‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 34 sur 273 · Corresp. des direct., t. III, p. 377-378, et t. IV, p · texte numérisé non relu

Corresp. des direct., t. III, p. 377-378, et t. IV, p

3. Cet artiste, né en Artois, vivait à Rome à la fin du xvu* siècle.

6. Il y peint quelques portraits où perce déjà son art élégant et inégal : le portrait de Jean Grassulini, le gentilhomme qui le protège et l'entretient, par exemple, et celui du vieux juge, mari de sa maîtresse. A l'église Saint-P'élix il peignit un Sjint Louis.

7. Dussieux, .Artistes frjnçais à l'étranger, 3'- éJition, p. 439-440.

y, L'ART l'RANÇAIS KN 11 ALI K VLRS ITUO

attire s'arrêtent quelque temps à Padoue : Jean Raoux y laisse, dans la cathédrale, une Msitatiun et une Annonciation^ Guy-Louis Vernansal V règne comme Louis Dorigny domine à Vérone. Les rôles sont donc renversés; l'Italie maintenant est tributaire de notre art; mais personne en France ne l'avoue. Si jalouse de ses privilèges et de son indépendance, l'Académie a considéré comme un honneur en ibyo de s'unir à l'académie Saint-Luc de Rome; elle reçoit toujours

les artistes d'outremonts avec respect, et presque tous nos jeunes peintres font le pèlerinage d'Italie. Les maîtres de la Renaissance semblent encore les maîtres suprêmes : les partisans les plus acharnés des Flamands ne les attaquent j amais ; ils molestent seulement Poussin et les antiques. Dans les Discours prononcés dans les Conférences... Avit.

Coypel, lui-même, un des plus fervents apôtres du rubénisme , exalte Raphaël et les Carrache comme l'aurait fait un contemporain de Le Brun.

Gravé par

-N. Cochin.

FIG. 14. — BON BOII.I.OG.NE. — SAINT GREGOIRE ELE\ E Al: CIEL.

(Coupole de la chapelle Saint-Grégoire à l'Iiglise des Invalides.)

Même si la peinture italienne était restée florissante, même si Le Brun n'avait pas rendu sa tutelle insupportable, le réalisme flamand se serait imposé à nos artistes à la fin du xviT siècle.

Le caractère essentiel de nos Maîtres primitifs et des peintres de Gand et de Bruges, au xv' siècle, avait été un naturalisme savoureux et puissant. Les Flamands y persistent au xvi'' siècle, après un temps d'hésitation; mais nous le renions, fervents soudain de l'idéalisme auquel nous convie l'Italie. Les artistes du Nord n'en viennent pas moins s'installer chez nous; ils trou\-ent du travail en France malgré

PEINTRES l'LAMANDS EN ERANCE AU XVII'^ SIÈCEE 53

notre enthousiasme exclusif pour Raphaël : à Lyon, au xvi'' siècle *, ils sont plus de vingt; on en rencontre à Lille, à Valenciennes, à Douai, à Tours, à Angers, à Beaune, à Dijon, à Aix. Partout ils laissent des œuvres colorées et vivantes qui préparent l'avenir. Pendant la première moitié du xyii*" siècle leur invasion continue. Pourbus le jeune est admis à Thonneur de portraicturer deux rois et deux reines. Ghislin Vroylinck travaille dans le Nord, Louis Finsonius dans le Midi. Les plus grands nous visitent: en 1620-1622, Rubens inscrit au Luxembourg Y Histoire de Marie de Médicis et il envoie à Louis XIII plusieurs de ses élèves. Van Dvck passe à Paris en 1026 et en 1041, avec le secret espoir, peut-être, qu'on lui confiera la grande galerie du Louvre à décorer. Tous ces maîtres trouvent bon accueil auprès du roi et des nobles, ils sont choyés par les artistes ; cependant ils n'exercent encore aucune action sensible. Rubens lui-même ne provoque pas de discussion, ne soulève pas de polémique; personne ne songe à l'opposer aux artistes bolonais.

La magnificence de Louis XIV, après sa majorité, favorise encore l'immigration llamande. Certains de trouver des commandes, les meilleurs artistes s'installent définitivement à Paris. Ils forment une colonie nombreuse qui se réunit pour boire au cabaret de la Chasse, rue du Sépulchre. De 1648 à logo l'Académie en accueille vingt-huit, dont plusieurs de premier ordre : les sculpteurs Desjardins et Van Opstal, le graveur en médailles Rœttiers, le graveur en taille-douce Gérard Edelinck, «les peintres Philippe de Champaigne, Van der Meulen, Ferdinand Elle, Van Schuppen, de Platte-Montaigne. Sans doute ces hommes font tous acte de soumission envers Le Brun, ils se vouent, en apparence, à la discipline italienne; mais, en réalité, leur culte du réalisme et de la couleur reste entier. Personne ne se méfie d'eux : Le Brun lui-même choie Philippe de Champaigne et Van der Meulen sans jamais voir le danger qu'ils font courir à ses doctrines.

Les provinces aussi sont envahies par les Flamands. Ceux-ci s'établissent à demeure dans les \ illes, prennent rang dans les corporations et font souche. Leurs œuvres se perdent souvent encore dans Lanonymat: les archives de province ne nous livrent leurs noms qu'avec parcimonie : petit à petit, cependant, ils sortent de l'ombre. A Reims, par exemple, vivent les Dubois issus d'Am-

I. Natalis Rondot, Les artistes et les maîtres de métiers étrangers ayant travaillé à Lyon. {Ga:^ette des Beau.v-Aris, iSS3. t. IF, p. 137.)

