LES STYLES DANS LE PAYSAGE
comme on s'imagine qu'elle devroit être* ». Plus souple, le style pastoral n'est pas moins factice : les campagnes cultivées n'y ont pas de place, mais seulement les sites abandonnés aux caprices de la nature : « Dans ce style les sites souffrent toutes sortes de variétés; ils y sont quelquefois assez étendus pour... attirer les troupeaux des bergers, et quelquefois assez sauvages pour servir de retraites aux solitaires et de sûretés aux animaux sauvages" ».
Héroïque ou pastoral, le paysage relève du genre historique ; une scène s'y déroule toujours dont les personnages sont choisis parmi les figures traditionnelles de la grande peinture : des cavaliers allant au combat, des divinités mythologiques, des solitaires, des Madelaines, des Fuites en Egypte illustrent les sites héroïques; des bergers, des chevriers, fils dégénérés des bergers d'Arcadic, animent la € nature » pastorale. Cependant presque tous les peintres d'histoire méprisent le paysage; R.-A. Houasse qui s'y occupe assez volontiers est une exception ^ De Piles écrit en vain que le genre est le plus agréable de tous, parce qu'il est le plus varié, « parce que de toutes les productions de l'art et de la nature il n'y en a aucune qui ne puisse entrer dans la composition de ses tableaux* » : il ne convainc pas ses contemporains. Pour peu qu'il sache composer une scène, un artiste la développe toujours aux dépens du fond afin d'entrer à l'Académie avec le titre de peintre d'histoire qui seul lui permet d'aspirer aux grades.
Au début du xviir siècle, le paysage héroïque est en décadence. Quelques morceaux de réception, l'œuvre de Pierre Patelle fils^, des tableaux isolés, comme le Moïse sauvé d'Allegrain à l'Ermitage, relèvent seuls de lui avec les fonds de tableaux d'histoire. C'est dans ce dernier domaine que le genre a conservé son caractère traditionnel le plus pur depuis Poussin. Poussin encadrait toutes ses compositions de sites romains : il peignit Orphée et Eurydice au bord du Tibre, près du pont et du château Saint-Ange; la pyramide de
1. De Piles, Cou?\s de peinture par principes^ éd. de 1767, p. i58.