Vie des premiers peintres du roi, t. II, p
4. Cela fait en tout douze morceaux. D'Argenville, dans VAbregé de la vie des peintres 1762, t. IV, p. 342, commet donc une erreur quand il dit qu'au Palais- Royal, Coypel « a représenté à l'huile quatorze sujets de l'Enéide, dont sept peints sur toile couvrent les murs, en face des croisées ; les sept autres ornent le plafond qui est cintré. »
l'histoirp: d-i:nke par Antoine coypel 201
en 1716, dit Ch. -Antoine Coypel, Coypel partagea « son temps entre les grands morceaux qui lui restaient à faire pour la galerie du Palais-Royal et une nouvelle suite de tableaux des principaux sujets de ï Iliade ' />.
Dans une décoration peinte en 1705 pour le duc d'Orléans on s'attendrait à trouver des imaginations plus aimables, plus galantes encore que dans les tableaux de Meudon ; Coypel s'efforce au contraire d'être sérieux et môme austère dans ses compositions du Palais- Royal. Il néglige comme à dessein l'histoire amoureuse de Didon et d'Énée, choisit les épisodes héroïques de leur légende, surcharge maladroitement ses sujets et tente vainement de donner à ses figures des attitudes majestueuses. Ainsi, dans la Mort de Pallas oi^i il veut évoquer la pompe de funérailles guerrières, il accumule gauchement les personnages , les accessoires inutiles et tombe dans des détails ridicules :
le cheval de Pallas, par exemple, l'air attristé, suit le corps de son maître. Dans Jiinon commandant à Eole de déchaîner les vents (fig. n" 28), Junon essaye, sans y parvenir, d'atteindre à la majesté, et dans la même toile, les petits dieux du vent cherchent en vain l'extrême force. A peine retrouve-t-on les qualités de grâce et d'abandon du peintre dans quelques figures isolées ou dans quelques groupes, dans les trois suivantes au minois fripon, au
OCJ.
GABRIEL REVEL. — PORTRAIT DE JEAN Dl BOIS, SCULPTEUR DIJONNAIS.
(Musée de Dijon.)
I. Vie des premiers peintres du roi. t. ]l, p. 33. — Toute la partie terminée en 1705 étaitprobablement à l'huile sur enduit; les tableaux de 1716, au contraire, étaient tous sur toile. Aucun texte ne signale cette différence d'exécution ; mais, tandis que le plafond et les voussures disparaissent à la tin du xviii'= siècle avec les constructions, toute la
002 I.'IIISTOIRE DÉNEE PAR ANTOINE COYPEE
regard espiègle, assises sur les marches du trône où Didon reçoit Enée (fig. n''3o), dans les Nymphes qui accompagnent Junon déchaînant les vents (fig. n" 28), dans les Naïades qui entourent Neptune arrêtant la tempête ou dans les Amours de Vulcain montrant à Vénus les armes d'Énée, spirituels petits dieux, joueurs et potelés. Encore n'est-ce pas dans les originaux qui subsistent, ou dans les gravures, que Ton goûte bien le charme de ces morceaux, mais dans les nombreux croquis préparatoires de Coypel conservés au Musée du Louvre (fig. n'" 31,32, 33 et 34). Dans ces études sincères l'artiste s'abandonne sans contrainte à son goût pour les figures aimables, il invente des attitudes d'une souplesse, d'une variété charmantes et combine très heureusement les trois crayons pour rendre le moelleux et le frissonnement des chairs.
Ces dessins rendent plus sensible encore la froideur des compositions' ctlaissent clairement entendre que le peintre a volontairement contraint son génie naturel dans la décoration du Palais-Royal. On discerne assez facilement la raison de son effort maladroit. Coypel était premier peintre du duc d'Orléans et tenait auprès du prince
décoration murale est sauvée : la plupart des toiles, sept exactement, sont alors portées à Saint-Cloud. Une brochure anonyme, Curiosités du cluileau de Saiut- Cloud, à Paris, mdcclxxxiii, de l'imprimerie d'Houry, signale à Saint-Cloud le salon d'Énée contenant sept peintures d'Ant. Coypel provenant du Palais-Royal : Etiée emportant son père Ancliise ; le Moment oii Didon, dans le temple, aperçoit EiTéù qu'un muge dérobait à sa vue; la Mort de Didon; Jupiter apparaissant à Enée; la. Descente aux Enfers; la Mort de Pallas; la Mort de Turnus. Il nous reste quelquesuns de ces morceaux et quelques esquisses préliminaires : à Nantes, par exemple, Didon aperçoit Enée ; a Grenoble, Enée arrivant à la Cour de Didon (esquisse); Vénus demandant des armes pour Énée; iOlympe (esquisse), à Angers ; à Montpellier, Énée emportant Ancliise; Mort de Didon. Toutes les compositions ont été gravées par Tardieu, B. Picart, Thomassin^ Surugue, Desplaces, Beauvais, Poilly, Duchange. Les planches existent encore à la chalcographie du Louvre.
