‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 192 sur 273 · LE PORTRAIT · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT

endant tout le xvii" siècle le portrait est très en

faveur en France, mais c'est après 1680 que le genre atteint à son plus grand éclat : François de Troy, Largillière, Rigaud, Joseph Vivien vivent alors leurs plus belles années, Jean-Marc Nattier commence à travailler; les portraitistes secondaires, Robert Tournières, J.-B. Santerre, Pierre Gobert, Jean Grimou suffiraient à assurer la gloire de l'Ecole; les meilleurs peintres d'histoire, enfin, privés desgrandes commandes royales, peignent aussi le portraits Le succès du genre s'explique : le portraitiste, dit Richelet, « gagne de quoi faire bouillir son pot, parce qu'il n'y a pas de bourgeoise un peu coquette et un peu à son aise qui ne veuille avoir son portrait >>^ ; et un portrait est

1. Voy. les illustrations de ce chapitre Je la page iSi à la page 241, fig. n'" 54 à 70.

2. H. Lemonnier, L'art français au temps de Richelieu et de Afa^ariii, p. 341.

3. Les spécialistes du portrait sont même encore assez rares, quoique depuis la fondation de l'Académie, le portrait forme un genre distinct. Avant de Troy, Largillière et Rigaud, le seul nom à retenir est celui de Claude Lefebvre. Même au début du xviii« siècle, le nombre des spécialistes du portrait est encore restreint. On lit dans les Mém. inéd. (t. II, p. 258) : « M. de Troy (Jean-François) avait vingt-sept ans quand il arriva à Paris (1707). Il y trouva son père entièrement livré au portrait. 11 n'était pas encore d'usage que les peintres s'attachassent uniquement à ce genre ».

4. Richelet, Dictionnaire de la langue française^ éd. de 1728, t. III, p. 220.

2^o l^K BRUN ET LKS PORTRAITISTES

toujours suivi de plusieurs copies : '■< On reconnaît aisément les femmes coquettes à la manière de s'habiller, au monde qu'elles reçoivent chez elles, à leurs domestiques, ci leur façon de parler, mais on les reconnoist aussi au nombre de copies qu'elles font faire de leurs portraits' ».

Le Brun lui-même aimait le portrait : c'est lui qui décida Claude Lefebvre à se consacrer exclusivement aux études de figures'; au début de sa carrière, Rigaud voulait partir pour l'Italie après avoir obtenu, en 16S2, le premier prix au concours académique, mais Le Brun l'en dissuada et lui conseilla de s'appliquer au portrait'; et comme Largillière, sollicité de retourner en Angleterre, allait quitter la France, c'est encore Le Brun qui le retint par des mots que l'artiste rappelait volontiers plus tard : « Mon ami, quand on peut briller dans son pays, pourquoi porter ses talents ailleurs*». Aucun de ses contemporains n'a été plus préoccupé du visage humain que le Premier Peintre : il a prononcé des conférences sur ïExpression des passions^ sur la Physionomie de Ihomine compaî'ée à celle des animaux, et il a peint lui-même des portraits'' avec la plus grande simplicité. Si la pose de ses personnages est souvent majestueuse, si leur costume a cette ampleur, qui faisait dire au duc de Grammont devant le manteau d'un Louis XIV : « Voilà un manteau que l'on peut nommer une hyperbole de velours'' », c'est que la boursouflure est la signature du siècle : Le Brun ne l'exagère jamais. Ses successeurs ne seront pas plus réalistes, ils seront seulement plus coloristes que lui. Ses figures sont encore un peu austères, un peu ternes, et tel est son pouvoir qu'il impose d'abord sa palette aux jeunes peintres dont le coloris sera bientôt le plus éclatant. Ainsi les œuvres de Largillière à ses débuts sont sages, presque timides : il n'y a ni caprice, ni fraîcheur dans le portrait du duc de La Feuillade, par exemple, mort en 1691 ', et Le Brun, peint en 1686, est d'une

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