‹ La peinture française au début du dix-huitième siècleChapitre 51 sur 273 · LES FAMILLES D'ARTISTES · texte numérisé non relu

LES FAMILLES D'ARTISTES

e Piles recommande le célibat aux artistes : « On ne voit jamais, dit-il, de fruits d'une beauté fort grande, ni d'un goût fort exquis lorsqu'ils viennent d'un arbre entouré de broussailles et d'épines. Le mariage nous attire des affaires, il nous fait naître des procès et nous charge de mille soins domestiques qui sont autant d'épines qui environnent le peintre et qui l'empêchent de produire des ouvrages dans la perfection dont il serait capable »'. Mais, sur ce point, de Piles prêche dans le désert; il invoque en vain l'exemple des peintres de l'antiquité et de la Renaissance : on compterait les artistes célibataires de son temps. Les familles où plusieurs générations de peintres se succèdent sont, au contraire, très nombreuses.

I. Commentaires à rArt de peinture de Dufresnoy, édition de 1767, p. 243. Du Fresnoy lui-même avait écrit que la peinture se plaît à la liberté du célibat.

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La dynastie des Jouvenet, par exemple, est une des plus touffues : elle traverse deux siècles. On la suit depuis Jean Jouvenet le Vieux, qui vient d"Italie et s'établit à Lyon en 1580, puis à Rouen. Le fils de lean le Vieux, Laurent le Vieux, travaille à Rouen en 1616, et son petit-fils, Noëlle Vieux, quimeurten 1675, laissetrois fils, artistestous trois : Jean le Jeune, Noëlle Jeune, Laurent le Jeune. Du mariage de lean le leune avec Catherine Deleuse naissent quinze enfants, dont cinq au moins, peut-être six, sont artistes : Jean Jouvenet le Grand, sur qui repose la gloire de la famille, François Jouvenet (i 6b 4-1^401), que l'Académie accueille comme portraitiste en 1 701 , Nicolas P'", maître peintre à Rouen, qui meurt en 1693, Noël II, maître aussi dans sa ville natale, et qui travaille à Padoue,en 1684, pour le duc de Brunschwick, et sans doute pour le duc de Hanovre, Marie- Madelaine Jouvenet, élève de son père, et peut-être aussi ce Jacques Jouvenet qui obtient le deuxième prix à l'Académie en 1673, et meurt Tannée suivante'.

Des alliances avec d'autres familles augmentent encore la tribu des Jouvenet. Catherine, fille de Jean le Jeune, épouse Guillaume Levieil, de l'antique lignée des peintres verriers, qui. seuls en France, conserveront au xviii'' siècle la tradition du vitrail. Le mariage de Marie-Madelaine Jouvenet avec Jean 1" Restout unit deux grandes dynasties. Les Restout datent, eux aussi, du xvi'' siècle \ Marguerin, le chef de la famille, habitait Caen. Son fils Marc (1616- 1684) s'établit à Rouen où il étudie sous Noël Jouvenet. De ses dix enfants sept au moins sont peintres : Jacques, Eustache, Pierre, Charles, Thomas, Mlle Restout, et le plus connu, Jean P'. De Jean P' et Marie-Madelaine Jouvenet naît un fils, Jean II (1692-1768), père lui-même de Jean Bernard, artiste très médiocre, connu surtout pour avoir été mêlé au mouvement révolutionnaire. Jean II Restout, fils de Jean I" et de Marie-Madelaine Jouvenet, apparente encore les deux familles aux Halle par son mariage, en 1729, avec Marie-Anne Halle, fille de Claude Guy. Le premier Halle connu est

1. Un arbre généalogique de la famille Jouvenet a été publié par Houel : Jouvenet et sa maison natale^ Rouen, i836, in-8. Il est à peu près exact, sauf en ce qui concerne la descendance de Jean Jouvenet le Grand. Houel n'attribue au peintre que deux tilles alors que Jal a trouvé trace de quatorze enfants. Cinq fils et cinq filles sont absolument inconnus ; au contraire, M. Th. Lhuillier, dansla Réunion des Sociétés des Beaux-Arts des Départements, 1889, p. 447 et suiv. : Note relative à Jouvenet et ses Jilles. est arrivé à suivre d'assez près l'existence de quatre autres filles.

2. Sur les Restout : Chennevières, Recherches sur ...quelques peintres provinciaux de VAncienne France, t. III, p. 247 et suiv.; Mariette, Abecedario, t. IV, p. 38i et suiv.

l.A FAxMILLE DKS COYPKI.

Daniel, père de Claude Guy, juré apprenti de la maîtrise de Rouen le 4 novembre 1631'; de son mariage avec Catherine Coquelet, en 1650, sont nés quatorze enfants, dont Claude Guy et Jean-Baptiste, peintres tous deux. Le fils de Claude Guy, Noël, peintre aussi, est le dernier artiste connu de la famille : son fils est médecin de Napoléon I"'", et aucun des enfants de Jean-Baptiste ne laisse de souvenir dans l'histoire'.

A côté des Jouvenet, voici les Coypel unis à plus de familles d'artistes encore \ Il y a quatre peintres du nom : Noël (1628- 1707), ses fils, Antoine (i6bi-i722), et Noël-Nicolas { 1690- 1734 ), Charles-Antoine (1694- 1752), fils d'Antoine. Le second fils d'Antoine, Coypel de Saint-Philippe ne suivit pas la carrière traditionnelle de la famille : son père lui acheta une charge de valet de chambre du Toi\ Noël épouse en premières noces Madelaine Hérault, un des douze enfants d'Antoine Hérault, maître peintre : le peintre Charles Hérault est son beau-frère; sa belle-sœur, Antoinette Hérault, épouse le graveur Guillaume Château; des huit enfants de Charles Hérault, trois garçons sont peintres et quatre filles épousent Louis de Silvestre, Pierre Dulin, François Hutin, peintres, et Charles Rœttiers, graveur en médailles, qui deviennent ainsi neveux de Coypel. Veuf en 1(382, Noël épouse en 1085, Anne-Françoise Périn, apparentée à la famille des Boullogne, dont les cinq artistes (Louis de Boullogne, 1609-1674, et ses quatre enfants, Bon, 1049-1717,

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