‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 208 sur 273 · K PASTEL · texte numérisé non relu

K PASTEL

scène qui se déroule autour d'elle : c'est Ariane sous les traits de la Duclos, plutôt que la Duclos sous le costume d'Ariane* (fig. hors texte n" S).

Largillicre ne modifie pas seulement la composition traditionnelle des portraits, il inaugure aussi une qualité nouvelle de coloris. Sa palette est plus claire, plus gaie que celle de ses prédécesseurs, son pinceau plus moelleux, ses carnations plus fraîches, ses étoffes plus vives, ses fonds souvent plus ensoleillés : il initie ses contemporains aux harmonies souriantes dont le goût assure le succès du pastel. C'est au début du XYiii^^siècle, en effet, que ce genre commence à triompher en France. Aux Expositions de 1(173 et de 1699, Jean Garnier seul, un obscur fleuriste, avait envoyé un pastel; en 1704, au contraire, Joseph Vivien en expose une vingtaine. A son entrée à l'Académie, en 1701, il reçoit le titre de peintre en pastels, et ce sont des pastels qu'il présente comme morceaux de réception 2. Les critiques du xviir siècle, Mariette et d'Argenville par exemple % attribuent sa vogue aux portraits en pied, de grandeur naturelle, qu'il composa le premier; mais il la doit plutôt à la fraîcheur, au moelleux, au satinage élégant qu'il sut donner à ses figures \

Si Largillière possède les meilleures qualités de son temps, il n'échappe pas à son plus grand défaut : la virtuosité de son pinceau est souvent excessive, sa pratique trop parfaite, les carnations de presque toutes ses figures sont de même qualité; l'expression des regards, très aiguë, devient vite monotone dans ses portraits parce qu'il l'obtient toujours par le même procédé : l'exagération du point lumineux. Les biographes du xviii' siècle notent déjà cette habileté dangereuse : « A force d'avoir vu et examiné avec attention la nature, écrit Mariette, de l'avoir copiée exactement

1. Il existe deux exemplaires de ce portrait. L'un fut peint pour la Duclos ellemême, presque de grandeur naturelle : elle le légua à la Comédie-Française où il se trouve encore. L'autre, beaucoup plus petit, chez Titondu Tillet autrefois, est aujourd'hui à Chantilly. Nous le reproduisons ici (fig. hors texte n° 8).

2. Proc.-verb., 3o juillet 1701, t. III, p. 320. C'était la deuxième fois que des pastels étaient acceptés comme morceaux de réception. Dumonstier en avait déjà donné en i6G5. {Proc.-verb., t. I, p. 276.)

3. Mariette, Abecedario, t. VI, p. 89, et d'Argenville, 17G2, t. I\\ p. 3o5.

4. Il y eut aussi au succès du pastel une raison qui n'a rien d'artistique, mais qui est importante dans ce temps. De Piles nous l'indique {Éléments de peinture pratique, éd. de 17O7, p. 20): « Cette sorte de peinture est beaucoup en vogue présentement pour les portraits. Elle est fort commode, en ce qu'elle ne salit point les mains et ne tache point les habits comme celle à l'huile ». Cette propreté de manipulation compte dans un siècle où, de plus en plus, la peinture tend à devenir un métier « mondain » et où les sculpteurs sont exclus encore de la société parce que la malpropreté du travail de la glaise les assimile à des artisans.

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