Abecedario., t. III, p
4. D'Argenville, édit. de 1762, t. IV, p. 298. Largillière a beaucoup produit. Mariette estime à 1,200 ou i,5oo le nombre de ses portraits qu'on pouvait voir à Paris. Il ne nous en reste plus qu'un petit nombre et nous manquons plus encore de documents pour les identifier que pour identifier ceux de Rigaud. Le seul renseignement — et il est bien vague — permettant de les classer d'après leur valeur est donné par d'Argenville, 1762, t. IV, p. 229etsuiv. « On auroit souhaité qu'il eût cessé de travailler les dix dernières années de sa vie ». Largillière a peint la famille royale d'Angleterre et quelques membres de la famille de France, le duc de Bourges, le comte de Toulouse, le duc du Maine, mais il n'est si médiocre portraitiste du temps qui n'en ait peint au moins autant de portraits officiels.
2?4 FRANÇOIS DE TROY PRÉCURSEUR DK LARCilLLlÈRE
nouvelle 'la traditionnelle majesté des attitudes; ses fonds perdent toute sévérité; il ouvre des fenêtres derrière les figures, sur des visions fraîches de paysages; ses modèles vivent dans leur milieu familier-. Mais il peint surtout des femmes. Si les portraits d'hommes sont en majorité dans son catalogue, c'est que beaucoup de ses toiles dorment encore, ignorées le plus souvent, au fond d'hôtels de province, comme l'indique Paul Mantz-'.
Un peintre, avant lui, s'était déjà consacré aux portraits féminins : François de Troy. Pendant les trente dernièresannées du xvii'" siècle, — il avait été le favori des princesses. Le roi l'avait envoyé à Munich peindre Christine de Bavière qu'on songeait à marier au dauphin. Il avait travaillé pour Mme de Montespan, puis pour Mme de Maintenon. Les critiques du xviiU' siècle Font placé sur le môme plan que Rigaud et que Largillière : Fénelon, dans sa Lettre à r Académie, }lu\sU dans sa Vie de Rigaud \ lui accordent ce rang; Mariette lui décerne des éloges dont il n'est pas prodigue : « J'ay \-eu de ses portraits, dit-il, dignes d'entrer en parallèle avec les ouvrages les plus fameux du Van Dyck et du Titien' », et Dandré- Bardon'' renchérit : « On disoit de lui qu'il peignoit les yeux comme le Guide, les nés comme Van Dyck et les bouches comme Corrège »; mais ces louanges sont excessives: François de Troy est un peintre délicat, à l'imagination jolie, au coloris aimable, résumant
1. Les portriiits d'hommes commencent aussi à diminuer de dimensions chez Largillière. L'artiste aime déjà les bustes inscrits dans un ovale, qui deviendront très fréquents au xvin" siècle.
2. La question des fonds est alors une des plus importantes de l'art du portrait. Assez souvent les fonds n'étaient pas exécutés par les portraitistes. Rigaud luimême les confiait parfois à des confrères. Ainsi les fonds des portraits de Mlle Grimaldi, de Guldenleuw, amiral de Suède, de M. et Mme de Croissy (1696), furent peints par Parrocel (Voy. Mém. inéd.,t. II. p. iG^); Desportes fit « présenta M. Mansart, surintendant des Bâtiments, de son portrait en chasseur, fait par le célèbre Rigaud avec deux chiens et quantité de gibier peints de sa main et le paysage du fond par C\. Audran. (D'Argenville, 1762, t. IV, p. 334.)
3. Galette des Beaux-Arts, 1894, t. Il, p- 3o4. Les figures de femmes sont rares aussi dans son œuvre gravé, mais il ne faut pas en tirer de conclusion. Les portraits ont été beaucoup moins souvent gravés au xvii* et au xviii" siècle qu'on ne le croit. Les peintres n'avaient aucun intérêt à laisser reproduire leurs œuvres, car les gravures remplaçaient alors les copies qu'on leur commandait presque toujours à plusieurs exemplaires : on gravait les personnages officiels pour satisfaire la curiosité publique, les hommes de lettres pour placer leurs portraits en tête de leurs œuvres, les artistes quelquefois, mais c'est tout.