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broisc Dubois d'Anvers qui tra\-aillait à Fontainebleau à la fin du xvr' siècle '. A Amiens s'installe Guillaume llerregosse d'Anvers, reçu maître peintre en ibbi et qui meurt en 171 1 après avoir décoré toutes les églises du pays : la chapelle de l'Hôtel de Ville, l'église Saint-Luc, le couvent des Cordeliers, la Cathédrale, de ses Nativités, de ses J\iradis et de ses Dcscoitc du Saint-Esprit '-. A Arras on rencontre un certain Bergaigne qui passe pour a\-oir fréquenté l'atelier de Rubens dans sa jeunesse •'.

C'est cette infiltration lente, obstinée, continue qui impose enfin le goût flamand à nos peintres, car la Flandre contemporaine, épuisée par la guerre, ruinée par la fermeture de FEscaut, est presque aussi stérile que l'Italie. L'Académie depuis 1690 ne reçoit, comme peintres llamands, que les descendants des maîtres établis depuis longtemps en France : un Millet ou un Van Schuppen. En Flandre même, c'est à peine si on nomme un Robert Van Opstal (10571717), un Robert Van Audenaerde (1603-1743), un Honoré Janssens (1644-1736), un Henri Goovaerts (1OO9-1720), un Marc Van Duvenede (i 674-1 733), pauvres peintres qui seraient tout à fait inconnus s'ils n'avaient fondé une académie à Bruges. Une académie ! Voilà donc la Flandre en détresse qui adopte à son tour notre pédagogie.

Si lentement, si parfaitement préparée, la substitution du réalisme tîamand à l'idéalisme italien dans la peinture française ne soulève pas de résistance dans la pratique. Jamais les derniers partisans des Carrache ne reprochent l'audace de leurs tableaux aux premiers disciples de Rubens. Personne ne critique les œuvres parfois agressivement flamandes de La Fosse, d'Antoine Coypel, de Desportes. Ceux qui n'osent passer directement de Bologne à Anvers s'arrêtent seulement en chemin, à Venise.

La peinture \-énitienne, en effet, est coloriste au même titre que la peinture flamande. Italienne, elle a de tout temps eu droit de cité chez nous et n'inquiète pas la pédagogie académique que les mots seuls effrayent. C'est vers Venise que se tournent d'abord les novateurs. Quand de Piles publie son premier plaidoyer en faveur de la

1. Ambr. Dubois avait eu deux fils, Jean et Louis, peintres; Jean eut à son tour deux fils appelés aussi Jean et Louis, peintres également. Le Dubois qui travailla sous Le Brun aux Gobelins, de i663 à 1690, était vraisemblablement de la même famille. Voy. Catalogue du Musée de Reims, avec une Introduction de Ch. Loriquet, 1881, in-ri, p. 125.

2. Voy. Robert Guerlin, Notes sur le peintre Guillaume Herregosse. (Réunions des Sociétés des Beaux-Arts des départements, iSof», p. 538 et suiv.)"

3. P. Marmottan, Les peintres de la ville d' Arras. Paris, 18S9, p. 49.

QUEREI.LE DES RUBÉNISTES ET DES POUSSINISTES 5.^

couleur, dès 1668, dans ses Remarques à FArt de peintun' de Diifresiicy ',il n'invoque pas encore les Flamands, mais les Vénitiens. Il ne cessera jamais de les prôner d'ailleurs. En 169g il écrit encore : "< Personne ne... dispute l'excellence du coloris [au Titien] et il a toujours été en cela la boussole des véritables peintres » -. Charles de La Fosse passe trois ans à Venise dans sa jeunesse ^ et Jean Raoux, Nicolas Vleughels, Louis Dorigny, Antoine Pesne, le miniaturiste Jean Steve, ce maître peu connu de la Rosalba ', y séjournent tour à tour. Watteau, dit Caylus, dessine aussi volontiers les Titien et les Jacopo Bassano de Crozat que ses Rubens et ses Van Dvck''; Antoine Coypel enfin vante plusieursfois dans ses Dïscoiirsle charme et la variété du coloris de Titien ^

Si dans la pratique les peintres français abandonnent aisément Carrache pour Rubens, il n'en va pas de même dans la théorie. Les hommes du xvir siècle sont d'implacables discuteurs. Après la fondation de l'Académie, quand la suprématie des Bolonais est encore incontestée, quand ils n'ont personne à attaquer et à défendre, ils consolident la pédagogie officielle à coups de conférences; aussi quarante ans d'efforts continus suffiront à peine à la renverser. Une lutte sans merci s'engage bientôt à coups de volumes, de discours, de libelles entre les partisans de la peinture flamande et ceux de la peinture italienne. Les adversaires se jettent à la tête les noms de rubénistes et de poussinistes; mais le vrai débat est plus large: il ne s'agit pas seulement de savoir si Rubens l'emporte sur Poussin, mais si la couleur est la partie principale

FIG. !-■>. — ANTf)INE COVPEL. — LE PE.RE ETERNEL.

(Ltude pour la décoration de la voûte de la chapelle de \'ersaille-;. — Musée du Louvre. Dessins.)

1. Vov. par exemple, p. 269, le grand éloge du Titien, er, p. 2-jij, l'énumération des mérites de Rubens, Titien, Véronése, Tintoret.

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