Roussct. Histoire de Louvois, t. III, p. 554, in-S, i
5. Corresp. des direct., t. I, p. i53. Lettre de dom Germain àdom Claude Bretagne.
MADAME DE MAINTENON ET LES l>i:iNTKES i5
agents de Louis XIV qui dépouillent l'Italie. Mais nous sommes en mauvais termes avec le pape. Tous les princes de la chrétienté viennent à Rome; les adversaires du roi y entretiennent des ambassades. L'Académie est, en pays ennemi, un éclatant témoignage de la prospérité du royaume et de la puissance de Louis XIV*. Le directeur est un ambassadeur au petit pied. Il écoute les conversations, s'immisce dans les intrigues, interroge les cardinaux, flatte par des petits présents les amis de la France, éblouit les indifférents ou les ennemis en leur faisant visiter son palais dont le portier et les laquais ont revêtu la livrée de gala. Quand il n'a pas de nouvelles à envoyer, il s'excuse presque : '< Il ne se passe rien dans ces quartiers qui soit digne de vous mander écrit Houasse. S'il arrive quelque matière qui le mérite, je ne manquerai pas de vous en entretenir-//, et le surintendant écrit bien plus souvent : « Continuez à me conter par le menu ce qui se passe à Rome » que « Dites-moi comment travaillent vos pensionnaires ».
Madame de Maintenon ne protège et ne fait personnellement travailler aucun peintre. On distingue difficilement ses goûts artistiques sous sa modestie affectée ou réelle. Les peintures de ses appartements dans les palais royaux, que nous connaissons en partie, sont indifférentes^ : la décoration des demeures royales est toute d'apparat;
I. Quand, en 1694, l'Académie est menacée de disparaître, La Teulière, pou plaider sa cause, ne rappelle pas les services qu'elle rend à l'art, mais son importance politique. Le pape, qui désirait l'hôtel où elle était logée, envoie des émissaires la visiter et admire « la grandeur du Roy et l'étendue de son génie de pouvoir, parmi tant de grandes affaires, donner encore son attention à cultiver les arts dans des pays si éloignés » [Corresp. des direct.^ t. II, p. 24). La même année le 2 5 mai 1694, La Teulière écrit : « Il est à considérer. Monsieur, que Rome est un théâtre exposé à tout l'univers... Il est encore à considérer que le Roy a ici très peu de partisans... de manière qu'on est plus disposé qu'ailleurs à porter un Jugement peu favorable sur tout ce qui regarde la France pour ce qui peut souffrir quelque mauvaise interprétation. Le bruit ayant couru que le Roy voulait supprimer l'Académie, aussitôt le secrétaire de l'ambassade d'Espagne est venu insidieusement savoir ce qu'il en était ». [Corresp. des direct., t. II, p. 27 et 28.) En 1715, Poerson avait fait préparer dans des caisses, pour l'expédier en France, un envoi de sculptures et de tableaux : « C'est une chose presque incroyable, écrit-il, de voir... la quantité de gens qui vont voir ce grand nombre de caisses, ce qui leur donne l'occasion de parler de la gloire de notre grand monarque, lequel, après avoir obligé ses ennemis a recevoir la paix, ne dédaigne pas de penser au progrès des beaux arts d'une manière magnifique et dont on n'a pas d'exemple. » [Corresp. des direct., t. IV, p. 369.)
2. Corresp. des direct., t. III, p. 20. Lettre de Houasse du 3 nov. 1699.
3. En 1700 par exemple, Louis de Boullogne exécute deux toiles : Céphale et Procris, pour son cabinet de Meudon. Nicolas Colombel peint Moïse sur les eaux. Alexandre Ubeleski touche en 1703 le prix d'un tableau pour le même cabinet.
,,3 MAHAMi: Di: MAINTKNON ET LES PEINTRES
le roi seul l'ordonne, et il lui imprime une marque uniforme de mnj esté V La chapelle de Saint-Cyr est nue, sans tableaux. A plus forte raison, les autres parties de la maison ne sont-elles pas décorées. Mais, en ibSi, les Comptes indiquent des commandes pour l'église paroissiale du village". Madame de Maintenon y a-t-elle une part? Ni le choix des artistes, ni les sujets des œuvres n'en témoignent, l^oullogne Taîné exécute un Saint Louis, Antoine Coypel un Martjre de SainlJulicn et un Saint Louis agwiisant, Jouvenet une Annonciation de la neri>e et un Saint Xicolas, Noël Coypel un Saint Denis, Boullogne le jeune une Sainte Famille et un Saint Antoine au désert, Alexandre Ubeleski, enfin, un Mariag-e de la Jle?'ge\
Si la Révolution n'avait pas dispersé les meubles et les objets d'art du château de Maintenon, peut-être eussent-ils fourni des indications plus précises. Deux peintures assez importantes sont encore en place à Maintenon : une Sainte Famille \ où, sous la ligure de la Vierge, de l'Enfant et de saint Jean, on reconnaît la marquise, le duc du Maine, le comte de Toulouse, et la célèbre Sainte Françoise de Mignard, qui travestit aussi Madame de Maintenon. Celle-ci admet ces personnifications peu liturgiques : elle pratique sans doute, en art, la morale indulgente des Jésuites.
Cependant elle transforme sur un point les goûts artistiques du roi. Pendant la première partie de son règne, Louis XIV commande volontiers des sujets légers; vers 1(390, au contraire, il les proscrit. La Teulière écrit, le 5 février 1692 : « II... est resté icy un [tableau du sieur Bedaut], et, sur ce que j'apprends de la Cour, je croy qu'il n'y serait pas propre, parce que les figures y sont nues, le sujet le demandant : c'est le Temps qui découvre la IVrzVé. Il n'y a rien d'obscène cependant'' ». En 1698, c'est Villacerf qui écrit à La Teu-
1. A Marly, les tableaux qui décoraient l'appartement de la marquise appartenaient à la suite des peintures de batailles de Martin et Van der Meulen. Dans son appartement, on voyait Aire et Diiisbourg par Martin l'aîné, dans son cabinet, Gray et Fribourf( par Van der Meulen. Pour Versailles nous sommes très mal renseignés. Louis-Philippe, aidé de Vatoux et de Neveux, ayant détruit la décoration des appartements de la marquise (Voy. Dussieux, Histoire de Versailles^ t. I, p. 274). Le seul document précis qui reste est, au Cabinet des Estampes, dans V Architecture de Robert de Cotte (A 2.18): un dessin représentant la cheminée delà chambre de Mme de Maintenon, ornée d'une glace surmontée d'un tableau.
2. Comptes des bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV publiés par J.-J. Guiffrey, t. II, p. 1687.
3. Alexandre Ubeleski est employé au cabinet de la marquise à Meudon et h l'église de Saint-Cyr. Mme de Maintenon avait-elle quelque prédilection pour ce très médiocre artiste ?