‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 244 sur 273 · S4 LA DANSE ET LA MUSIQUE DANS LŒUVRE DE WATTHAU · texte numérisé non relu

S4 LA DANSE ET LA MUSIQUE DANS LŒUVRE DE WATTHAU

Dans toute une série de tableaux, comme la (lonircdausc gravée parBrion, /ci Proposition embarrassante gravée par Tardieu (fig. n" 77}, le Passe-temps gravé par Audran et surtout le Plaisir pastoral {^\g. hors texte n" 14) de Chantilly, la conception première de Watteau, sans disparaître complètement, est élargie, transformée déjà par une fantaisie nouvelle. Si plusieurs personnages du Plaisir pastoral sont encore des rustres pris aux champs : le vieux joueur de flûte, par exemple, ou le berger qui presse brutalement la bergère, d'autres, au contraire, annoncent déjà et réalisent presque les types parfaits de VEmbarqne- /;/t';//, mi-comédiens, mi-grands seigneurs, suprêmement élégants : le danseur et la danseuse du premier plan, le jeune homme un peu mièvre étendu sur l'herbe, la « balanceuse » entrevue dans un coin, sur son escarpolette. Cette balanceuse, Watteau l'a beaucoup aimée; il l'a peinte dans \qs Agréments de VEté, dans une àQS Arabesques, dans un paysage de J. de Lajoue* : c'est à lui que tout le xviii'' siècle va l'emprunter; mais il ne l'a pas imaginée : Christophe, on s'en souvient, l'avait déjà représentée à la Ménagerie, et Van Schuppen avait exposé au Salon de 1704 une Jeune fille assise sur une escarpolette.

Les danseurs et le musicien du Plaisir pastoral sont les éléments essentiels qu'on retrouve dans presque toutes les œuvres de transition : la Danse, le Bal, la Danse autour d'un May, Id. Danse champêtre, la Danse dans le pavillon, la Danse de paysans, la Leçon de musique, la Leçon de guitare, la Gamme d'amour et tant d'autres'-. Watteau emprunte-t-il ces figures à l'Opéra? 11 y fréquente, à n'en pas douter, conduit par son ami de La Roque, dont la Mcdée est représentée en 1713^ Mais ses danseurs ne sont pas des danseurs de ballet, ses musiciens ne sont pas des musiciens d'orchestre... 11 ne cherche pas non plus son inspiration à la ville, quoique la danse y fasse fureur dans ce commencement de

1. Nous n'avons plus ce tableau, mais il passa en 1779 à la vente de l'abbé de Gevigney, n° 532 du catalogue. On y voyait « une immense balançoire entre les arbres, sur laquelle est assise une jeune fille et qu'un jeune homme fait voltiger n.

2. Dubois de Saint-Gelais déjà, dans la notice qu'il consacre à Watteau {Description des tableaux du Palais-Royal, p. jb), note le charme et l'importance des (' figures dansantes », qui « sont admirables pour la légèreté, pour la justesse des mouvements et pour la beauté des attitudes ».

3. Les relations de Watteau avec La Roque, cet ancien officier de gens d'armes qui, blessé, quitte l'armée et consacre sa retraite au théâtre et au journalisme, ont été soigneusement étudiées par tous les historiens de Watteau, surtout par M. Virgile Josz. Watteau peignit un portrait de La Roque gravé par Lépicié et on retrouve encore La Roque, nous l'avons vu, dans la gravure du tableau intitulé la Conversation. — Peut-être Watteau a-t-il été à l'Opéra dès son passage chez Gillot. On se souvient que Gillot eut, pendant un temps, la conduite des machines, décorations et habits du théâtre : rien ne prouve que ce ne fut pas à l'époque où Watteau travaillait chez lui.

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