L'ACADÉMIK DE FRANCE A ROME
portes de la salle et tous les étudiants qui se pressaient dans la pièce voisine sont admis h la séance. Le secrétaire appelle les lauréats, leur remet leur médaille, couronne parfois le premier de lauriers, et lit les critiques qui accompagnent les votes, pour le plus crrand profit des jeunes gens qui viennent étudier les toiles exposées pendant les deux jours suivants'.
L'obligation de commenter leur jugement est lourde pour la plupart des académiciens dénués de toute culture littéraire, mais c'est une mesure excellente ; elle contraint les votants à un sérieux effort de critique; aussi les titulaires des grands prix sont-ils le plus souvent bien choisis : c'est Henri de Favannc en 1693, Louis Gailoche en 1693, Pierre Dulin. en 1696 et 1697, P.-J. Cazes en 1699, Alexis-Simon Belle en 1700, Jean Raoux en 1704, François LeMoyne en 1711 et Natoire en 1721. Sans doute Watteau qui concourt en 1709 n'arrive que deuxième après un certain Antoine Grison. Mais les académiciens en corps pouvaient-ils comprendre Watteau en 1709, et Watteau pouvait-il réussir un concours?
Statutairement le grand prix est nécessaire pour être admis à l'Académie de France à Rome ; mais cette condition n'est plus respectée à la fin du XVII' siècle. Pour économiser les 150"^ de route % on nomme parfois des jeunes gens sans aucun titre, mais qui voyagent à leurs frais. Villacerf envoie Saint-Yves uniquement parce qu'il le protège. Encore Saint-Yves est-il peintre; Mansart loge, nourrit et pensionne sur les fonds de la maison ses deux neveux dont Tun est prêtre, et dont l'autre, vague dessinateur et mauvais sujet, tue, dès son arrivée à Rome, un sbire dans un cabaret'. L'Académie est, à ce moment, complètement désorganisée.
La durée du séjour des pensionnaires est irrégulière et arbitrairement fixée : le sculpteur Lepautre reste seize ans en Italie de 1685 à 1701, Le Lorrain deux ans, d'autres un an à peine. Il n'y a pas un artiste au palais Capranica de tout l'été 1708: Nattier, Villeneuve, Blanchard, les derniers prolégés de Mansart, sont partis en avril; Edelinck, Bousseau, Besnier, 'V^ernansal, Goupil, envoyés par d'Antin, n'arrivent qu'à l'automne. La plupart du temps, on supprime, par mesure d'économie, les maîtres indispensables aux jeunes gens. Dès 1690, La Teulière prend prétexte d'une peste qui éclate en ville pour congédier le chirurgien Bernardino Genga qui enseignait l'anatomie. Qiiant au professeur de perspective, il ne résiste pas à la crise