I. Malgré leur infériorité, les peintures du Palais-Royal enthousiasment les contemporains, et l'Histoire d'Énée est plus que jamais le thème favori des artistes au début du xvin", siècle. Une scène surtout tente les peintres : Vénus demandant à Vulcain des armes pour Énée. Ubeleski, François Marot et Jouvenet l'exposent en 1704; Samuel Massé la donne comme morceau de réception en lyoS ; Nicolas Vleughels la peint aussi. On la trouve à deux reprises sous le pinceau de La Fosse, qui compose également une Déification d'Énée et Enée blessé retourne à la bataille (ces deux dernières œuvres aux musées de Toulouse et de Nantes). Le livret du Salon de 1704 indique encore Enée et Didon dans un festin, de Fr. de Troy; Vénus envoyant Énée à Cartilage, de Vernansal et de Pierre Gobert. La même année, Sébastien Le Clerc propose la Purification d'Énée comme morceau de réception. Michel Corneille peint aussi Enée sauvant sa famille; l'Hymen de Didon et d'Enée; la Déification d'Énée (autrefois dans la galerie du comte de BrLihl à Dresde, gravés par Moitte), et Colombel, Énée enlevé au ciel par Vénus. Les sculpeurs sont atteints par la contagion. On voit au Salon de 1704 des Énée de Regnauldin et de Cornu ; Lepautre et Cayot en sculptent dans le même temps.
DECORATION DE EA CHANCEEEERI i: DOKEEANS 2o3
la place que Le Brun avait occupée auprès de Louis XIV: il ordonnait les acquisitions de tableaux, dessinait les meubles et les serrures, dirigeait toute la décoration du Palais-Royal'. Mais son ambition s'accrut avec sa fortune; il rêva d'être Premier Peintre du roi, et comme Le Brun, arbitre de l'École entière. Pour y parvenir, il voulut flatter les goûts du vieux monarque et dans les grandes peintures qui pouvaient tomber sous ses yeux, il évita soigneusement les mythologies amoureuses, s'efforça même de peindre comme un contemporain de Le Brun". Ce calcul est certain. Si Coypel avait été sincèrement converti à la mythologie traditionnelle et ennuyeuse en 1705, il n'aurait pas peint, en 1708, le Triomphe des Amours sii?^ les Dieux au plafond de la Chancellerie d'Orléans, cette œuvre aimable, souriante et spirituelle, que Charles-Antoine Coypel décrit ainsi : « On y remarque un de ces petits dieux qui s'élève en riant sur l'aigle de Jupiter; mais celui qui ose entreprendre de se saisir de la foudre se brûle, se repent et s'enfuit. Un autre, plus opiniâtre, s'apperçoit avec dépit que tous ses traits se brisent contre l'Égide de Minerve et tente inutilement de nouveaux efforts. Le Tems arrête par l'aile le téméraire qui vient d'enlever son horloge et safaulx^» Coypel pouvait sans se compromettre s'abandonner ici à sa passion pour le joli, pour le galant : la Chancellerie d'Orléans était habitée par Mlle de Séry, une des maîtresses du Régent \
Le Triomphe des Amours sur les Dieux paraît être la seule œuvre de. mythologie galante peinte par Coypel pour le duc d'Orléans. Il ne semble pas que l'artiste ait donné à son protecteur des petites toiles comme Vé?ius et Flore, Vénus sur les eaux, V Arrivée de Bacchus à .Vtî.vo^ qu'il avait composées pour Monsieur avant 1 701 : nous sommes, il est vrai, assez mal renseignés sur ce point. Dubois de Saint-Gelais
1. Champier et Sandoz, le Palais-Royal^ t. I, p. 260. Dans le Catalogue de la vente du cabinet de Ch.-Ant. Coypel par Mariette, on note, n" 352, des « desseins coloriés pour des meubles qui ont été exécutés au Palais-Royal et dont l'invention est de M. Antoine Coypel. »
2. Ch.-Ant. Coypel dit que son père vit, dans la décoration du Palais-Royal, une belle occasion de « donner des preuves de Vabondance et de Vélévation de son génie » {Vie des premiers peintres, t. II, p. 18). Les eiforts de l'artiste restèrent infructueux d'ailleurs : le poste de Premier Peintre, vacant depuis la mort de Mignard, ne fut pas pourvu, par économie, jusqu'à la mort de Louis XIV. Le Régent, quand il arriva au pouvoir, le rétablit en fayeur de Coypel.