LA DANSE PAYSANNE
1. Toutes ces identifications ont été faites dans un excellent article par M. Gaston Schefer, Les portraits dans l'œuvre de Watteau {Gaj. des Beau.v-Arts. 1896, t. II, p. 177).
2. Encore la ressemblance est-elle assez douteuse pour ces deux-là. C'est Concourt qui a cru reconnaître M. de Julienne, au fond, assis, mais M. Schefer (Ga^. des Beaux-Arts^ 1896, t. II, p. 182) remarque avec raison « que la corpulence du personnage concorde peu avec le Julienne du Bocage agréable ». Quant à de La Roque, c'est la béquille qui permet d'identifier son portrait : on sait que de La Roque était revenu infirme de la campagne de Flandre.
3. Voir sur ce portrait, Julien Potier, Catalogue du Musée de Valenciennes, ainsi que, dans la Revue Occidentale^ t. XIII, p.403, une note de Foucart, et un article du même dans la Réun. des Soc. des Beaux-Arts des dép., 1892, p. 529 : Antoine Watteau à Valenciennes.
OÔ4 WATTKAU PORTRAITISTE
sont pas, en effet, des portraits qu'il veut peindre, mais des scènes de fenre; en déguisant ses modèles, en donnant à leurs costumes et à leurs attributs une place importante, il ne viole pas les règles essentielles du genre qu'il traite; au contraire, en animant de figures étudiées sur le vif ses sujets de fantaisie, il leur donne une valeur plus générale et plus humaine.
Chaque fois qu'il a voulu peindre de véritables portraits, Watteaulcsa conçus avec beaucoup de simplicité, de sincérité et de force, selon la vraie tradition française'. Nous savons, par les originaux ou par des gravures, qu'il savait répandre une vie intense dans l'attitude et imprimer une vive expression aux visages : voyez le portrait de Rebel (gravé par Moyreau), d'Antoine de La Roque (gravé par Lépicié), son propre portrait" (gravé par Boucher) en tête des Figures de différents caractères^. La belle et rude figure de Pater le père suffirait à assurer au Maître une des premières places parmi ses contemporains, parmi tous les portraitistes français même. Le genre, en effet, est encore en plein épanouissement à la mort de Watteau. D'ailleurs sa décadence commencera bientôt malgré les Nattieretlesde Troy, les Chardin et les LaTour. Dès le milieu du siècle, quelques critiques clairvoyants la noteront ; l'abbé Raynal, par exemple, écrira en 1749 : « Nous avons un grand nombre [de portraitistes] qui excellent, mais sans remplacer Rigaud ni Largillière. »
1. A l'occasion, d'ailleurs, tous les autres portraitistes savaient retrouver la vraie tradition et peindre des portraits simples, vivants et sincères. Il n'y a pas un artiste du temps dont on n'en puisse citer quelques-uns : c'est, par exemple, le portrait de Santerre par lui-même (Musée du Louvre), d'une élégance si souple, ou celui de Marie-Adélaïde de Savoie (fig. hors texte n° 9); c'est la longue série des figures de sculpteurs et de peintres exécutées comme morceaux de réception à l'Académie, c'est, pour prendre une œuvre d'historien, le portrait de Fagon par Jouvenet (fig. n" 65), d'une observation si profonde et d'une vie si intense.
2. On connaît d'assez nombreux portraits de Watteau par lui-même : le Maître s'est représenté debout, sa palette à la main, à côté de Julienne assis, jouant du violoncelle. Une autre fois, il s'est peint couché sur son lit. Sous la gravure d'un portrait, gravé par Crespy, on lit :
Avec un air aisé, si vif et si nouveau, Watteau dans ce qu'il peint montre tant de génie Que le moindre sujet de son heureux pinceau Des grâces, des amours, semblent tenir la vie.
Bien des fois enfin il s'est silhouetté dans les Fêtes galantes.
3. Si M. de P'ourcaud a raison de croire que la Foumc aux roses gravée par Liotard ne représente pas la Rosalba, âgée de prés de cinquante ans lors de son voyage à Paris, il a tort, peut-être, de voir dans cette œuvre « un prototype naturel et pur des allégories à sentiments de Greuze, du genre de la Cruche cassée ». La Femme aux roses est très vraisemblablement un portrait dont nous ne connaissons pas le modèle.