, t. IV, p

4. Piganiol note seulement la Manne et le Sacrifice de Melcitisse'dec par Charles- Antoine Coypel(i7i4-i7i5), le Sacrifice d' Abraham et Elisée dans le Désert par Francisque Millet à Saint-NicoIas-du-Chardonnet, Melchissédec allant à la rencontre d'Abraham et David qui obtient de Dieu la cessation de la peste h l'abbaye de Saint- Victor.

5. Le Frappement du rocher., V Evanouissement d'Esther, Isaac bénissant Jacob, le Songe de Jacob, le Sons^e de Joseph.

LA SAINTE THÉRKSK DE SANTERRE i83

donné par Mme de Maintenon dont le Cabinet, à Meudon, est orné d'Abig-aïl qui porte des i^h'res à Dai'id par Louis de Boullogne, de la Reine de Saba portant des présents à Salomon par Poerson, de Moïse et les filles de Jéthro, par Ubeleski, de Moïse sauvé des eaux par Nicolas Colombel. Mais la peinture du Nouveau Testament portait aussi en elle-même des éléments d'évolution assez puissants. Le type des Madeleines élégantes et des Vierges doucereuses inspiré du Guide et de l'Albane est toujours à la mode : on le retrouve par exemple, — si la gravure est fidèle, car l'original est perdu, — dans la Vierge de r Annonciation (fig. n" 19) peinte par Ant. Coypel à la chapelle de Versailles; Bon BouUogne* et ses élèves -n'en connaissent pas d'autre, et une simple exagération de sa joliesse et de sa mièvrerie suffit à le transformer en type moderne, mondain et galant.

C'est dans la Sainte Thérèse de Santerre, posée en 1709 à la chapelle de Versailles, que les critiques .du xviii" siècle notent pour la première fois des intentions libertines-;: << Les caractères des têtes sont si beaux, écrit d'Argenville, l'expression et Taction en sont si vives, qu'aux personnes scrupuleuse ce tableau paraît dangereux, et même les ecclésiastiques évitent de célébrer nos saints mystères à l'autel de cette chapelle^ ». Si l'œuvre n'avait pas pris en quelque sorte la valeur d'un manifeste pour les contemporains, nous ne la citerions même plus : elle est maladroitement composée, médiocrement peinte et, en somme, assez peu audacieuse; presque tous les autres tableaux de Santerre lui-même sont plus élégants, plus libertins, et il y avait infiniment plus de jeunesse, plus de grâce mondaine sous l'austérité des voiles, plus de vie et plus de passion, sans que personne l'ait remarqué, dans la Sainte Thérèse de Mignard peinte quelques années plus tôt. Mais c'est après 1709 que les imaginations galantes deviennent très abondantes dans les tableaux d'église. Quand Gillot se présente à l'Académie le 26 juillet 1710, de Troy, directeur de la Compagnie, lui propose

1. On présenta un jour à Monsieur, frère du roi, une toile de BouUogne sous le nom du Guide. Avant de l'acheter, le prince la montra à Mignard qui confirma, paraît-il, l'attribution (Abbé de Fontenai, Dict. des artistes, 1776, t. I, p. 237;. L'anecdote serait-elle controuvée et n'aurait-elle qu'une valeur symbolique, elle serait encore intéressante.

2. On peut s'étonner du titre de peinture de chevalet appliqué à une toile des dimensions de la Sainte Thérèse, mais, pour les contemporains, est tableau de chevalet « tout ce qui n'est point plafond, galerie et autres grands ouvrages de cette nature qui ne peuvent estre finis comme un tableau qu'un peintre travaille chez luy à loisir et qu'il fait entier luy-même » {Mercure galant, mars 1690, p. 208-209).

Page 1