‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 214 sur 273 · J.-B. SANTERRE ET LE PORTRAIT MYTHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

J.-B. SANTERRE ET LE PORTRAIT MYTHOLOGIQUE

ainsi l'œuvre presque entière d'un artiste honorable, Pierre Gobert, était attribuée, récemment encore, à tous les peintres du temps — sauf à son auteur'.

Seul Jean-Baptiste Santcrre donne au portrait mythologique un caractère personnel. Il n'adopte pas les costumes antiques pour sui\-re la mode, mais au contraire, par une affectation d'originalité : « 11 ne voulut plus s'engager à faire ressembler parfaitement : il peignit des tètes de fantaisie où il mettait les traits les plus agréables de ceux pour qui il les faisait' >>. S'il habille Mme de Parabère en Minerve (Musée de Versailles), il délaisse volontiers les déesses cataloguées et les attributs traditionnels, pour diviniser la Peinture, la Géométrie, le Sommeil ou la Rêverie. Sous la figure de M. Perrichon, notaire et amateur à Lyon, accompagné de sa famille, il représente les Cinq Sens. Laborieux et lent, sans grand génie naturel, il imprègne. ses œuvres d'une grâce un peu trop précise, d'une élégance un peu trop froide; d'ailleurs il donne plus encore que ses contemporains dans la peinture de genre, puisqu'il ne prend même pas l'engagement de « faire ressembler ».

Quand leurs modèles ne trônent pas dans l'Olympe, les peintres les occupent volontiers à de petites scènes réalistes et galantes. Largillière déjà, au lieu de poser côte à côte 'les personnages de ses portraits de famille, les groupait volontiers en des scènes vivantes et bien composées : lafamille de M. Bouton de Dieucourt, garde général des fermes de Franche-Comté, par exemple (Musée de Besançon), donne un concert; le Maître lui-mêm^e, revenant de la chasse, assis dans son parc en face de sa femme, écoute sa fille chanter (Musée du

I. Voy. Engerand, Pierre Gobert, ààx\s l'Artiste, 1897,1.!, p. 161. Aux portraits que M. Engerand rend à Gobert, on peut ajouter au Musée du Prado, un Louis XV enfant (n» 1995 du catalogue Madrazzo, édit. de 1904). Le jeune roi joue avec un chien et un singe; il porte un bonnet à plumes bleues; sur sa robe brode'e, le cordon du Saint-Esprit. On lit dans le coin à gauche : « Ludovicus Delphinus Francise. Aetatis suai mense quarto supra annum quartum Gobert pinxit. Mense Junii, 1704 ». Ce portrait présente de grandes ressemblances avec celui que signale, d'autre part, M . Engerand, sous le n« 8, dans {'Inventaire des tableaux commandés et achetés par le roi, p. 214, note, d'après l'inventaire de Jeaurat. Il y a d'autres portraitistes secondaires dont nous ne pouvons encore identifier aucune ou presque aucune œuvre. Ainsi Jean Garnier, dont nous savons seulement qu'il fut reçu à l'Académie en 1082 sur un portrait de Louis XIV, qu'il avait le double talent des fleurs et du portrait et qu'il fut pastelliste; ainsi Philippe Vignon, qui mourut à 3- ans en 1703, après avoir été reçu à l'Académie en 1687 sur les portraits de Buyster et de Mauperché et qui peignit Ailles de Blois et de Nantes; ainsi Jean Nocret, dont il reste seulement le portrait de son père et Jean Tortebat, etc., etc.

2. Rev. univ. des Arts, t. XII, p. 242. Notice sur le peintre Santcrre, Réimpression du Mercure de France de septembre 1718.

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