‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 226 sur 273 · JEAN RAOUX PEINTRE DE GENRE · texte numérisé non relu

JEAN RAOUX PEINTRE DE GENRE

dais' : c'est à Gérard Dow ou à Schalcken qu'il demande le plus volontiers les sujets de ses petites toiles, intéressantes surtout par leur éclairage original. En octobre 1716 il est reçu par l'Académie au titre de peintre d'histoire sur une petite œuvre d'inspiration hollandaise, r Invention du dessin par Dibutade cernant d'un trait sur le mur l'ombre de sou ami dormant : c'est la première fois que la peinture d'histoire et la peinture de genre sont officiellement confondues à l'Académie. « Animé par l'heureux succès de ces petits tableaux, écrit d'Argenville, Tournières abandonna les grands et s'attacha uniquement à peindre desportraits historiés oudessujetsdecaprices-. » 11 nous reste plusieurs de ces sujets de caprices : Racine déjeunant avec Chapelle et foulant aux pieds Aristote et les Classiques^, par exemple (au Musée de Caen), ou bien la toile connue sous le nom de Maisoji d'Auteuil, ou bien encore Crébillon lisant une pièce de Molière en présence de Dufresny et de Bodin (au Musée de Versailles) : ce sont des compositions assez médiocres qui ne valent pas, à beaucoup près, les portraits de Tournières et qui justifient le jugement sévère de Mariette : « Tournières a voulu imiter la manière de peindre de Gérard Dow, mais il s'en faut bien qu'il ait atteint à la même perfection. Son pinceau est lourd et sa couleur sale en comparaison de celle du peintre hollandais^ ». Quant à J.-B. Santerre, il confond le portrait et la peinture de fantaisie dans les demi-figures que nous avons étudiées : aucun lien apparent ne le rattache à Bon BouUogne. Raoux se consacre très jeune aux sujets de genre : le Grand Prieur de Vendôme lui commande les Quatre Ag'cs delà vie^' dès son voyage d'Italie, et, au lieu de peindre une fois de plus les allégories traditionnelles, il imagine de symboliser les Ages par des scènes contemporaines et des épisodes de la vie intime. Dans V Enfance, une nourrice donne le sein, un bébé mange sa soupe, un autre apprend à marcher, des fillettes et des garçonnets jouent à la poupée, à la balle, aux bulles de savon, à colin-maillard, au volant ; l'un d'eux pleure; d'autres apprennent à lire. Dans V Adolescence, une galante conversation s'engage dans un coin; un gentilhomme, dans l'autre, suivi d'un nègre et d'un bouffon, se promène avec sa maîtresse; des

1. Tournières trouve à nourrir son goût pour les Hollandais chez Boullogne puisque Boullogne aime Rembrandt et que son Corps de garde et S3. Jeune fille cherchant une puce du Salon de 1699 sont d'inspiration hollandaise.

Page 1