‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 207 sur 273 · PORTRAITS MYTHOLOGIQUES DANS LŒL\RE DE LARGILLIÈRE · texte numérisé non relu

PORTRAITS MYTHOLOGIQUES DANS LŒL\RE DE LARGILLIÈRE

simplement les qualités et les défauts de son temps ' ; sans doute, il fournit à Largillière des indications dont l'habile homme saura tirer profit; mais il n'est son égal ni pour le goût, ni pour la virtuosité, ni pour Taudace-.

Toutes les qualités de l'École du xvm- siècle, toute sa fantaisie, toute sa grâce, s'épanouissent au contraire dans les portraits féminins de Largillière. L'artiste n'habille plus ses modèles de brocarts fastueux, il ne les pare plus de bijoux éclatants, il ne leur impose plus une attitude prétentieuse : il les peint pour la souplesse de leur corps, pour la fraîcheur de leur teint, pour l'esprit de leur visage. La galanterie aimable, la jolie sensualité que la Régence exigera de tous les peintres de femmes sont déjà sensibles dans ses figures. Ses modèles sont même parfois court-vôtus; mais il voile toujours ses audaces sous des déguisements mythologiques; il puise dans l'Olympe au gré des clients ; toutes les déesses lui sont bonnes : il écrit en 1730 a Gaspard de GueA^dan, avocat général d'Aix, qui lui demande de peindre sa femme : « J'aprouve fort. Monsieur, vostre chois pour une nayade ; l'on peut jeter les yeux aussy sur une Flore, une Iris sur des nuéz... Tous ces sujets ont desatribus ^ui décore ^ ».

Cette dernière phrase est à retenir. Les détails de costume, les attributs prendront souvent une place excessive chez les élèves et les successeurs de Largillière; mais dans son œuvre ils n'ont encore qu'une valeur décorative. Le maître n'oublie jamais que le portraitiste doit subordonner l'accessoire à la figure; il ne voile pas l'individualité de ses modèles sous l'accumulation des détails; il rapproche le portrait de la peinture de fantaisie, mais il ne franchit que très rarement la limite qui sépare les deux genres, et toujours volontairement, dans un but précis. S'il s'attarde à la mise en scène dans son portrait de la Diiclos en Ariane par exemple, c'est qu'il ne veut pas seulement représenter la comédienne, mais aussi un épisode de la pièce de Thomas Corneille. Amoureuse de Thésée, Ariane voit Phèdre lui ravir le héros : debout au bord de la mer, les bras en croix, les yeux au ciel, elle implore Cupidon qui vole au-dessus d'elle; au fond, le navire qui em.porte Thésée s'éloigne; sur la rive, Bacchus approche. L'actrice n'est, en réalité, qu'un personnage de la

1. Mariette croit retrouver chez lui [Abecedjvio, t. II, p. 100) la note un peu âpre de son maître Claude Lefebvre. On la cherche en vain dans ses œuvres qui subsistent encore.

2. Il forma des élèves. En dehors de son tils, les plus connus sont André Bouvs et A.-S. Belle.

3. Gibert, Bulletin archcoloi^iquc du Coinitc des li\Tyju.v historiques. iSuo, p. 3i i.

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