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CHAPITRE XI

LA PEINTURE D'HISTOIRE

HISTOIRE CONTEMPORAIXE ET PEINTCRE DE BATAILLES

W^^^'^'f^^^ es représentations d'événements contemporains, très

nombreuses dans la production artistique du vivant de Le Brun, deviennent rares après iboo. Seuls le roi et la Ville en commandent encore dans la dernière partie du règne; M. d'Aubigny qui fait inscrire par Henri de Favanne les grands faits du règne de Philippe V aux murs du château de Chantelou est une exception". Sous l'ancien régime d'ailleurs, au temps de Louis XIV surtout, la peinture d'histoire contemporaine ne peut vivre sans succès militaires et sans prospérité intérieure, car elle est strictement réservée à l'exaltation du monarque. Or après 1690 les années sont tristes pour le souverain. Depuis longtemps déjà l'Académie ne consacre plus ses concours annuels à l'illustration des victoires royales et les peintres cherchent en vain des sujets pour leurs morceaux de réception dans les événements contemporains : c'est à peine si en 1702 François

1. Voy. les illustrations de ce chapitre de la page 145 a la page i(J3, fig. n"*' 45 à 48.

2, Mém. inéd., t. II, p. 241-243. Autre exception : le prince de Condé faisant peindre à Chantilly les hauts faits de son père.

2o8 I-A SUITE DE 1/ " HISTOIRE DU ROI"

Marot peut célébrer la Paix de Rrswick sous l'allégorie d'Apollon ramenant au ciel la Paix, accompagnée de l Abondance, pour proléger les lettres et les arts', et Henri de Favanne en 1704, l'Espagne o/frant la (louronne au duc d'Anjou'.

De 1O90 h 171 5 la vie de Louis XIV ne sert de thème qu'à une seule série de compositions importantes': une suite aux cartons de l'Histoire du Roi, par Le Brun, commandée à onze artistes en 1710. Antoine Dieu est chargé de peindre la Naissance du dauphin; Joseph Christophe, le Baptême du dauphin; Bertin, le Mariage du duc dj Bourgogne; Ubeleski, le Lit de Justice; Houasse, la Réception des ybnbassadeiirs siamois; Marot, VOrdre de Saint-Michel; Dulin, VÉtahlisscmenl de r Hôtel des Invalides; Halle, ï Audience du doge de Gênes; Vernansal, Louis XU" en actions de grâce après sa maladie; Silvestre, l'An-irée en France du ?^oi et de la reine d'Angleterre; J.-F. de Troy, la Promotion de l'Ordre du Saint-Esprit '. Les esquisses sont composées l'année même de la commande et les artistes touchent aussitôt une provision de 200*; les cartons définitifs sont payés (3,800"^) en 1715- 171D, et la livraison a immédiatementprécédé le règlement''. Silvestre, de Troy, Ubeleski, Marot n'achèventsansdoute jamais leurs tableaux ; après 1 7 10, en effet, on n'entend plus parler de leurs esquisses ; peut-être la surintendance les décommande-t-elle comme elle a décommandé, pendant la guerre de la ligue d'Augsbourg, une partie

1. Proc.-verb., t. III, p. 33<j, séance du 24 mars 1702. Le tableau est au Musée de Tours.

2. Proc.-verb., t. III, p. 400-401, séance du 23 août 1704. Le tableau est au château de Versailles, au-dessus de la porte du salon d'Apollon. Nicolas Guérin, dans sa Description de l'Académie en 1715, donne, page 204-206, une description de cette allégorie compliquée.

'3. On trouve encore moins de tableaux d'histoire nationale rétrospective que d'histoire contemporaine. Les peintres de l'ancien régime ont, d'ailleurs, presque toujours négligé l'histoire nationale rétrospective. S'ils ont mis à profit la vie de saint Louis, c'est en sa qualité de saint, non en sa qualité de roi. La petite allégorie, peinte en \-]()\ par Louis de Boullogne et représentant la Protection accordée aux lettres et aux arts par François I" est à signaler comme une rareté : elle est actuellement à Fontainebleau.

4. Il faut rapprocher de ces œuvres un tableau de Jouvenet (le n" 20 du Musée de Nîmes) représentant la Mort du Dauphin. II n'était certainement pas destiné au roi ; on ne peignait pas ces sujets dans les séries officielles. Peut-être Jouvenet le composa-t-il simplement pour un graveur. Une multitude de gravures reproduisaient les événements importants, et nous verrons qu'on les exécutait souvent d'après des tableaux peints uniquement pour cet usage.

5. Voy. par exemple, dans les Comptes de i7ir) : « Au s'' Christophe, peintre, 3,800"^ pour, avec 2oo'**' à luy ordonnées le 10 may 1710, faire le parfait payement de 4,000"^ pour un tableau représentant \q Baptême de Mgr le dauphin, qu'il a fait pour le service du roy pendant 1715 ». Dulin même ne livre et n'est payé qu'en 1717.

TRADiriON DANS l.A l'LlNTLRt: DlIISrOlRL: CONTEMPORAINE

des peintures de Trianon. La série subit encore d'autres modifications avant son achèvement : le carton primitivement} demandé à Dulin est définitivement confié à Antoine Dieu; R.-A. Houasse meurt après avoir peint son esquisse et Louis Dumesnil est chargé de l'agrandir*.

Presque tous les peintres qui collaborent à Y Histoire du Roi sont jeunes en 1710 et appartiennent à une génération élevée déjà dans le goût du réalisme ; cependant ils continuent très exactement, très respectueusement l'œuvre de Le Brun' dans cette série. La Naissance et le Mariage du duc de Bourgogne d'Antoine Dieu, son Baptême de Joseph Christophe, VEtablissenient des Invalides de Pierre Dulin, conservés à Versailles, sont des oeuvres ennuyeuses et médiocres, à peine plus vivantes et plus iïolchesquele Maf^iagede Louis XI l^ par Le Brun ou la Visite du Roi aux Gobelins par de Sève, d'après Le Brun, exposés dans des salles voisines. C'est que dans l'interprétation des cérémonies officielles la tradition et le protocole s'imposent aux peintres plus longtemps que dans les autres genres. Watteau luimême ne sait pas encore échapper à leur contrainte : dans une petite toile, le Roi mettant au duc de Bourgogne le cordon bleu du Saint-Esprit ■^' (fig. n" 43), gravée par Nicolas de Larmessin et reproduite presque exactement par Antoine Dieu dans sa Xaissance du dauphin, il n'ose pas s'abandonner à sa fantaisie qui lui eût inspiré peut-être une œuvre charmante ; il s'efforce d'être noble et n'est qu'ennuyeux; il est de plus très

JM

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