‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 170 sur 273 · Autrefois dans le cabinet de M. de Julienne · texte numérisé non relu

Autrefois dans le cabinet de M. de Julienne

2IO ■•Rli:(:EPTION DES AMBASSADEURS DE PERSE" PAR A. COVPEE

maladroit : bien que la scène se passe en 1682, il peint un Louis XIV très vieux, et il habille ses personnages à la mode de 1710, sans songer que les costumes ont changé depuis trente ans*.

Libérés de la tradition les tableaux d'histoire contemporaine auraient sans doute été très vivants, au début duxviir siècle. La jolie esquisse d'Antoine Coypel, la Réception des Ambassadeurs de Perse, au musée de V^ersailles, en fournit la preuve. Dans la Galerie des Glaces, les envoyés s'inclinent devant Louis XIV, impassible sur son trône, leurs visages penchés curieusement colorés parles reflets des tapis verts; la foule des courtisans se presse, au fond, contre les glaces, et la lumière accroche des taches claires aux chamarrures des hommes et aux coiffures des femmes. L'œuvre est d'une jeunesse, d'une liberté, d'un coloris tellement inattendus en 171 5 dans un tableau d'histoire contemporaine, que longtemps on en a refusé la paternité à Antoine Coypel pour l'attribuer à Jean François deTroy". Le doute n'est pourtant pas possible : la scène est prise sur le vif, et nous savons qu'à l'audience du 19 février 171 5 Coypel se trouvait au bas du trône « pour faire le tableau de la cérémonie >/. 11 n'était pas encore Premier Peintre, mais il remplissait les fonctions delà charge ; seul il avait qualité pour assister à la réception : de Troy, tout jeune encore, n'y pouvait être admis. Coypel, d'ailleurs, ne peignit sans doute jamais le tableau que préparait cette esquisse, puisque les Comptes ne le mentionnent pas. On ne doit pas trop le regretter : gêné par la tradition et par le protocole, il eût probablement contraint son inspiration.

Mais peut-être Louis Dumesnila-t-il emprunté la composition de Coypel dans son carton de VHistoire du Roi. A la mort de Houasse en 1710, Dumesnil avait obtenu, nous le savons, la commande de VAudience des Ambassadeurs siamois, et comme son tableau n'était pas encore exécuté en 1715, le sujet en fut modifié après la cérémonie du 19 février, et c'est le feu Roy Louis XI J' qui donne audience à l'Ambassadeur de Perse dans la grande galerie du château de \^ersailles que l'artiste livra en I7I6^ Seuls le carton original, une gravure, une description précise — et nous n'avons aucun de ces élé-

1. 1^. Mantz, dans son Wjilcau, 1S92, p. 04 et suiv., a indiqué les erreurs matérielles que contient le tableau de Watteau et a présenté des hypothèses vraisemblables au sujet des circonstances dans lesquelles il fut peint.

2. C'est sous ce nom qu'elle était cataloguée dans la collection Rothan avant d'arriver à Versailles.

3. Engerand, Inventaire des tableaux commandés et achetés. ..^p. 171, d'après Vl'ltat des oiivraf(es de peinture faits pour le service du roy depuis 1 j 1 (> jusquen ij-jq {.{rch. ^'at., Qi 1934 ■■).

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LARGlLLlLRli PEINTRE D'HISTOIRE CONTEMPORAINE 211

ments — prouveraient irréfutablement que Dumesnil travailla sur Tesquisse de Coypel, mais l'hypothèse est très vraisemblable : le Musée de Saintes possède, en effet, une réplique de la petite toile de Versailles' qui pourrait fort bien être de la main de Dumesnil, et nous savons déjà que plusieurs artistes médiocres travaillèrent sur des dessins de maîtres pour V Histoire du Roi : Joseph Christophe mit simplement à l'échelle le Baptême du dauphin de Le Brun, et, dans la Réception des Ambassadeurs siamois Houasse devait reproduire un projet du Premier Peintre signalé dans l'Inventaire de 1691 -.

Ce fut Largillière qui peignit sans doute les meilleurs tableaux d'histoire contemporaine de ce temps : le Festin donné par la Municipalité à Louis XW en i68~; le Mariage du duc de Bourgogne avec Marie-Adélaïde de Savoie (1697) (fig. n" 44) %• V Avènement du duc d'Anjou à la couronne d'Espagne, peut-être les Fiançailles de Louis XV avec Marie-Anne Victoire. Nous n'avons plus à Paris que la petite

1. Comparée à une photographie du tableau de Versailles, cette réplique semble absolument identique. Seules, les dimensions changent : elles sont à Versailles o m. 70 sur I m. 53; à Saintes, o m. 92 sur i m. 3o. Le tableau de Saintes, qui ne porte ni signature, ni marque d'inventaire, est entré au musée avec le legs Lemercier.

2. Voy. Engerand, Inventaire de Bailly, p. 327. C'est en 1686 que les ambassadeurs avaient été reçus. {Mercure galant, novembre 1686.) Louis XIV, et après lui le Régent font volontiers représenter les ambassadeurs exotiques qui viennent à la cour. Avant les Ambassadeurs siamois de Le Brun, Ant. Coypel, tout jeune encore, peint (en 1682 probablement) une curieuse petite œuvre : les Ambassadeurs de Perse à l'Opéra. (Musée de Versailles. Voy. sur cette toile, Engerand, Inventaire de Bailly, p. 456, et J.-J. Marquet de Vasselot, Revue de l'Art anc. etmod., i8f)8, t. I, p. 456 : Une œuvre inconnue d'Antoine Coypel.) Coypel encore est chargé en 1721 de dessiner, pour les Gobelins, la Réception de Mehemet Effendi, ambassadeur de la Sublime Porte. Mais il est vieux à cette date ; il vient de perdre sa femme, de perdre sa fortune dans la débâcle delà Banque, il va bientôt mourir et travaille peu : il peut à peine commencer les études préliminaires {Xouveau Mercure, 1721). C'est peut-être aussi en 1721 que Ch. Parrocel peint l'Entrée aux Tuileries de Mehemet Effendi... Ce n'est pas seulement le pittoresque des groupements, la somptuosité des costumes qui plaisent à Louis XIV dans ces sujets, il importe aussi à la politique du roi et à son orgueil de perpétuer le souvenir des hommages rendus à sa puissance par les Orientaux.

3. Ce Mariage du duc de Bourgogne est un des sujets d'histoire contemporaine les plus traités du temps. Nous en connaissons au moins trois représentations importantes : celle de Largillière, dont il nous reste la gravure exécutée par Née ; celle d'Ant. Dieu, commandée en 1710 pour les Gobelins, celle de François de Troy, enfin, qu'on a longtemps confondue avec celle de A. Dieu et où le duc, en costume de cour, entouré de nombreux témoins, donnait la main à Marie-Adélaïde de Savoie et recevait la bénédiction nuptiale du cardinal de Coislin. On ne sait pour qui fut exécuté ce tableau qui n'est pas mentionné aux Comptes et dont on ne connaît plus qu'une esquisse, exposée en 1879 à l'Exposition des Portraits nationaux au Trocadéro. Voy. Jouin, Notice... des peintures, .sculptures... exposées dans les galeries des portraits nationaux au palais du Trocadéro, p. 35-36.

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