I-A MYTHOLOGIE DANS L'ŒUVRE DE WATTEAU
qui décrit la galerie du Régent en 1727 y signale à peine trois tableaux contemporains' et pas une mythologie. Ily avait certainement d'autres œuvres modernes au Palais-Royal pendant la Régence : nous en connaissons que Saint-Gelais ne cite pas" ; cependant il est possible que Coypel ait été trop occupé à de grandes commandes après 1703 pour composer des œuvres de chevalet. Ce n'est qu'une hypothèse, mais Charles-Antoine Coypel semble la confirmer quand il écrit : « Ce fut dans ce temps [du vivant de Monsieur) que notre Peintre produisit nombre de tableaux de chevalet' ». D'ailleurs, le duc d'Orléans n'impose pas son goût par une infinité de commandes, comme Louis XIV, et si les biographes notent sans cesse les caresses dont il accable les peintres, ils ne peuvent presque jamais indiquer les travaux qu'il leur confie.
Les dieux galants qu'Antoine Coypel et ses contemporains peignent à Trianon, à la Ménagerie, à Meudon et à la Chancellerie d'Orléans préparent les dieux libertins qu'imaginera Watteau après 1710; l'œuvre mythologique de Watteau marque pourtant une étape nouvelle dans l'histoire du genre, La composition gardait encore une certaine retenue en 1710, la fantaisie restait discrète, d'habiles concessions à la tradition voilaient les audaces qu'on n'avouait pas encore volontiers en public. Personne n'ignorait à la cour qu'Antoine Coypel avait peint dans VOlympe, au Palais-Royal, les plus jolies femmes de son temps, mais ceux qui voulurent voir des portraits dans les déesses furent déçus, dit son fils, car l'artiste prit un tel soin d'idéaliser les têtes qu'on ne reconnut plus les modèles. Watteau n'a plus ces scrupules, — peutêtre parce qu'il a peu fréquenté l'École académique. Les interprétations traditionnelles ne le préoccupent pas plus que l'opinion du roi. D'instinct il choisit les sujets où dominent les nudités féminines et les groupes galants : V Amour désarmé, ï Amour mal accompagné, Y Enlèvement lV Europe, le Triomphe de J^énus, VAntiope, et il les traite avec un réalisme naïf et supérieurement élégant. Très simplement il va jusqu'aux limites extrêmes du libertinage. Jamais l'exactitude archéologique ne le préoccupe; voyez \e Jugement de Paris au Musée
1. Dubois de Saint-Gelais, Description des Liblejii.v du PjLns-Roj'al. Paris, 1727, in-i2. Les trois tableaux sont : le Portrait de la Palatine, de Rigaud; le Régent et Mme de Parabère, de Santerre; la Danse villageoise, de Watteau.
2. Par exemple, le Télémaque che^ Calypso, de Jean Raoux. D'autre part, Ch.-.\nt. Coypel, dans la Vie des premiers peintres, t. II, p. i5, écrit : « Ce portrait (par Antoine Coypel) est aujourd'hui dans le Cabinet de M. le duc d'Orléans, avec des tableaux de Tobie et d'Athalie, peints de la même main ».