Proc.-verb., t. 111, p. aSg
3. 0 On estime aussy les paysages de Charles Hérault imitateur de la manière de Forest ». Abecedario, t. II, p. 25 1.
Cliché Braun. Clément et C"
riG. 65. — JKAX JOUVENET. — PORTRAIT DE KAGON, PREMIER MÉDECIN DU ROI.
(Musée du Louvre )
228 VA-\ \J\Ai MEUI.FN ET L'K\'OI .UTION DU PAYSAGE
paysages simples, vrais et colorés, mais quand cette évolution s'accomplira les peintres interpréteront depuis longtemps la nature avec sincérité. Pour s'imposer en France, le paysage flamand ne combat pas le paysage italien : il l'ignore, et il a déjà conquis l'école entière qu'on remarque à peine sa présence. Le Brun lui-même assure son succès en protégeant Van der Meulen qui ne peint pas une bataille, pas un siège de ville, sans avoir croqué le décor sur le terrain'. Van der Meulen n'entend rien sans doute au jargon des paysagistes de son temps qui croient à la valeur des mots techniques, qui ne parlent que de sites, de fabriques, de terrasses, d'accidents"... mais il s'efforce de rendre l'infinie variété des saisons et des heures, les colorations chaudes et veloutées des campagnes du Nord sous des ciels gris. Seul de son temps peut-être, il observe la loi de la perspective aérienne ; sur trois pouces de toile il déroule des plaines à perte de vue, donne aux lointains leur valeur et noie les horizons sous de délicates brumes bleutées. Sans autre souci que l'exactitude, il atteint à la grandeur mieux que tous les fabricants de nature héroïque qui la recherchaient obstinément.
Van der Meulen meurt en 1690, mais ses disciples directs. Sauveur le Comte, J.-B. Martin et P.-D. Martin, continuent son œuvre. Comme il n'y a plus de victoires à commémorer, ils peignent de simples paysages. Leur manière est admise dans les commandes du roi au même titre que la formule traditionnelle; elle séduit sans peine la jeune génération, élevée déjà dans le goût de la simplicité, de la <<" rusticité» dira Diderot, et bientôt tous les artistes croquent des coins de nature comme ils croquent des silhouettes, notent un joli ciel comme ils notent un geste agréable : ils font du paysage sans le savoir, comme M. Jourdain faisait de la prose. Le sentiment de la nature, qui ne reparaît dans la société et dans la littérature qu'avec Rousseau, retrouve sa place dans l'art dès le début du xviiT siècle.
Si Van der Meulen avait inspiré une nouvelle tradition, il eût été aussi néfaste que Poussin au développement du paysage. Personne, heureusement, ne songe à l'imiter servilement. Tous les peintres après lui s'efforcent d'interpréter la nature selon leur tem-
1. On conserve encore à la manufacture des Gobelins un grand nombre de croquis exécutés par Van der Meulen, et nous connaissons tous les voyages qu'entreprit le peintre pour illustrer les conquêtes du roi. Voy. Mémoire de Van der Meulen, des travaux qu'il exécuta pour le roi depuis i 6(j(i jusqti'à 168O environ, publié dans les Nouv. Arch. de l'art franc., année iSS3, et dans l'Inventaire de Bailly^p. 426 et suiv..par M. Engerand.
2. De Piles, Cours de peinture par principes 1767, p. iGi et suiv.
DKSPOR'IKS ET OUDRY, 1>AYSA(]ISTES 229
pérament. Leurs biographes nousapprennentqu'ils partent à la découverte des campagnes voisines : Desportes allait souvent travailler aux champs et il y portait -'< ses pinceaux et sa palette toute chargée dans des boîtes de fer-blanc, il avait une canne avec un bout d'acier long et pointu pour la tenir ferme dans le terrain, et, dans la pomme d'acier qui s'ouvrait, s'emboîtait à vis un petit châssis du même m'étal auquel s'attachait le portefeuille et le papier //. Les paysages qu'il croquait dans ses excursions étaient si fidèles que '< le feu roy y reconnaissait avec plaisir les endroits connus où il chassait le plus souvent, et M. Fagon, son premier médecin, se plaisait à lui désigner... toutes les plantes qui y sont fidèlement représentées*//. Le grand plaisir d'Oudrv, '< les dimanches et fêtes, était d'aller dans la forêt de Saint-Germain, à Chantilly et au bois de Boulogne étudier le paysage, des troncs d'arbres, des plantes, des percées de ciels d'orage, des horizons-//. Les paysagistes delà génération précédente ne se souciaient guère de travailler ainsi sur le vif; aussi n'ont-ils pas découvert les gris subtils, les gris précieux d'Oudry qui révèlent une observation si pénétrante des reflets du ciel sur les arbres, une connaissance si parfaite des mirages de l'air; aussi n'ont-ils jamais compris le charme des paysages heureux de rile-de-France, des sites harmonieux aux lignes doucement infléchies, aux lointains souriants que peint Desportes avec cette passion naïve de paysan qu'il garde toute sa vie à la terre''.
Les paysages de Watteau sont-ils pris surle vifPOnaprétenduque les campagnes de sestableauxétaienttoutesimaginées'; maisinterrogeons les textes. Pendant son séjour au Luxembourg, dit Caylus, le maître dessinait sans cesse les arbres de ce beau jardin'. Dans une
1. Mém. inéd., t. II, p. 109-110. Un assez grand nombre d'études de paysages par Desportes sont conservées à la manufacture de Sèvres.