L'ENSEIGNEMENT PRIVE
Pesne, et leur fils Antoine, qui sera premier peintre du roi de Prusse, prend chez son père et chez son oncle Tamour de la couleur avant d'aller étudier les grands Vénitiens'.
Presque tous les peintres de quelque valeur enseignent. Ils trouvent un profit matériel à ouvrir un atelier- : non seulement l'étudiant paye son maître, mais il lui sert encore d'apprenti et de collaborateur: il peint ses copies, travaille à ses restaurations, prépare ses grandes décorations. De tous les maîtres du temps, le plus recherché est Bon Boullogne^ : Robert Tournières, Antoine Rivalz, Jean Raoux, Joseph Christophe, Claude Verdot, Nicolas Bertin, P.-J. Cazes, J.-B. Santerre suivent ses leçons. Médiocre artiste, c'est un remarquable praticien : il connaît de la peinture tout ce qui s'apprend et se passionne pour l'enseignement : « Il allait luimême, écrit d'Argenville, éveiller ses disciples qui demeuraient dans sa maison, leur disant, pour leur reprocher qu'ils ne se levaient pas assez matin, que, selon son calcul, ils ne jouissaient que de la moitié de la vie'. »
Les prérogatives de l'Académie limitent l'enseignement des professeurs. L'article i''' des statuts de i063 stipule << qu'aucunes assemblées de peinture et de sculpture pour poser le modèle ne seront establies... que par l'ordre et le consentement de ladite Académie ». Et la Compagnie veille jalousement à l'observation de cette mesure dictée par le souvenir des assauts qu'elle a subis jadis. Une délibération de 1674 autorise seulement les académiciens à « estudier le naturel chez eux en s'asemblen tel nombre qu'il leur plaira, pourveu qu'ilz ne résolvent que les élèves de celuy au logis duquel lad. assemblée se fera et qu'ilz en ayent obtenue l'agréement de l'Académie^ ». L'enseignement supérieur est donc interdit aux peintres : ceux-ci
1. Dussieux, Artistes français à l'étranger, 3^ édition, p. 200, d'après d'Argens. P. Seidel : Antoine l'esnc^ Ga'^ette des Beaux-Arts, 1891, t. I, p. 3 1 S.
2. Les maîtres qui refusent ce profit sont très rares : Ant. Coypel est le seul de son temps qui, à notre connaissance, ait enseigné gratuitement. Ch.-Ant. Coypel écrit dans la Vie des Premiers Peintres... de Lépicié, t. II, p. 39 : « Non seulement il ne concevoit pas que, dans une situation aisée, un Peintre pût accepter aucun présent des jeunes élèves, mais sitôt que les siens étoient en état de lui rendre quelques services, il se croyoit obligé de les reconnoître par ses dons. »
3. Quoique Watelet rapporte dans la Vie des Premiers Peintres... de Lépicié, t. II, p. 5o, que les deux frères Boullogne, Louis et Bon, qui avaient toujours vécu ensemble, se séparèrent, au moment du mariage de l'un d'eux, ils tirèrent au sort tous leurs biens qui étaient en commun et leurs élèves qu'ils enseignaient ensemble, les élèves connus de Louis de Boullogne sont beaucoup moins nombreux que ceux de Bon.
4. D'Argenville, éd. de 17Ô2, t. IV, p. 247. 3. Proc.-vsrb., t. II, p. 33.