‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 181 sur 273 · LE PAYSAGISTE JEAN FOREST · texte numérisé non relu

LE PAYSAGISTE JEAN FOREST

saisissante, d'une exécution délicate : Le petit Pont et riIotel-Dieu après l'incendie de mai i-jiSK

Le meilleur paysagiste contemporain, Jean Forest, essaye de concilier le style héroïque et le réalisme flamand. Il n'ose pas encore s'attaquer cà la composition traditionnelle et peint toujours des décors sévères où prient des moines solitaires, où méditent des Madeleines repentantes; mais, cette erreur initiale mise à part, il est réaliste et coloriste. A son retour d'Italie, il dessine des sites sur nature en Provence et en Franche-Comté. Aux tonalités ternes il s'efforce de substituer une matière éclatante : ses biographes notent qu'en Italie les palettes somptueuses du Titien et de Giorgione l'ont surtout séduit. Nous ne pouvons plus apprécier son coloris : ses œuvres ont noirci au point qu'on n'en distingue presque plus les sujets : mais s'il n'avait pas été rubéniste, de Piles ne lui aurait jamais accordé son amitié, de La Fosse ne lui aurait pas donné sa nièce en mariage et l'Académie, conquise à l'art flamand, ne lui aurait pas réservé un accueil dont elle n'était pas prodigue, lorsqu'il demanda à y être admis de nouveau, le 25 avril i6c)c), après sa conversion au catholicisme ; « L'Académie, disent les Proces-Verbaux..., lui a -donné la place dans les assemblées qu'avait autrefois M. Vandermeulen- „. Le rapprochement de ces deux noms n'est probablement pas fortuit: Van der Meulen est le premier représentant du paysage flamand en France; Forest est considéré comme son successeur direct.

En réalité, il ne l'est pas. Les éléments qu'il tente de concilier sont inconciliables et la composition de ses œuvres reste toujours factice ; aussi ne fait-il pas école : seul Charles Hérault travaille dans sa manière : encore faut-il accepter sur ce point le témoignage de Mariette ', car nous n'avons pas une œuvre authentique de Charles Hérault.

Le compromis tenté par Forest pouvait d'autant moins réussir que le style héroïque, auquel s'attaquait l'artiste, était le plus sévèrement défendu contre tout rajeunissement. Plus souple, le style pastoral aurait plus facilement cédé à l'intluence ambiante. Il y céda dans la suite : les bergeries du xviii'' siècle s'encadreront souvent de

1. Cette œuvre est entrée au Musée Carnavalet en 1891 avec la collection Baur. Carnavalet possédait déjà une réplique du sujet de la main même d'Oudry. Les deux tableaux sont signés.

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